Oui, mais … Spécialisée en quoi ?

Ce n’est qu’un au revoir …

Ouais, tu parles, c’est surtout un moment de torture pour celui qui part.

J’ai d’abord très mal dormi la veille, sûrement un peu angoissée à l’idée de passer mon dernier jour là bas. Quelques questions me préoccupaient, la principale étant « et si tout le monde s’en fout, je fais quoi ? ».

J’ai préparé des gâteaux pour fêter mon départ, et je dois reconnaitre qu’après les avoir tous coupés, sorti les boissons et vu seulement 5 enfants sur le groupe (alors que j’avais invité tout l’établissement …) m’a encore plus stressée.

Puis la cavalerie est arrivée. Bon, d’accord, y’a des petites choses que j’avais devinées. Par exemple, je savais que certains enfants m’avaient préparé quelque chose puisque l’un d’entre eux m’a dit « Camille demain on va pouvoir te donner ta surprise » (ce à quoi un autre jeune à réagis en disant « mais t’es trop bête, maintenant, elle sait, ce n’est plus une surprise »). Je m’attendais à un ou deux dessins conceptuels. Que nenni. Ce fut un vrai classeur rempli de mots d’enfants, de dessins, de photos et de belles choses.

Quant aux collègues, moi je pense qu’on devrait interdire les pots et les lettres de départ. Ca fait pleurer tout le monde (surtout moi), c’est ridicule.

Bon, en bref, j’ai passé un moment très fort, j’ai heureusement eu la merveilleuse assistante comptable qui était au taquet pour les mouchoirs (je pleure ? Elle arrivait avec le nécessaire, aussi vite que Bip Bip traverse le désert pour distancer le coyote). J’ai lu la carte et les petits mots de chacun. J’ai pleuré. Et puis des jeunes m’ont vue pleurer, alors ils se sont mis à pleurer aussi. Mais Super Comptable était là. J’ai pris un peu de temps seule aussi, je me suis isolée pour regarder l’ambiance, pour m’imprégner de tout ce qui se passait. Mais Super Comptable est fourbe, et elle m’a mis dans les bras un de mes chouchous. Il ne parle pas, mais il comprend, et est très attaché à moi. Je lui ai redit « Tu sais, on fait un goûter parce que je m’en vais », il s’est accroché très fort à moi, et il s’est blotti contre moi, pendant longtemps. J’ai pleuré. Et la comptable riait de son mauvais tour.
Une de mes collègues « préférée » m’a évitée pendant tout l’après midi. Elle s’approchait de moi, les larmes aux yeux, et elle repartait « non, non, je ne peux pas ». Et même une fois que le groupe était vidé de tout le monde, on n’a pas pu, et on a pleuré, comme des madeleines. La comptable n’était pas loin, rassurez vous, et là, elle a carrément ramené un rouleau entier d’essuie tout.
Un autre de mes chouchous, avec lequel j’ai fait un travail de fou, qui n’utilisait jamais le langage pour s’exprimer quand je suis arrivée m’a accueillie le matin avec un « Coucou » retentissant. Je me suis retenue de pleurer, mais j’étais limite quand même. Là, c’était avant tout le résultat de 9 mois de travail qui explosait en plein dans ma figure.
Mon binôme n’a pas pu être là, mais il a tout de même réussi à faire passer son message … J’ai pleuré aussi, très touchée de voir son écriture.

Non, vraiment, ce fut un moment formidable, plein de joie, et j’ai très envie de recommencer.

Un peu plus sérieusement, je me rends compte que mon départ a été une véritable épreuve pour moi. C’est bête de dire cela, après tout, ce n’est que 9 mois de ma vie, mais ça a été ma première expérience en tant qu’éducatrice diplômée. Ca a été aussi un vrai déclic, j’ai compris que c’était avec la folie que je donnais le plus de sens à mon travail. J’ai fait de belles rencontres (car oui, certains collègues étaient vraiment supers), j’ai aussi été agacée par de nombreuses choses, et j’ai découvert d’autres aspects pas très reluisants du travail social, des aspects qui m’avaient jusqu’alors échappés. J’ai commencé à m’affirmer dans l’équipe vers la fin, mais ce qui importait, ce n’est pas le temps que j’ai mis à m’affirmer, mais plutôt le fait que ce que je défendais était cohérent et intelligent. J’ai pris confiance en moi, et je sais maintenant que je vaux bien plus que ce que certains ont pu me faire croire.

Je suis heureuse d’avoir pu me découvrir. D’avoir pu mûrir.

Et rassurez vous, j’ai tout plein de projets en tête, le premier étant bien sûr de toucher les assedics. Ensuite de trouver un boulot. Et même si je n’en trouve pas, j’ai des idées pour m’occuper. Donc tout va bien.

Je suis une adulte maintenant.

 

14 mai, 2012 à 10:33 | Commentaires (2) | Permalien


Parfois névrosée, parfois scandalisée

Bon, d’accord, je suis folle, mais je suis aussi intelligente (si, si je vous jure). J’ai des convictions, je connais mon travail, certainement pas sur le bout des doigts, mais en tout cas, je le fais avec passion, et j’essaye toujours de m’améliorer.

J’aimerai aujourd’hui vous parler de certaines choses tout simplement scandaleuses que la société, les médias, relaient sans cesse. Des idées reçues notamment sur l’autisme, le handicap et tout ce milieu.Rassurez vous, ça ne va pas être rébarbatif. Oh, peut être un peu au début, mais promis, ma verve sera au rendez vous.

D’abord, c’est quoi l’autisme ? Inutile de vous donner une définition fixe, parce que ce n’est tout simplement pas possible. Les premiers concernés n’ont pas forcément les moyens d’expliquer les troubles qui les envahissent. Cela dit, Frances Tustin (psychanalyste et psychothérapeute, auteur d’ »autisme et psychose de l’enfant ») a proposé une description qui me parait plutôt juste : « autisme signifie littéralement que le sujet vie en fonction de son propre « soi ». Pour l’observateur, un enfant autistique parait centré sur lui même puisqu’il montre peu de réactions au monde extérieur. Cependant, ce qui peut sembler paradoxal c’est que l’enfant qui est dans une telle situation a très peu conscience d’être un « soi »". Bien sûr, c’est très vague, et réducteur, mais l’essentiel est là : une personne autistique a un rapport avec la réalité complexe et différent de nous « êtres normaux ».
Donc, déjà, l’autisme ce n’est pas « un être qui ne parle pas, et qui se balance ». L’autiste peut avoir le langage, il ne se balance pas toujours, il peut crier, il peut rire, il a souvent un objet fétiche, mais ce n’est pas systématique … bref, il faut être clair, chaque personne atteint d’autisme est différent à l’instar des être normaux : nous sommes tous différents, même si nous répondons à certains codes communs.

Ensuite, le handicap. N’oubliez pas qu’il en existe beaucoup : physique, mental, sensoriel (surdité, cécité …), psychique, cognitif. Le premier qui me dit « ha oui, un handicapé c’est un trisomique », je le frappe. C’est l’exact contraire : « un trisomique est un handicapé ». La nuance est là. La plupart du temps, encore une fois, on réduit les gens à des troubles communs, sans se rendre compte que ce sont les troubles communs qui en font des êtres à part.N’oublions pas le polyhandicap. Et, là encore, le premier qui me dit « ha ouais, ceux qui sont en fauteuils » se prendront mon poing fermé dans leurs gencives.

Enfin, la psychose, névrose, et tout ce qui peut en découler (hystérie, paranoïa, schizophrénie …). Sans tout énumérer, et sans rentrer dans les détails fastidieux des processus menant à ce types de troubles, sachez que nous avons tous une tendance à être psychotiques ou névrotiques. Les névroses se traduisent par de l’addiction, de la dépression, les psychoses par une rupture plus ou moins extrême avec la réalité.

Voilà. Quelques lignes pour vous éclairer un peu.

Maintenant, intéressons nous à un spot informatif que j’ai vu au cinéma. Sur le droit de vote pour les autistes. En gros, on voit un homme s’approcher de l’urne. On entend un bourdonnement. L’homme semble complètement perdu. Et là : « 650 000 autistes en France. Eux aussi ont le droit de voter ». Cela m’a rendue folle.
Je ne discute pas sur la question du droit. Mais sur celle du sens. Je vais vous citer un petit paragraphe d’un livre s’appelant « Où on va papa ? ». Il a été écrit par Jean Louis Fournier, lui même père de deux enfants atteints d’handicaps sévères. Son livre est touchant, plein d’humour et de cynisme. C’est rare, et c’est surtout une façon de se protéger de la douleur d’avoir deux enfants malades. Voici un paragraphe, qui je pense vous fera comprendre à quel point ce spot n’a absolument aucun sens « Un enfant handicapé a le droit de vote. Thomas est majeur., il va pouvoir voter. Je suis sûr qu’il a beaucoup réfléchi, pesé le pour et le contre, analysé méticuleusement les programmes des deux candidats, leur fiabilité économique, il a fait l’inventaire des états majors de chaque parti. Il hésite encore, il n’arrive pas à choisir. Snoopy ou Minou ? ». Voilà, une simple phrase, de la bouche d’un père, une simple phrase qui résume tout. Loin de moi l’idée de généraliser, je sais qu’il existe des autistes parfaitement capables de comprendre ce que signifie le droit de vote. Le soucis, c’est qu’il y en a aussi énormément qui n’ont même pas conscience d’eux mêmes … alors de là à comprendre comment est menée la France. Ca m’énerve de voir des clichés stupides, pour faire pleurer dans les chaumières, ou pire pour « éveiller les consciences ». Avec des bêtises pareilles … Alors s’il vous plait, si vous voyez ce spot, expliquez aux autres que ce n’est qu’une vaste blague, destinée à montrer que la France se bouge pour changer les choses. Alors qu’en fait, elle ne sait pas du tout de quoi elle parle.

Autre fait, qui m’a donné l’idée de cet article, et là, encore, je compte largement sur vous pour relayer cette info. J’ai une amie qui travaille dans un établissement dépendant de l’association Pas à Pas, parrainée par Francis Perrin. Ils emploient la méthode ABA, certes controversée, je n’en suis moi même pas une grande fan, mais qui a su faire ses preuves. Ils ont leurs locaux dans une école, et possèdent en tout et pour tout une salle de travail. Pour une dizaine d’enfants. Ces enfants qui mangent à la cantine avec les autres « normaux », ces enfants qui jouent dans la cour de récréation avec les autres aussi. Qui viennent en classe sur des petits temps une à plusieurs fois par semaine. Bref, ces enfants que l’on intègre dans un milieu « normalisé », avec d’autres règles que celles qu’ils s’inventent.
Un inspecteur de l’Education Nationale est venu. Et il a écrit une belle lettre. Il a dit qu’il n’octroierait pas d’autres salles pour ces gosses, que celle qui était à disposition était déjà de trop. Il a aussi décrété qu’à partir de maintenant, les enfants autistes n’avaient plus le droit de manger avec les autres dans le réfectoire, et plus le droit de partager les temps de récréations, toujours avec les autres. Pourquoi ? Parce que.

Francis Perrin est passé dans l’émission télématin (je ne crois pas qu’elle ait été diffusée, puisque je n’ai pas trouvé la vidéo), et a lu cette lettre terrifiante, les larmes aux yeux.

C’est beau non ? On fait des spots sur « c’est scandaleux que les autistes ne puissent pas voter », mais on n’est même pas capable de les accepter dans notre société. Voilà de quoi est faite notre jolie France. De crétins décérébrés.

Je n’ai pas non plus parlé de l’extraordinaire phrase de la secrétaire d’état aux affaires sociales, prononcée lors de la période de très grand froid au mois de février : « Par ces temps de grand froid, je recommande aux SDF de rester chez eux ».

Que dire du CEE (Contrat d’Engagement Educatif), qui remet en cause les temps de repos d’une équipe d’animation pendant un séjour. A partir de maintenant, lorsque vous animez ou dirigez une colo, vous devez impérativement avoir 11h consécutives de repos par tranche de 24h. Sinon, vous êtes dans l’illégalité. Aujourd’hui, après un soulèvement général du domaine de l’animation, ils essayent de trouver une alternative à cette décision totalement aberrante, inapplicable et meurtrière de tout un secteur de travail.

Je ne souhaite pas faire un pamphlet sur feu le gouvernement, cela n’a aucun intérêt, et je ne peux décemment pas leur reprocher que les gens soient stupides. Je souhaite juste vous demander de vous éveiller par vous mêmes, plutôt que d’écouter les conneries débitées à la minute par des gens qui n’y connaissent absolument rien.

 

NB : j’autorise tout dans les commentaires, si vous souhaitez me corriger, apporter des précisions, débattre sur le sujet. Tant que vous ne faites pas semblant d’être calé sur le sujet.

 

9 mai, 2012 à 19:25 | Commentaires (2) | Permalien


Et maintenant … que vais je faire ?

Oui, je le reconnais, le titre était un peu facile.

Bon, si vous n’avez pas compris, mon CDD prend fin dans deux semaines. J’ai appris la nouvelle tardivement, étant donné que mon contrat ne donnait pas de date précise, et qu’il disait juste que j’étais là pour 6 mois minimum.

J’ai donc repris le merveilleux chemin des annonces d’emploi, et déjà, ça me déprime. D’abord, il y a ceux qui ne répondent pas à votre candidature. Bon, je ne suis pas idiote, je pense que cela sous entend que je ne correspond pas à leurs attentes, mais tout de même, je me casse la tête à envoyer un courrier manuscrit (vous savez, écrit sur du papier, avec un stylo), la moindre des choses seraient de m’envoyer une lettre me disant « nan, c’est bon, tu pues on ne veut pas de toi ». Ensuite, il faut trouver des annonces un minimum en accord avec ce que vous souhaitez faire. Mon expérience de quasi neuf mois m’a apprise que c’était avec un public atteints de troubles psychiatriques que je souhaitais travailler. Et je ne veux pas d’internat, pour plusieurs raisons : d’abord, j’ai besoin d’une vie sociale, et combiner internat et social est assez difficile. Ensuite, avec mes soucis de santé, ça risque d’être trop compliqué. Et puis, l’internat, faut pouvoir avoir un moyen de rentrer chez soi à 23h, ce qui n’est pour l’instant pas le cas puisque je n’ai pas (encore) mon permis. Enfin, j’ai déjà fait de l’internat dans le handicap, et je me suis, pour être tout à fait honnête, un peu ennuyée tant la routine est présente. Bref, je cherche donc un hôpital de jour, un EMP, un EPI ou un truc de ce genre, dans paris ou le nord de paris, qui voudrait bien de moi. J’attends la réponse de deux établissements, on ne sait jamais.

Sinon, je pourrais toujours reprendre mon ancienne carrière là où elle en était.

D’abord, j’ai commencé par travailler en banque. Ca m’avait passionnée. Trois types de clients : les riches, les pauvres et les chiants. Les riches étaient désagréables, et me traitaient avec beaucoup de condescendance. Malheureusement, il fallait faire bonne figure, car c’étaient de bons clients. J’avais parfois envier de leur enfoncer leur reçu de virement dans le pif tellement ils m’énervaient, mais zen attitude oblige (mon premier directeur d’agence m’a comparé à Doc Gynéco …), je me retenais à chaque fois. Ensuite, les pauvres, ils viennent se plaindre. « J’ai pas eu mon virement de la CAF », « il me reste 5 euros pour le mois, comment je vais faire pour vivre ? », « j’ai plus d’argent, c’est à cause de cette banque, de toutes façons je vais clôturer mon compte ». N’ayant pas la capacité de faire fleurir de l’argent de mon anus, je n’avais pas grand chose d’autre à leur répondre que « prenez rendez vous avec votre conseiller ».
Enfin, les chiants, c’est tout un poème. La Doc Gynéco que je suis s’est une fois mise dans un état de fureur noire après avoir entendu de la part d’un client « c’est bon, va niquer ta mère ». Comme vous le savez, on touche pas à ma maman. Du coup, je me suis mise en colère, il a menace d’appeler un hôpital psychiatrique (tiens, tiens, déjà à l’époque …), et moi les flics. Finalement, ça s’est arrangé, puisqu’il est revenu la semaine d’après en me proposant d’aller boire un verre avec lui après le travail. Sinon, j’en ai eu une, une fois, qui m’a convaincue qu’elle avait voulu tirer 100 euros d’un distributeur, que la machine lui avait donné 70 et qu’elle avait été débitée de 100. C’est techniquement impossible, mais elle a monopolisé mon guichet pendant 30 minutes. Mon guichet et deux conseillers, qui n’arrivaient pas plus que moi à s’en dépêtrer. Tout ça pour 30 malheureux euros. On a les clients qui se vengent aussi, parce qu’il y a du monde, et que ça ne leur plait pas d’attendre. Du coup, ils lâchent les fauves (entendez, leurs enfants) et les laissent hurler dans toute l’agence. Et vous devez garder votre sourire, même lorsqu’ils passent à votre guichet et qu’ils vous répètent 5 fois que c’est vraiment un scandale de les faire attendre, et que si ça continue comme ça ils changeront de banque. Je peux aussi vous parler des séducteurs. Alors eux, une femelle en vue, ça les mets dans tous leurs états :

- Excusez on ne s’est pas rencontrés quelque part

- (moi) non je ne crois pas

- Si si, vous êtes sur Meetic c’est ça ?

- (moi, 19 ans, pure et chaste) Non (ou alors je ne suis pas au courant, et là c’est grave)

- Ah, je sais c’est à la boîte de l’étoile

- (moi, qui est allée trois fois en boite dans toute ma vie) Non plus monsieur. Vous avec besoin d’autre chose ?

- Votre numéro ?

- (moi, regardant longuement ses bras plein de poils) Non, au revoir. Personne suivante.

Et encore, celui là, il avait 28 ans. J’ai eu pire

- Bonjour Mademoiselle, je voudrais faire un virement

- Bien sûr Monsieur, par contre, nous avons une panne informatique, je vais donc devoir le faire à la main et l’automatiser une fois le problème réparé, cela va donc prendre un peu plus de temps

- Pas de problème Mademoiselle.

*je sors une feuille et commence à écrire ses coordonnées*

- Vous avez une très belle écriture mademoiselle, je suis un professeur à la retraite, et je peux vous dire que vous écrivez très bien

- (Moi « Ha bon ? ») heu … Ha bon ?

- Nan et puis vous êtes très jolie, ça ne vous dirait pas d’aller boire un verre avec moi

- (moi, regardant son âge … 58 ans) Désolée, mais ça ne va pas être possible, j’habite loin et j’ai beaucoup de transports pour rentrer chez moi

- Ha, mais peut être qu’on pourrait se revoir un autre jour …

- (moi … demain, je viendrais habillée en jogging et j’enlèverai cette stupide jupe) Oui, mais non, enfin, c’est pas possible. (puis, très vite) Voilàj’aifinivouspouvezsignerpersonnesuivante !

Enfin, je fais une petite parenthèse sur le client totalement à l’ouest.

- Bonjour mademoiselle je voudrais poser un chèque sur mon compte

- Bien sûr Monsieur, montrez moi le chèque, et donnez moi votre numéro de compte

- Lui : 25G63F46

- (moi … tiens, c’est marrant, son numéro ne rentre pas dans les petites cases). Monsieur, vous êtes sûr que vous avez un compte à la BNP ?

- Non, je suis à la Caisse d’Epargne moi !

- Ha, mais monsieur, il faut aller dans votre banque, moi je ne peux rien faire pour vous

- N’importe quoi Mademoiselle, regardez, le chèque il vient de la BNP, donc il faut que je le pose à la BNP.

- (moi … donnez moi une corde) Non, monsieur, je vous assure que si vous n’avez pas de compte à la BNP, je ne peux rien pour vous

- Incompétente

Ma carrière bancaire s’est achevée sur ces deux mois fantastiques.

Puis j’ai été engagée chez picard. Picard les surgelés. En période de fêtes, ils ont toujours besoin de monde, alors j’ai postulé et bingo. Si j’avais su …

J’y ai exercé le poste très polyvalent de caissière-manutentionnaire-décoratrice-agent d’entretien. C’est à dire qu’à chaque fois qu’il y avait un truc chiant à faire, c’était pour moi. 10 personnes à la caisse ? « Camille, tu prends une caisse ». Des dizaines de produits à remettre en rayons « Camille, tu vas remplir les congélateurs » (et ce, alors que je suis toujours à la caisse. Le doute m’a pris plusieurs fois … je ferme ma caisse et je laisse partir les clients sans payer ? Je continue à faire passer les articles, avec comme épée de Damoclès « Camille, tu ne comprends pas ce que je t’ai demandé ? Il manque certains produits dans les congélateurs ».). Des étiquettes à décoller ? « Camille, prends ce produit et va enlever les panneaux autocollants. Et surtout, tu n’abîmes pas les congélateurs hein ». Des affiches à changer ? « Camille, tu prends l’échelle là, et tu changes les affiches du mois ». J’ai passé mon dernier jour le nez dans un produit censé dissoudre les restes de colle. Je dis censé parce qu’en fait, ça ne fonctionnait pas du tout. J’ai gratté, d’abord avec le manche d’une cuillère, puis, me voyant faire, ma responsable m’a dit que ça fait des micros rayures, et qu’il fallait que j’arrête. J’ai donc gratté avec mes ongles. Mes mains étaient écarlates, ce que j’ai signalé au bout d’une heure de récurage intensif. ce à quoi l’on m’a répondu « mets tes gants ». Les dits gants étaient en laine. J’ai décidé de rester calme et de ne pas céder à la tentation d’enfoncer lentement le flacon du produit qui m’a détruit les mains dans l’anus de ma responsable (qui entre parenthèses, n’en a pas fichu une de la journée, elle a parlé avec sa copine dans la réserve tout l’après midi). Je me suis simplement promis de ne jamais remettre les pieds dans ce magasin. Piètre vengeance. Mais j’ai tenu bon jusqu’à maintenant.

Voyant que ma carrière de magasinière était quelque peu ratée, je suis rentrée pour un mois dans la peau d’un agent recenseur. Étonnamment, cela reste un bon souvenir. Le travail est très particulier, puisque l’on est amené à aller chez des gens en soirée pour leur demander de remplir des feuilles. Les accueils sont mitigés, mais j’avoue avoir beaucoup rit avec ma binôme. Et puis, il faut savoir que vous offrez une distraction de choix aux papys et mamies du coin. Je suis restée coincée 45 minutes chez une petite vieille, qui devait se sentir bien seule. Ma collègue m’a appelée trois fois durant ce temps là, et je lui répétais inlassablement « je suis toujours chez Mme X ». Ca l’a bien fait rire, mais moi, cette visite m’a déprimée. Je n’ai entendu parler que de mort et de maladie …

Être agent recenseur, ce n’est pas un boulot fixe, et très vite, j’ai pu décrocher un CDD d’un mois à la direction départementale du travail. (oui, bon, d’accord, j’ai été pistonnée). Une grande carrière de travail de bureau s’annonçait, et déjà, j’étais excitée à l’idée d’avoir mon agrafeuse, mon imprimante et mes stabilos. Finalement, le premier mois a été consacré à ranger le bordel sans nom qu’un collègue avait mis dans ses dossiers. J’ai pas l’air comme ça, mais je suis très organisée, et il m’a fallu deux jours pour y arriver. Puis, ensuite, avec une autre vacataire, on a pris un poste pour recevoir les gens demandant un agrément simple pour services à la personne (aide aux devoirs, aide ménagère …). C’était plutôt sympa, et du coup, comme je travaillais bien, ils m’ont reprise un mois de plus. Je n’ai pas bien compris l’intérêt de tout cela, puisque mon deuxième moi, je me suis limitée à m’asseoir sur une chaise et à jouer sur l’ordinateur, ou bien dessiner, ou parcourir des foras. Cela m’a profondément ennuyée, mais bon, être payée à rien faire à la direction départementale du travail, ce n’est pas donné à tout le monde.Finalement, j’ai été engagée un mois de plus, cette fois ci au service des contrats pro. Il s’agissait simplement de saisie informatique, tout ce qu’il y a de plus facile. Et j’ai épaté tout le monde, puisque j’ai rattrapé quasiment un mois de retard dans leurs dossiers (et encore, je ne me suis pas donnée à fond, sinon, je pense que j’aurais pu tout leur mettre à jour). Ce qui m’a fascinée dans ce service, c’est que j’étais en plein dans un remake de Caméra Café. Tous les protagonistes étaient réunis, du fils à maman qui me montrait son sapin de Noël en photo, à l’ancien mannequin, en passant par l’homosexuel refoulé et la française moyenne fan de Florent Pagny qui aimait faire partager sa passion. Bon, je reconnais tout de même qu’ils étaient tous gentils. Mais bon, trois mois m’ont suffit à me faire comprendre que travailler dans un bureau, comme cela, c’était me faire mourir à petit feu.

 

Voilà, aujourd’hui, je suis donc presque au chômage, et un peu angoissée à l’idée que peut être je me retrouverai à nouveau dans un boulot comme ceux que je viens de vous raconter, qui ne me plait pas ou qui n’a pas d’avenir. Alors, si jamais vous entendez parler en région parisienne d’un endroit où ils accueillent des enfants fous et qui a besoin d’éducateurs, pensez à moi. Je vous le revaudrai. Enfin, j’essayerai ;-)

 

30 avril, 2012 à 12:11 | Commentaires (2) | Permalien


Le travail d’équipe, ou comment galérer au boulot

« Travail d’équipe ». Ça sonne tellement beau. Cette communion d’esprits, cette volonté d’avancer avec un même but.

Sur le papier, un éducateur spécialisé travaille avec une équipe, plus ou moins fournie, majoritairement féminine. Suivant le domaine d’intervention, les objectifs seront différents, mais dans l’absolu, on a tous une chose en commun : on accompagne des usagers durant une partie de leur vie pour les aider à accéder à une relative autonomie (entendez le terme autonomie au sens très large).

Dans la réalité …

On ne peut pas toujours s’entendre avec tout le monde. Ce n’est pas possible. Je vais pas vous faire un long laïus là dessus, ce n’est pas vraiment le propos. Avant toute chose, j’aimerai que vous m’épargnez le « t’es vache de dire ça, et puis c’est hypocrite, tu pourrais régler tes comptes en face ». D’abord, je ne règle aucun compte (d’autant plus qu’aucune personne à mon travail ne connait l’existence de ce site), ensuite, je ne cite personne, mais des profils. Si certains se reconnaissent, ce n’est pas mon problème.

On a tous en tête le schéma à la « Caméra Café » de l’ambiance au travail. Figurez vous que dans l’éducation spécialisée, c’est souvent différent : pas de bureau, pas de machine à café (souvent une vieille cafetière qui produit un immonde jus de chaussette), pas de pauses (enfin … j’y reviendrai plus tard), des réunions d’équipes toutes les semaines … Bref, on est confronté à tout le monde tout le temps. Et croyez moi, cela peut devenir bien plus usant que de s’occuper de cas psychiatriques.

Petit tour d’horizon …

Le collègue qui questionne …

Profil : ce n’est pas un éducateur fraichement moulu de l’école. Il n’est pas non plus au bord de la retraite. Il a quelques années d’expérience, mais il est là depuis le début de sa carrière. C’est toujours son premier poste, mais il s’y sent bien, comme à la maison. Du coup, il en a vu défiler des gamins. Il estime donc qu’il a toute sa légitimité pour comparer, questionner, interroger tout et n’importe quoi. Du « il a mangé du chocolat aujourd’hui, et pas un bonbon, ça me pose question » au « son pâté de sable est moins réussi que d’habitude, il doit être mal », il s’arrête sur les détails du quotidien les plus insignifiants pour étaler sa science. Il participe à des séminaires, à des colloques, des semaines de formation, et a un avis sur tout. La maltraitance ? Il est contre. La violence ? Il est contre. Les étiquettes sur les vêtements des enfants ? Il est contre. En fait, il est contre tout ce qui sonne mal dans notre métier. Et pour se justifier, il donne des discours creux. Et il en est fier.

Sa phrase préférée : « ça me pose question ».

Le collègue qui trouve des excuses (surnommé aussi « le roi de l’esquive »). 

Profil : Un enfant à changer ? Une table à mettre ? Une vaisselle à essuyer ? Un gamin qu’il faut reprendre parce qu’il a fait une bêtise ? Vous ne pouvez pas être au four et au moulin. Sachez que ce collègue n’est ni au four, ni au moulin. Il va rester assis toute la journée, trouvant des excuses à tout va : « t’as commencé, je te laisse finir », « désolée, mais faut que j’aille au toilettes », « tu peux t’en occuper ? je suis en train de faire un dessin ? » « Excuse moi, j’ai un message à envoyer, je le ferais en revenant ». En gros, il vous laisse jongler entre le caca, la nourriture, les activités et la surveillance des enfants. Mieux, il vous donnera des conseils sur ce qu’il faut faire. Son sens de l’observation est aigu. En même temps, c’est normal, il n’a que ça à foutre de sa journée que de vous regarder bosser.

Sa phrase préférée : « je ne peux pas, j’ai piscine »

Le toxico

Profil : Lui, il fume. Parfois. Souvent. Tout le temps. Il va prendre le petit déjeuner lors de l’assemblée des enfants, puis une fois sa dernière gorgée de café avalée, il vous demande « ça ne te dérange pas de rester seul avec les jeunes, je vais m’en griller une ». Vous savez que quelque soit votre réponse, votre collègue ira fumer. Désireux de soigner l’ambiance dans l’équipe, vous acceptez. Votre collègue se délectera alors d’une pause de 30 minutes (l’équivalent de 3 clopes environ), partagée avec ses copains accros au tabac et accessoirement, accros aux ragots. Pendant que cela déblaterera avec entrain sur tout le personnel, vous serez avec tous les jeunes, avec une envie d’aller faire pipi qui grandit de minutes en minutes. Mais vous devez serrer les cuisses et vous retenir, car vous êtes professionnel, et vous ne laisserez pas les enfants tous seuls sans éducateurs. Votre collègue arrivera comme une fleur, détendu du slip. Quand vous lui faites part de votre envie pressante, il vous autorisera à aller aux toilettes, « mais rapidement, parce qu’être seul sur un groupe, c’est pas facile ». Quand je disais plus haut que vous n’aviez pas de pause, c’est en fait très relatif. Si vous fumez, vous pouvez vous prendre dans la journée jusqu’à 1h30 de pause.

Sa phrase préférée : « bon, je descends fumer, j’arrive »

Le collègue qui laisse tout passer

Profil : Avec lui, pas de limites. Les enfants ont tous les droits, et surtout, le droit de l’aimer. Souvent dans le but de combler un désir narcissique, l’éducateur autorisera les enfants à toutes les folies : hurler, jeter des objets, frapper les adultes, s’allonger sur les tables, insulter tout le monde … laisser l’enfant décider est son crédo, et il croit qu’il sera respecté par tous en faisant cela. Pire encore, il n’interviendra pas si vous êtes en difficulté avec un jeune, et n’hésitera pas à vous faire une réflexion s’il estime que vous êtes trop dur avec l’enfant. Et ce, devant le jeune. Travailler avec lui relève du tour de force, car vous aurez un jeune de plus à gérer.

Sa phrase préférée : « laisse, il doit s’exprimer cet enfant ».

Le collègue qui est toujours à côté de la plaque

Profil : Plein de bonne volonté, il voudra toujours vous aider à avancer mais se base sur des théories assez cloisonnées. Ce collègue sera toujours très intègre, mais bien souvent, il restera ancré profondément dans ses principes, et il sera difficile de lui faire comprendre qu’il existe d’autres façons de faire. Il ne vous mettra pas de bâtons dans les roues, mais il ne fera rien pour vous aider non plus. Si votre manière de faire est différente de la sienne, il finira par dire qu’il n’y comprend strictement rien, mais que si les enfants y trouvent leur compte c’est l’essentiel. Gentil, un peu lunaire, on a l’impression qu’il débarque de très loin. Pour lui, nous sommes des êtres étranges face auxquels il doit s’adapter.

Sa phrase préférée : « J’ai pas tout compris mais d’accord ».

Le collègue qui fait de la résistance fourbe et passive

Profil : Bien souvent l’un des plus anciens de l’institution, il a tout connu : les réformes, les évolutions des courants de pensées … il a vu des centaines de gamins et d’éducateurs défiler. Il connait son boulot, mais il a oublié, avec le temps, quelque chose d’essentiel : la communication. Il travaille souvent en free-lance, il fait comme il le désire, n’en parle à personne, et ne souhaite qu’une chose : que vous lui laissiez sa tranquillité. Sauf que bien souvent, vous êtes amenés à intervenir dans son domaine. Et là, cela ne lui plait pas du tout. Il fera donc tout pour que votre projet n’aboutisse pas, faisant de la rétention d’informations, oubliant de vous prévenir lorsque ce qu’il a prévu empiète sur ce que vous vouliez faire. Il se montrera désagréable, vous disant bonjour du bout des lèvres. Souvent, ce sont des éducateurs qui sont proches de la retraite, perclus de principes, fermés à tout, et vous finissez par n’avoir qu’une envie : qu’il se barre

Sa phrase préférée : « Ha c’est vrai, je ne t’en ai pas parlé … »

La langue de p**e

Profil : vous la connaissez tous … la langue de vipère, qui critique tout, qui pose des questions pour vous mettre dans l’embarras, qui s’intéresse à votre vie, limite jusqu’à savoir ce que vous avez mangé la veille. Et qui raconte tout à ses copains après, en déformant les choses, et en se mettant en valeur. Ce collègue là, on ne le sent pas toujours venir. Son intérêt pour vous peut parfois passer pour de la gentillesse. Mais très vite, vous apprenez à comprendre sa tactique, ses enjeux et vous finissez par le voir se délecter de n’importe quel scandale, aussi minable soit il. Il rebondira sur tous les conflits, en y mettant son grain de sel pour paraitre concerné et avoir plus de détails … Il tournera sa veste une fois, deux fois, trois fois … Il vous demandera sans cesse pourquoi vous faites ci ou ça, et vous donnera des conseils pour faire mieux … Bref, il se mêle de tout, et surtout de ce qui ne le regarde pas. Pour mieux tout déformer ensuite …

Sa phrase préférée : « Vous savez quoi ????? »

La pauvre petite salariée fraichement diplômée.

Profil : elle est jeune, elle est belle, elle vient d’avoir son diplôme et rentre de manière officielle dans le monde du travail. Elle apprends petit à petit les rouages, les trucs du métier. Ses belles idées, ses théories, tout cela, elle le voit balayé en un rien de temps, grâce à l’expérience du terrain. Elle apprend vite à se méfier de tout. La plupart de ses collègues la prennent pour une idiote, parce qu’elle est jeune : cela surprend quand elle dit quelque chose d’intelligent. Pourtant, elle sait qu’elle n’est pas stupide, mais elle manque encore de confiance en elle pour monter au créneau, et répondre à ses détracteurs. Elle a envie de bien faire, culpabilise dés qu’elle sent qu’elle n’a peut être pas bien agit, veut rendre service à tout le monde, et du coup, pour tout cela, elle agace beaucoup les éducateurs blasés par leur travail. Cela dit, il lui reste encore une qualité indéniable : l’espoir que tout change un jour.

Sa phrase préférée : « le jour où je vais vraiment m’énerver … »

Dans tout ce petit florilège, je voudrais aussi ajouter qu’il existe des collègues sympathiques et compétents. C’est une denrée rare, mais on en trouve heureusement partout. Des gens qui se défoncent au travail, qui font en sorte que les choses avancent et que les enfants se sentent bien. Et cela devient vite des compagnons de galère …

PS : toute ressemblance avec… ;-)


2 mars, 2012 à 22:34 | Commentaires (5) | Permalien


L’éducateur éponge, ou comment devenir fou …

Oui, j’ai déjà parlé du fait que nous nous transformions en rouleau d’essuie tout ambulant dans notre boulot.

Je n’ai en revanche pas abordé le fait que nous devenions petit à petit complètement barges, et que nous finissons un jour où l’autre par faire des trucs improbables à force d’être confronté quotidiennement au handicap voire parfois à la folie.

On peut d’abord choper les tics de certains jeunes, et les reproduire inconsciemment ; je pense aux balancements, mais aussi à certaines postures que l’on attrape sans y faire attention. La dernière fois, j’étais debout devant la télé, les jambes serrées et croisées, les main derrière le dos, légèrement penchée en arrière. Et là je me suis dit « HAAAAA mais on dirait Alexandre » (prénom changé pour plus de commodités ;) ). Je me tenais exactement de la même façon qu’un gosse qui me harcèle au boulot. J’ai eu très peur, j’ai pris deux valiums et ça allait mieux.

Je pense que l’on se rend compte qu’on est devenus un peu barge lorsque l’on arrive à communiquer et à comprendre les gosses. Oui, c’est paradoxal, je sais, puisque c’est un peu notre boulot que de décrypter leur manière d’être pour réussir à les accompagner correctement après.

Mais parfois, cela devient franchement inquiétant. Nous avons d’abord la conversation sans queue ni tête

Enfant : »ça va »
Educ : »oui »
Enfant : »pourquoi »
Educ : « Parce que »
Enfant: ‘Ha bon ? »
Educ : « Bah oui sinon »
Enfant « Hahaha, dis le »
Educ : « J’ai pas envie »
Enfant : « Allez »
Educ : « Non pas trop »
Enfant : « les oreilles ? »

Et le pire, c’est qu’on se comprend. Et je vous jure que ce type de conversation, j’en ai tous les jours, souvent avec le même gamin (un de mes chouchous, je dois le reconnaitre). Et que parfois, je me dis que déjà, j’étais pas très nette, mais que là, si un psy me voyait, il dirait qu’il me manque une ou deux cases.

On peut aussi avoir une communication à base de cris. Bon, là, je ne vous refais pas de dialogue, mais en gros, cela consiste à reproduire les mêmes sons que l’enfant. Parfois cela ressemble à un chant tribal, d’autres fois, il ne s’agit que de cris perçants, mais quoi qu’il en soit, nous nous comprenons, et surtout, l’enfant est content, car il communique avec l’adulte.

Les regards aussi sont une façon d’échanger. Certains ne peuvent vocaliser, ils disent donc tout en vous regardant. Ca nécessite un temps d’adaptation, évidemment, mais petit à petit, non seulement vous arrivez à comprendre ce que le jeune essaye de vous dire, mais en plus de ça, vous lui répondez exactement de la même façon.

La suite ? Vous commencez à émettre avec vos collègues des borborygmes sans queue ni tête, puis, une fois rentré chez vous, vous regardez votre chat pour lui faire comprendre qu’il doit mettre la table. Ensuite, vous vous balancez en chantant « Pirouette Cacahuète » (version Paul, c’est à dire une version très personnelle à base de « Ni sté mou la um, Pirouetteuh Cacahuèteuh, pou li di la mou fli na ri, na mou ré mi louminiré »). Puis, alors que vous faites à manger, vous poussez des cris aigus, pour demander à votre cher(e) et tendre s’il peut vous apporter le sel. En fin de soirée, votre compagnon a appelé les urgences, et vous vous retrouvez en HP, avec une camisole, tandis que vous sautez sur vous même, en tentant d’avoir une conversation avec le mur en face de vous.

Y’a pas à dire, mon boulot, des fois, il rend barge.

Mais qu’est ce que c’est bon !!

20 novembre, 2011 à 15:19 | Commentaires (0) | Permalien


Les enfants étaient contents, c’est l’essentiel

Bon, j’ai des gros soucis de dos, et au delà de ça, je n’ai jamais été réputée pour être une très grande sportive. Disons que je me limitais à 1h30 de danse par semaine, à l’époque bénie où je n’avais pas mes hernies. Sinon, l’EPS au collège et lycée étaient pour moi des séances de torture durant lesquelles je m’escrimais à faire plaisir au prof en courant sans but pendant 30 minutes.

Aujourd’hui, je suis une grande personne, et j’estime que j’ai le droit de pouvoir choisir un minimum ce que je veux faire. Le problème, c’est que dans la réalité, cela ne se passe pas du tout comme cela.

Lundi : jour de la piscine.

Le problème : manque d’éducateur.

Le piège :  Vous avez votre maillot de bain sur votre lieu de travail, parce que vous avez constaté qu’il est plus simple d’être dans l’eau avec les enfants lorsque vous les accompagnez au bassin. Non pas que la piscine soit votre passion, mais cela vous semble plus simple, et plus propice à la relation éducative (allez, à trois on plonge,un deux trois wouuuuuh !!).

Le résultat : vous vous retrouvez à 11h30 à préparer vos affaires et amener les enfants à la piscine municipale, celle là même où vous avez appris à nager lorsque vous étiez un petit bout de chou. D’ailleurs, surprise, celui qui vous a appris à nager est toujours là, et vous ne manquez pas de lui filer un gros coup de vieux en lui disant qu’il y a une vingtaine d’année, c’est à vous qu’il enseignait la brasse.
Au delà de ça, vous vous baignez avec vos loulous. Vous vous prenez plein d’eau dans la tronche et finissez par mettre des lunettes de plongée parce que vous portez des lentilles, vous faites plaisir aux jeunes en les mettant sur des grands tapis et en les poussant tout le long du bassin (profitant au passage de bien montrer que vous avez parfaitement acquis la brasse, mais vous niquant le dos, parce que la brasse pour le dos, c’est pas franchement recommandé). Vous gérez aussi ceux qui semblent se lasser de la piscine, ou qui ont un coup de flip, vous répondez à ceux qui vous appellent toutes les deux minutes pour vous montrer toute sorte de prouesse. Une fois sorti, il faut gérer le rhabillage and co. Loin de vous avoir détendu, la piscine vous a stressé, risque de vous rendre malade puisque vous n’avez pas le temps de sécher vos cheveux, et vous sentirez l’eau de javel le restant de la journée. Mais bon, les enfants étaient contents, c’est l’essentiel.
Jeudi : jour du cheval 

Le problème : on manque d’éducateurs (et en plus, il pleut)

Le piège : je fais ça pour les enfants.

Le résultat : vous vous retrouvez au fin fond du trou du cul du monde, avec des animaux que vous avez du approcher trois fois dans votre vie, auxquels vous n’y connaissez absolument rien. Il faut d’abord en brosser un, et vous constatez que les enfants sont beaucoup plus au point que vous. Vous vous trompez dans les brosses, vous n’arrivez pas à trouver une bonne taille de bombe, vous passez trois fois derrière le cheval parce que vous ne saviez pas qu’il ne fallait pas le faire, bref, vous enchainez les conneries, parce que vous n’y connaissez strictement rien. Ensuite, les jeunes montent, et vous devez tenir les rennes et aider l’enfant à guider le cheval. Bon, le truc, c’est que vous ne savez pas plus que le gosse ce qu’il faut faire. Alors la nana qui prend en charge le groupe est plutôt sympa, elle vous file un cheval doux et obéissant. Mais même comme cela, vous galérez, vous n’arrivez pas à faire faire le slalom à la bête, vous l’arrêtez trop tard, vous ne savez pas aider l’enfant à monter sur la selle, bref, vous êtes vraiment pathétiques. Vous grommelez intérieurement, et vous vous demandez ce que vous fichez là. Mais vous pensez aussi aux jeunes, qui auraient été privé si vous n’aviez pas été une éducatrice dévouée. Vous rentrez, suintant le poney par tous les pores, incapable de dire quoi que ce soit d’autre que « les enfants étaient contents, c’est l’essentiel » lorsqu’on vous demande ce qui s’est passé.

Vendredi : jour de la patinoire

Le problème : beaucoup d’enfants y vont, et pas assez d’éducateurs

Le piège : vous êtes malchanceuse et perdez au pile ou face.

Le résultat : Vous allez avec une terreur contenue en direction de la patinoire, en vous souvenant que vos dernières expériences sur la glace, loin d’être concluantes, vous ont procuré des blessures en tout genre, plus ou moins graves. Vous en parlez d’une petite voix à vos collègues qui vous disent que vous n’êtes pas obligés de patiner. Génial, donc je viens, je mets les patins aux jeunes et après j’attends sur le bord c’est ça ? Bon. Je l’ai fait deux semaines de suite, je me suis sentie complètement inutile, mais les enfants étaient contents. C’est l’essentiel.

Au delà de ce petit article qui montre mon dévouement total à mon métier, je me pose une question de fond : comment peut on transmettre à l’enfant du plaisir dans une activité si l’on est soi même mal à l’aise et en difficulté ? Pensez vous que le « sacrifice » que l’on fait, au profit de l’envie de l’enfant est pertinent ?

Est cela l’essentiel ? Que les enfants soient contents ?

 

19 octobre, 2011 à 19:34 | Commentaires (2) | Permalien


A table !

Ah, le moment du repas. Un véritable acte éducatif dans notre métier.

Si l’on s’en tient à des définitions types, on dira que le repas est à la fois un moment convivial, mais aussi un endroit où chaque résident peut tenter de trouver sa place, tout en intégrant la notion de groupe et de vie en collectivité. Enfin, le repas permet à tout à chacun d’affirmer ses choix et sa personnalité, avec des « j’aime/j’aime pas » suivant le menu du jour.

BLA BLA BLA

Moi je dis que le repas est une séance de torture pour tout éducateur qui se respecte.

D’abord, il faut motiver les jeunes pour qu’ils mettent la table. Certains esquivent, d’autres font semblant de ne pas comprendre. Malgré tous vos efforts (planning de service, petites blagues, petits coups de pied aux fesses …), vous vous retrouvez rapidement à faire les 3/4 du boulot.

Une fois cela fait, vous avez les enfants à tendance boulimique (vous savez, ceux qui ne songent qu’à se remplir, et dont vous pouvez parler des heures en réunion pour pouvoir comprendre ce que le repas signifie pour lui) qui s’assoient et qui, au choix :

- Vous vident un broc d’eau en 5 minutes top chrono (et qui bien sûr, se font pipi dessus après, sinon, ça n’a aucun intérêt).

- Ceux qui sortent des gâteaux (sucrés ou salés), pensant qu’on est riches et qu’on peut se faire un apéro tous les midis.

- Ceux qui hurlent parce qu’on a toujours pas commencé à manger.

Vous finissez par craquer, et vous passez à table avec les enfants. Là, c’est toujours un peu délicat, parce qu’il faut se répartir les places avec les collègues : tout est question de stratégie, qui se met à côté de qui, comment on fait le service, qui est servi en premier. Bref, cela donne lieu à toutes sortes de réflexion. En tout et pour tout, cette organisation plus le service d’entrée prend une vingtaine de minutes. A ce moment là, votre ventre gargouille parce que vous avez faim, mais conscience professionnelle oblige, les enfants avant tout.

Vous servez donc tous les jeunes, et enfin, vous posez vos petites fesses sur une chaise, savourant ce moment de paix. Alors que la béatitude vous envahit, vous voyez le petit Brandon manger dans l’assiette de la petite Cassandra. Vous levez le ton avant de vous levez tout court, parce que Brandon n’en a strictement rien à faire de ce que vous dites. vous vous rasseyez, mais Paul veut du sel et du vinaigre dans sa salade. Vous l’avez déjà laissé se servir mais il vous avait vidé la moitié de la bouteille et n’avait donc pu avaler quoi que ce soit. Renâclant le gâchis, vous vous levez pour aller donner un peu de vinaigre et de sel. Le gamin mange, sans vous dire merci. Vous vous rasseyez et vous remplissez votre assiette. Mais les enfants ont fini leur entrée (mais bon sang, ils mangent trop vite !!!). Vous vous levez une troisième fois, cette fois ci pour leur donner du pain, histoire de les occuper pendant que vous manger deux cuillère de votre entrée. Pendant ce temps là, les collègues galèrent à une table avec Ethan qui a décidé que c’était rigolo de taper sa fourchette dans l’assiette et balancer de la sauce salade partout sur la table (et sur les êtres humains). Seul Alain ne dit rien, il reste à vous fixer et attendre que vous lui donniez la becquée.

Le pain n’ayant pas eu l’effet escompté (enfin, les enfants l’ont gobé quoi), vous vous relevez pour faire le service des plats. J’en entends me dire qu’on pourrait les laisser se servir, mais c’est une grave erreur ; d’une part, on a des plats sans porc, d’autres avec, d’autre part, les enfants n’ont pas la notion des proportions et se servent largement trop sans en laisser, et enfin, on a un noyau d’enfant avec autant d’esprit d’initiative qu’une moule en catatonie, et qui se laisseraient crever de faim plutôt que de se servir. Donc, vous vous y coller, alors que vos collègues sont en pleine bataille avec Ethan.

Sortir les plats du four avec vos maniques inflammables relèvent de l’exploit. Vous appelez les jeunes un par un, mais ils arrivent tous en même temps, leurs assiettes tendues. Là, il faut faire avec ceux qui ne veulent pas de tel ou tel légume, ceux qui veulent de la sauce, ceux qui n’en veulent pas, ceux qui ne mangent pas de viande … Au bout d’un moment, fatiguée de devoir faire le tri, vous remplissez les assiette avec un peu de tout, respectant seulement la consigne sans porc. On voit alors Pauline faire la tronche parce que je lui ai mis deux morceaux de chou fleur dans son assiette, tandis que Paul hurle pour avoir du sel sur ses légumes. Vous vous tournez vers le four, songeant que mettre sa tête dedans serait une idée brillante.

Bon, après tout, c’est votre métier de vous occuper d’eux. Alors vous apportez le sel à Paul (qui en verse 4 fois trop sur son plat, et qui du coup, ne mange rien, se lève et hurle), et vous laissez Pauline se débrouiller avec ses deux morceaux de chou fleur, elle fera le tri.
Votre assiette vous attend, et vous vous rasseyez. Sauf qu’Ethan a fini sa crise, et qu’il exige maintenant qu’on le serve. Grmblll. vous vous levez, votre dernière fourchetté à la bouche, et vous le servez. Vous vous rasseyez.

Les jeunes ont fini de manger le plat et veulent être resservis. Vous en êtes toujours à l’entrée. Un de vos collègue a pitié de vous et se lève. Alain attend toujours que vous lui donniez la nourriture à même la bouche, mais ayant vu quelques jours avant qu’il était parfaitement capable de se débrouiller seul, vous n’accédez pas à sa demande. C’est une grave erreur, car Alain a envie que vous vous occupiez exclusivement de lui. Il se lève donc pour vous poursuivre sur tout le groupe, en criant et émettant des râles bruyants. Il s’accroche à vous tel une sangsue, vous étrangle à moitié, et n’écoute rien de ce que vous dites. Vous êtes obligé de le sortir un peu du groupe, le temps qu’il se calme. Comme vous êtes debout, vous en profiter pour servir le laitage. Pas de bol, ce sont des yaourts aux fruits, il vous faut donc laisser le choix aux jeunes (on pense éducatif, on pense personnalité). Alors que certains ne vous répondent pas, d’autres veulent tous le même parfum, ce qui devient vite ennuyeux. Au moment où vous vous décidez à trancher, Alain revient à la charge, prend le pain qu’il reste (à savoir les 3/4 d’une baguette), vous le met sous le nez en riant et s’enfuit en courant. Le dilemme : récupérer le dernier morceau de pain avant qu’il fiche de la bave partout, ou arbitrer le conflit des « je veux un yaourt à la fraise ». Vos collègues ? en train de batailler avec Ethan qui fait un foin pas possible à sa table parce qu’il veut être resservi une 4ème fois.
Vous décidez de récupérer le pain, en laissant les yaourts en vrac sur la table. Quand vous revenez, chacun a mangé sa part et vous regardez piteusement votre assiette toujours remplie de vos crudités. au point où vous en êtes, vous vous chargez du dessert, priant pour que ce ne soit pas un fruit chiant à manger. Raté, ce sont des oranges, et il vous faudra en éplucher 5 pour pouvoir ensuite vous rassoir. Mais les enfants ont fini de manger, et quittent la table en débarrassant leurs assiettes et les tables. Alain est revenu vous casser les pieds. Cette fois ci, il prend son assiette pour manger dans le couloir. Vous le rattrapez, le rasseyez et lui dites que s’il a faim, c’est à table que cela se passe. Le temps de revenir à votre place, vous constatez que vous n’avez plus d’assiette. Les enfants l’ont débarrassée, pensant que vous aviez fini de manger (non non, j’en étais à l’entrée).

Vous soupirez et lâchez l’affaire, vous ne pourrez pas manger aujourd’hui, vous prendrez un nougat et un café, ça vous fera bien tenir le coup.

Une heure après, Alain est toujours à table, la fourchette devant sa bouche grande ouverte, et il vous fixe intensément. La nourriture est froide, plein de bave, il est pas loin de 14h, et vous décidez de lui laisser son pain et de jeter le reste de l’assiette. Vous constatez qu’il a un peu mangé, et que son pain est en fait un sandwich de son repas. Quand vous prenez l’assiette, il vous bondit dessus et vous pousse à bout une fois de plus. Vous tournez la tête et vous voyez Ethan en train de se boire 7 verre d’eau d’affilée, mélangée à du liquide vaisselle. Paniquée, vous lui arrachez le verre des mains, et le sortez de la cuisine. C’est sans compter sur Paul qui lui a pris un sachet de thé, l’a ouvert et vidé dans un verre d’eau froide, dans lequel il a mis 6 sucres. Vous jetez le tout, et lui expliquant qu’il a déjà eu un thé, et que c’est pas la fête ici, qu’on ne sert pas comme ça, que y’a des adultes sur le groupe, et que franchement, s’il faut crier pour se faire entendre, vous allez crier, parce que y’en a assez de ces enfants qui n’écoutent rien et qui font tout à leur guise. Là, sans vous en rendre compte, vous êtes en train de crier. Vous respirez un bon coup, vous sortez les enfants qui vous ont cassé les pieds pendant tout le repas.

Le debriefing avec vos collègues se résume en quelques mots : « c’était l’horreur ce repas ».

Du coup, moi j’ai décidé que le midi, je mangerai un bol de céréales, ça ne refroidit pas, ça cale et ça se mange rapidement.

Pour le reste, j’ai réfléchi à la sanction adaptée pour les enfants qui transgressent sans cesse.

 

Je vais peut être leur lire « Hansel et Gretel », pour les préparer à ce qui les attend.

 

(PS : Ce récit est véridique, mis à part la dernière phrase qui est une blague, je ne suis pas un bourreau d’enfant, je ne les mettrai pas dans le four !).

8 octobre, 2011 à 12:20 | Commentaires (1) | Permalien


La femme essuie tout

Le saviez vous ?

La fonction première d’un éducateur est de servir de torchon au gamin.

Mise en situation :

Mettons un enfant, que l’on appellera Alexandre par commodité.
Ajoutons un pot de nutella et un morceau de pain
Saupoudrons le tout de bave.
Et prenons un débardeur noir, joli comme tout, seyant, amincissant, bref, un débardeur qu’on adore parce qu’il nous met grave en valeur.

Voyons maintenant ce qui se passe :

Alexandre réclame pour le petit déjeuner un peu de pain avec une couche de nutella. L’éducatrice que je suis, gentille, aimable et attentionnée va lui tartiner généreusement son morceau. Elle s’en mettra d’ailleurs plein les doigts, parce qu’elle a le don de tomber sur les fonds de pot qu’il faut racler pour obtenir un peu de pâte.
Elle va donner le morceau de pain au jeune Alexandre.
Celui ci va jouer avec. Crier. S’agiter.
Et ensuite, il va s’approcher de vous.

Le résultat :

Vous voyez avec horreur son visage plein de salive et de nutella foncer en plein sur votre super petit haut trop joli. Dans une tentative désespérée, vous vous éloignez, en lui disant « non, Alexandre, essuie toi la bouche s’il te plait ». Il vous obéit, mais vous auriez juste du préciser l’endroit où il fallait qu’il appose sa bouche. Parce qu’il a vu en vous un énorme rouleau d’essuie tout ambulant qui parle. Et se frotte généreusement à vous tout en étalant joyeusement les sédiments qui s’étaient formés sur son visage.

Non, vraiment, mon métier est formidable. Il oblige à dépenser sa paye de misère dans du shopping.

4 octobre, 2011 à 21:02 | Commentaires (2) | Permalien


Maltraitance

Avant tout, j’aimerai que chacun d’entre vous aille lire cette dépêche … Ca ne prendra pas trop de temps, promis.

http://www.liberation.fr/depeches/01012360702-cinq-ex-salaries-de-la-croix-rouge-accuses-de-maltraitances-dont-un-de-viols

La question de la maltraitance dans l’éducation spécialisée reste très problématique. Bien souvent, on a tendance à couvrir certains faits, soit par « solidarité professionnelle », soit parce que l’on a peur de mettre en danger son travail. Quoi qu’il en soit, la violence et de la maltraitance institutionnelle sont des sujets tabous, qui ont tendance à faire grincer des dents.

Maintenant, je peux vous le dire. J’ai fait mon mémoire sur la violence institutionnelle. Le but n’était pas de régler des comptes, mais plutôt d’essayer de comprendre comment une structure qui est sensé accueillir des enfants pour les sécuriser en arrive à dysfonctionner.

J’ai pris pour appui mon stage long, de deuxième année. J’y ai constaté des actes de maltraitance sur les jeunes pris en charge (j’étais en Maison d’Enfants à Caractère Social), j’y ai constaté une violence qui montait crescendo au fil des mois, j’y ai vu 15 démissions d’éducateurs (en 8 mois), j’y ai vu des enfants complètement paumés (certains menaçant de se jeter par la fenêtre, d’autres lever la main sur les gens qui les entouraient (adultes et enfants) …), j’y ai vu des éducateurs impuissants, j’y ai vu des cadres n’arrivant plus à rester dans leur rôle, débordant sans cesse leurs fonctions. J’y ai aussi subi du harcèlement moral. J’ai été détruite à petit feu, j’ai entendu sans cesse que je n’étais qu’une bonne à rien (bien sûr, cela ne m’a jamais été dit aussi directement, mais sans arrêt sous entendu). On a étouffé mes initiatives et on me l’a reproché après. On m’a reproché un jour de ne pas avoir prévu qu’il allait neiger. On m’a fait prendre la place d’un éducateur, car il y avait un manque d’effectif. Et après, on m’a reproché d’être à la place d’une éducatrice. On m’a tendu une ordure en me demandant d’en retrouver son propriétaire. On m’a fait comprendre qu’il valait mieux que je me taise, car je soulevais des questions trop dérangeantes … Bref, j’ai vécu 8 mois très difficiles. La seule chose qui m’a tenue, c’est ma relation avec les jeunes, qui s’est construite de manière saine et apaisée.

J’ai fini par démissionner de ce stage, n’étant non seulement pas en accord avec la politique de l’institution « hurler c’est avoir de l’autorité, et lever la main sur les jeunes, c’est encore mieux », mais aussi parce que j’étais à bout de nerf. Je me suis fait démolir dans mon rapport de stage (je m’y attendais).

Mais face à cela, j’ai trouvé important de faire quelque chose, à mon niveau. Un acte de citoyenne en quelque sorte. J’ai fait un signalement de l’institution au Conseil Général, j’ai rencontré le Directeur Général de l’association dont dépendait cette structure.
Et rien, pas de résultats.

Seulement, cela n’a pas plus aux cadres de l’institution, que j’aille mettre mon nez partout, et ils se sont puérilement vengé en me remplissant n’importe comment une feuille de mon livret de formation. Alors qu’il ne devait que figurer les tâches que j’aurais du assumer, ils se sont permis de faire des jugements de valeur, de mentir sur mon travail. Mieux même, ils ont réussi à se contredire avec l’évaluation qu’ils avaient fournie quelques mois auparavant. Ils ont pensé que je n’allais rien faire. Ils se sont trompés.
J’ai porté plainte pour harcèlement moral, diffamation privée et j’ai dénoncé des actes de maltraitance de la part des cadres sur les enfants. J’ai appris qu’une autre plainte du même accabit avait été posée quelques jours avant la mienne.

Pourquoi je vous raconte tout cela ? D’abord, pour montrer que notre métier est difficile, mais les obstacles ne viennent pas forcément du public accueilli. Dans la moitié des cas, ce sont les institutions, l’administration, qui posent problème. Et ça personne n’en parle.
Enfin pour vous dire qu’il faut en parler. Même si on vous dit de vous taire, il faut en parler, il faut savoir dire les choses, il faut oser. Parce que vous, vous pouvez partir. Mais les jeunes ou les adultes accueillis, non. Ils n’ont pas le choix. Ils sont bien souvent terrorisés à l’idée de dire ce qu’ils en pensent. Et si personne ne se bouge, alors on détruira à petit feu tous ces gens qui n’ont rien demandé et qui sont victimes passives de mauvais traitements.

Alors, agissez, osez, parlez.

19 septembre, 2011 à 12:20 | Commentaires (18) | Permalien


Antoine

J’ai rencontré Antoine ce matin.

Il est assez maigre, pas bien grand, pas très causant. Les cheveux bouclés, un peu en bataille.
Il parle peu, mais il aime dire ce qu’il pense.

Antoine aime monter des plans top secret avec son ami Paul. Ensembles, ils échafaudent tout un tas de stratégies dans un but que seuls eux connaissent.

Antoine ne mange pas beaucoup. Il fait attention à sa ligne.

Antoine porte toujours une chemise à carreaux, assortie à son pantalon.

Antoine ne se déplace pas seul, il faut le porter. Antoine n’a pas de jambes ni de bras. La vie n’est pas facile pour lui.

Antoine ne peut pas participer aux activités de la journée. Son handicap est trop lourd.

Antoine aimerait jouer comme les autres, mais est dans l’impossibilité de le faire.

On ne peut pas serrer la main à Antoine pour lui dire bonjour.

Il faut lui serrer la queue.

 

 

 

Ha oui, je ne vous ai pas dit.

Antoine est un scoubidou. Celui de Paul.

 

J’adore mon boulot !

 

12 septembre, 2011 à 16:19 | Commentaires (2) | Permalien


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