Oui, mais … Spécialisée en quoi ?

Mais, mais … C’est que ça évole tout ça !

Oui monsieur, oui madame. Les enfants ça évole (pour la référence culturelle, je vous renvoie au sketch de Danny Boon, « l’assistante sociale »).

8 mois de travail auprès de mes loulous, et ENFIN, ENFIN, je vois des progrès.

D’abord, j’ai arrêté de nettoyer trois pipis par jour. J’en suis à une moyenne d’un par semaine. Et juste ça, c’est magnifique. Apprendre aux jeunes à être autonomes aux toilettes change carrément la vie des éducs (celle des parents aussi, accessoirement !!). Les gants en latex partent moins vite, je n’ai plus à courir derrière des sacs plastiques sans arrêt, ni avoir l’odeur persistante de l’urine dans le nez. Au contraire, ça fleure bon le propre.

Etre avec des autistes, c’est aussi apprendre à communiquer autrement, tout en maintenant le langage social. C’est tout un art de passer d’un « Bwa bwi bwaaarghhhhh » à un « nan mais sérieusement, réponds, tu veux un gâteau ou pas ? ». J’aime me positionner en miroir face aux enfants, parce qu’on obtient toujours des résultats très intéressants. Leur renvoyer à leur propre mode de communication, c’est assez pertinent. Et surtout, pour ceux qui n’ont pas le langage, mais qui sont tout de même dans une volonté de communiquer, cela peut donner l’impression de parler. Et petit à petit, on sent des émergences. De « Bwaaargh », on passe à « Ba ba, bi, da, di ». Du babillage de bébé (ça fait beaucoup de B tout ça). Et puis un jour on pose une question anodine, et l’enfant répond « oui ». Bon, on a un doute quand même, parce qu’on peut penser qu’il s’agit du fruit du hasard, mais bon, comme on est une super éduc qui a la positive attitude, on se dit que l’enfant à eu un éclair de lucidité, qu’il s’est imprégné de notre langage, et qu’il en a saisi quelques bribes. De même, ceux qui ont accès au langage s’autorisent à parler devant nous. Bon, faut pas être super exigeant non plus, la moitié des mots sont baragouinés, mais quand on pense que depuis 8 mois, ils font semblant de ne pas savoir prononcer quoi que ce soit … on se dit que ça reste un progrès.

L’autorité et la confiance. Pour que les jeunes se sentent bien, il est indispensable de poser un cadre ferme. Et de le tenir. Je pense que ceux qui sont armés d’un minimum de bon sens seront d’accord avec cela. Sauf qu’avec des petits autistes, c’est pas toujours évident de donner du sens à de la sanction, à des règles, des limites. Alors il faut sans cesse s’adapter, insister, accompagner, expliquer, radoter. Et un jour, alors qu’un jeune mange de la colle liquide pour la troisième fois en 5 minutes malgré nos avertissements, on lui demande de s’asseoir sur une chaise et de ne pas bouger. Et là, miracle. Un moment de grâce absolue. L’enfant va sur la chaise, et attend qu’on lève la punition. Il essaye une fois de se lever, on lui fait les gros yeux, il se rassoit. Et surtout, après, il ne vient plus manger la colle.  Il a compris que je le sécurise. Le rapport au corps permet aussi de voir l’évolution … Quand on arrive sur un groupe où les gamins semblaient abandonnés, et qu’au bout de quelques mois, ils sont à la recherche d’un contact physique avec l’adulte (portage, câlins …), on se dit que la confiance est installée. Bon, j’avoue, j’ai parfois l’impression d’être un objet d’expériences sensorielles, et je me suis pris un doigt dans l’oeil, une main dans la bouche (découverte des dents), des dents dans les cheveux, une tête sur mon ventre dodu, des pieds sur mes pieds, et le diaphragme écrabouillé parce qu’un petit a trouvé rigolo de faire une roulade sur moi. Mais je laisse faire, en tentant de préserver ma santé, parce que je trouve que découvrir le corps au travers de celui de l’éducateur est un cheminement sain. Et bien sûr, comme je suis une super éduc, je vais commencer le travail avec le miroir.

Le rire. Les merveilleux rires des enfants. Qui résonnent lorsque l’on a fait une blague. Coïncidence ? Compréhension ? Comique de situation ? Je n’en sais trop rien, je sais simplement que les entendre éclater de rire parce qu’on a dit/fait une bêtise, c’est un moment merveilleux.

Et tout ça grâce à qui ? Grâce à bibi (ouiii, je m’octroie un certain mérite, j’ai repris confiance en mes compétences d’éducs, et sans être dans la prétention, avec les enfants autistes, je suis bien, je gère bien. L’instinct mêlé à de la douceur, de la fermeté et un peu de second degré fait des merveilles …).

La plus belle phrase que j’ai entendu cette année : « cet enfant est exceptionnel ».

Merci.

 

4 juin, 2013 à 17:40 | Commentaires (0) | Permalien


Je suis une martyre (et en plus on m’exploite)

Bon, je vous ai déjà parlé de mon amour pour mon travail, de l’attachement profond que j’ai envers les loulous dont je m’occupe, de l’absurdité de certaines situations, mais de ce qui me pousse à en rire quand même. De ma volonté de bien faire les choses, d’essayer de me montrer disponible, ouverte à toute critique, remise en question … je tente toujours d’avancer, même avec peu de moyens. Je pense d’abord aux jeunes, et je me demande ce qui pourrait les aider à s’épanouir. Ensuite, je vois si c’est réalisable.

Mais là, aujourd’hui, Super Educ est fatiguée. Très.

La qualité de l’ambiance dans l’institution est très importante, vous vous en doutez. Si l’institution va bien, le personnel va bien, la réciproque étant évidemment valable. Le fait est que cette réciproque est présente un peu trop souvent sur les lieux de travail. Et aujourd’hui, je suis amenée à évoluer dans une structure carrément déconnante, non pas parce que la direction ne suit pas, mais plutôt parce que le personnel a vécu en autarcie pendant des années, et qu’aujourd’hui, demander aux anciens de changer relève tout simplement de l’impossible.

Ce qui ressort de cette problématique, c’est une ambiance nauséabonde, pleine de sous entendus, de rumeurs absurdes et d’histoires personnelles. Ma volonté de rester détachée de tout cela est là, mais dans les faits, il est compliqué d’être en dehors des histoires puisqu’elles viennent à nous de façon assez naturelle. Même lorsque l’on reste correcte, polie, lisse, sans trop en dévoiler sur soi, sans donner ses opinions profondes, les autres arrivent à se saisir de n’importe quoi pour vous porter préjudice. Bien entendu, révéler quoi que ce soit ici serait trahir le secret professionnel, je ne dirais donc rien, je reste juste assez effarée de voir que beaucoup de personnes ne sont pas capables de résoudre leurs conflits personnels, et qu’ils s’estiment en droit de le faire au travail, en lâchant du lest sur leurs collègues, ou pire, sur les enfants qu’ils ont en charge.

Parfois, j’en viens à me demander si c’est moi qui suis à mille lieux de ce qui est correct de faire/dire ou non. Forcément, quand on se sent à contre courant de tout, on se dit que c’est nous qui sommes à côté. Et l’on se questionne sans cesse sur le bien fondé de nos relations, de nos actions, de nos paroles. Je travaille sur moi pour me dégager de toute culpabilité, mais c’est encore compliqué. Pas plus tard que mardi, je me suis sentie mal à l’idée de prendre mon légitime après midi de congé (que je n’ai quasiment jamais pris en 6 mois, puisque l’absentéisme et le manque d’organisation sont les leitmotiv de l’institution … !). Je ne veux pourtant pas me poser en tant « qu’indispensable ». Mais quand je reviens le lendemain, et que je vois que mon absence a été le point de départ d’un dysfonctionnement important, je me questionne … ai je bien fait de partir ? N’aurais je pas du rester ? Ai je abandonné mon groupe/les enfants ? C’est à ce moment là que je me dis que je suis dingue de penser comme cela. Je ne peux pas me positionner en tant que sauveuse du groupe, car ce n’est pas mon rôle. Certains nous poussent à s’enfermer dans ce costume là, je le refuse. Et si je culpabilise, c’est que j’estime que je sauve tout le monde par ma présence. Ce qui est absurde et faux. Alors je préfère me dire que mon congé n’a fait que soulever le rideau sous lequel ma collègue et moi travaillons depuis quelques mois. Sous couvert du « tout est géré », au final, nous aussi nous avons nos soucis. Nous portons le groupe comme nous le pouvons, je pense que nous faisons du bon travail, mais je constate que nous renvoyons tellement cette image du « tout va bien » que plus personne ne se rend compte que nous avons des difficultés : nous devrions être trois éducateurs sur ce groupe, nous ne sommes que deux (la troisième personne étant en arrêt maladie depuis plusieurs mois), nous avons en charge des enfants fragiles, perdus, avec des repères qui ne sont pas encore bien définis, et clairement nous ne sommes pas en capacité de combler tous ces vides auxquels ils nous renvoient systématiquement. Nous sommes fatigués, parce que nous portons de plus en plus à bout de bras. Les autres, de loin, nous disent « ils sont trop mignons vos jeunes ». Ce à quoi je réponds, inlassablement « la prochaine fois qu’il y en a un qui se fait dessus, je te l’amène, on verra si tu le trouves toujours aussi mignon ». L’impression que certains considère que nos loulous sont des jolies poupées qui font des câlins et des bisous est très forte … Et cela m’agace de plus en plus … Lorsque nous sommes en difficulté, en revanche, il n’y a plus grand monde pour nous dire qu’ils sont mignons. Résultat, on se fait pincer, mordre, frapper, griffer jusqu’au sang. Et ce avec des spectateurs.

« Ici, il y a beaucoup de gens qui allument des feux. Ensuite, on a ceux qui rajoutent de l’huile. Mais il y a très peu de pompiers ».

 

27 avril, 2013 à 19:32 | Commentaires (1) | Permalien


La positive attitude

Changer 4 fois de collègue en 5 mois : check.

Se faire mordre : check.

Nettoyer d’immondes cacas : check.

Se faire pincer : check.

Répéter cinquante fois la même chose dans une seule journée : check.

Se prendre la tête avec une collègue : check.

Péter un câble parce que les enfants poussent à bout : check.

Se faire balancer des objets à la tête : check.

Se sentir comme une sous m***e : check.

Tomber et se prendre un mur en plein front : check.

Essayer de se rebeller : check.

Voir que cela ne sert à rien : check.

Justifier tous ses faits et gestes : check.

S’en vouloir de l’avoir fait parce qu’on a pas de comptes à rendre à tout le monde : check.

Etre malade (mais pas une maladie de tapette, un 40°C de fièvre et tout) et aller quand même travailler : check.

Voir sa paye de misère : check.

Voir les enfants se balader tout nus : check.

 

Jsuis fatiguéééééée !!!!!!!!!!!!

 

 

 

25 mars, 2013 à 18:45 | Commentaires (0) | Permalien


La plastifieuse, mon amie, ma bien aimée.

Etre éduc, c’est aussi s’attacher à des objets. Certains deviennent vos alliés, et chaque fois que vous les utilisez, les battements de votre coeur se feront plus forts.
Petit inventaire :

- Le scotch : Votre meilleur allié. Lui, il sert à tout : bloquer les barres des stores, recoller les papiers déchirés par les enfants, accrocher tout et n’importe quoi pour valoriser les enfants, faire des marques de reconnaissance sur vos clefs … Bref, lui, c’est le must have de l’éduc.

- Les ciseaux : Ha, ça c’est un de mes objets préférés, je le sors minimum une fois par jour. On coupe, on coupe, et on coupe encore. On rogne, on réduit, on enlève, bref, vous ne pouvez vous prendre pour un éduc si vous n’avez pas une paire de ciseaux à portée de doigts.

- Le stylo : Dans notre travail, il est indispensable. Une note sur un post it, l’appel du matin, les changements d’emplois du temps, les compte rendus de réunions, les synthèses … bref, s’il s’accompagne de papier, vous serez souvent à sa recherche.

- Le tournevis : celui là est un peu plus improbable, mais il débloque toutes les situations pour peu que l’on se prenne pour Mc Gyver.

- Les feutres : ils permettent à la fois d’occuper les enfants (vas y, fais un beau coloriage le temps que je nettoie le pipi de machin), et en plus, ils apportent  joie et prospérité dans votre salle éducative.

- Les feuilles de couleur (cartonnées) : Elles servent à tout ; faire des étiquettes, des plannings, des décorations, des patchworks, c’est merveilleux.

- Le gel douche : un pipi ? un caca ? un vomi ? Super gel douche est là, en toutes circonstances.

- Les gants : ils nous rendent invincibles.

- Le balais : mon objet autistique. Je le passe au moins une fois par jour, regardant avec dépit tout ce que je récupère.

- L’éponge : variante du balais.

- La plastifieuse : souvent associée aux instit’, vous vous passionnerez très vite pour cet étrange objet qui avalera vos feuilles et vous les rendra brillantes et solides. Pour peu qu’elle vous les rende …

 

Face à tout cela, vous trouverez un fatras d’objets totalement inutiles que les éducs aiment stocker :

- Les pots en verre : une collection impressionnante, toute forme, toute taille. C’est tellement pratique, on peut tout faire avec. Même les laisser au fond des placards sans les utiliser.

- Les bouteilles : Ici aussi, place à la variété. C’est plus simple de mettre de l’eau dans une bouteille plutôt que d’aller la chercher au robinet (surtout quand celui ci crache de l’eau jaune).

- Les pinceaux sans poils : grand classique de notre métier, nés de la négligence des éducateurs, et leur répugnance à nettoyer les choses après avoir fait une activité peinture.

- Les feutres qui ne fonctionnent plus : ou comment commencer un coloriage et être frustré au bout de  10 secondes.

- Les livres usés : il manque des pages, l’histoire date de 1850, mais on le garde « ça peut toujours servir ».

- Les puzzle aux pièces manquantes : si vous souhaitez rendre dingo un enfant autiste, ce genre d’objet est parfait. Sinon, vous pouvez le jeter hein.

- Les feuilles à moitié gribouillées : probablement vestiges d’une activité dessin, ils ont été stockés pour d’obscures raisons dans des casiers, puis abandonnés au fil des ans.

- Les ballons dégonflés : autre grand classique … « en attendant d’en racheter ».

Là encore, la liste est non exhaustive, et je vous laisse le soin, oui, vous lecteurs, de la compléter. Vous aussi vous vous prenez de passion pour des objets improbables ? Vous aussi vous découvrez, ahuris, des stocks de bocaux en verre ? Alors parlons en.

 

 

25 février, 2013 à 19:36 | Commentaires (0) | Permalien


Vous aussi, développez de nouvelles passions …

Pour ceux qui ne sont pas encore au courant, j’ai trouvé un travail. Autant vous le dire tout de suite, ce n’est absolument pas grâce à pôle emploi (mon dernier rendez vous m’a donné envie de frapper ma nouvelle conseillère …).

J’ai donc commencé dans un nouvel IME, et en plus, avec des gamins exactement comme j’aime : fous ! Du coup, à force de les observer, je me suis rendue compte qu’il existait des passe temps très originaux, auxquels je n’avais jamais pensé avant. J’ai eu envie de vous les faire partager, car, parfois, nous sommes à court d’idées lorsqu’il faut trouver des moyens de décompresser.

Voici donc une liste, non exhaustive, de passions que vous pouvez développer :

- Boire du liquide vaisselle
- Jeter des objets
- Faire pipi partout
- Inventer un nouveau langage à base d’onomatopées uniquement
- Faire tourner un presse orange comme une toupie
- Secouer un morceau de plastique
- Monter aux arbres et rester coincé
- S’entraîner à faire l’acteur en faisant semblant de pleurer
- Casser des objets
- Balancer un store comme un pendule
- Se mordre
- Faire tourner une ficelle
- Manger des éponges, de la peinture, un balais, de la crème pour les mains, de la mousse isolante …
- Crier comme un bébé, juste pour faire du bruit
- Sauter comme un cabri pour se déplacer
- Faire caca sur soi quand on est pas content
- Se mettre tout nu
- Se toucher l’oeil
- Vouloir tout envoyer à la poste
- Lancer un cerceau et le regarder tourner
- Utiliser ses couverts comme des instruments de percussion
- Dessiner un chien qui fait caca

Cette liste est à compléter, si vous avez de nouvelles idées, je vous propose de les mettre en commentaire, nous les suggérerons aux enfants, pour varier un peu les plaisirs …

 

16 décembre, 2012 à 7:46 | Commentaires (2) | Permalien


On a vu la jambe de Guillaume T.

Vous savez, une éducatrice névrosée au chômage, bah ça s’ennuie quand même un peu beaucoup. Du coup, ça cherche de quoi s’occuper.

J’ai un petit frère plutôt sympa, avec qui je m’entends bien, et qui m’a proposé la semaine dernière de faire une folie : participer à un casting télé. J’ai consulté mon agenda vu que je suis une femme hyperbookée, (entendez en fait : ne faisant rien de mes journée à part consulter pôle emploi et l’ASH à peu près toutes les 4h et candidater comme une malade) et, j’ai accepté.

Je pensais que ça allait être amusant. Que nenni. J’ai passé une matinée dans un microcosme dont j’ignorais jusqu’alors l’existence.

La première épreuve a consisté en se rendre en temps et en heure au studio. J’aime beaucoup mon petit frère, il est formidable, mais il a le syndrome du mec, c’est à dire que niveau organisation, concrètement, il est nase. En roi du « t’inquiète », il est venu me voir la veille vers 20h, en me disant « on part à quelle heure ». Hé bien écoute mon petit frérot, je ne sais pas, on va où en fait ? Après m’avoir expliqué que c’était à la Plaine St Denis et qu’il y était déjà allé (en faisant en détour), nous avons convenu d’une heure de départ.
Arrivé sur le quai le lendemain vers 8h, nous constatons qu’il y a beaucoup de monde. Et dans son infinie sagesse, en heure de pointe, la SNCF a préféré nous mettre un train court. Après avoir joué à « comment caser 150 personnes dans un wagon qui ne peut en contenir que 80″, après avoir réfréné une jeune fille qui a tenté de s’accrocher à mon sein, le confondant probablement avec l’une de ces barres métalliques à laquelle les voyageurs de cramponnent, nous arrivons tant bien que mal dans la très jolie ville de St Denis.  Bien sûr, là il se met à pleuvoir (sinon, ça n’aurait pas été drôle). Question : « c’est quelle rue exactement ? »   « Avenue du président Wilson »   « et quel numéro ?? »   « je sais plus, mais t’inquiète je reconnais ». En regardant le plan, je me suis dit que quand même, elle était longue la rue. Et évidemment, les studios étaient à l’opposé de là où nous sommes arrivés. 30 minutes sous la pluie, avec mon frère qui guettait ses repères, le tout en longeant le périf, et ce, avec des chaussures légèrement talonnées pas du tout prévues pour que je marche, surtout avec mes problèmes de dos.

Finalement arrivé au sec (mais pas au chaud, ils ont fait l’impasse sur le chauffage), nous nous installons dans une pièce. Plein de gens sont là (c’est pas possible, ils ont rien à foutre ou quoi ??). Nous remplissons une fiche de renseignements … « ha, merde, j’ai oublié de te dire qu’il fallait une photo » … Bon, bah j’ai fait un dessin).
Alors, déjà, l’émission, je ne l’avais jamais vu (il s’agit de Volte Face, sur France , présenté par Nagui). En gros, le principe des questions était simple. Vous avez un début de questions, et trois fins différentes, correspondant à trois niveaux de difficulté. Il fallait répondre aux trois fins de questions.  Allez, je vous donne en exemple la première question :

La boulette ?

en 2006, qui a chanté :                     Les souvenirs devant ?

Le papa pingouin ?

bien entendu, vous connaissez tous les artistes qui ont fait ces trois albums/chansons (j’en ai eu deux sur trois pour celle là, impossible de savoir quel était le crétin à avoir osé nous pondre « le papa pingouin »). La première partie du casting consistait doncà répondre à un questionnaire de ce type, le tout était noté sur 30. Et nous avions 8 minutes pour répondre. D’abord, ça sentait bon le partiel avec « surtout, vous ne retournez pas les feuilles tant que tout n’a pas été distribué ». Puis « ne copiez pas sur votre voisin, ça serait bête), et enfin « le temps imparti est écoulé, soulevez votre stylo et levez la main en l’air, vous n’avez plus le droit d’écrire ».

C’est votre voisin qui corrige votre copie, sauf qu’on a pas le droit de la lui donner si on le connait. Comme je connaissais mon frère (hahaha), et que nous sommes très sociables, nous nous sommes naturellement tournés vers nos compagnons de derrière, pour l’échange de questionnaires. Les présentations faites, je regarde les réponses de l’autre candidat. Je me dis qu’en fait, je ne m’en suis pas sortie si mal que cela. Nous corrigeons, et constatons que nous avons tous cartonné sur la question « télévision ». N’empêche, on est là pour y passer hein.
Au final, ma voisine de derrière me rend ma feuille et me dit « dis donc, tu as cartonné c’est ton premier casting ». Heuuuu oui. Ha, pas mal 20/30. Relativement fière de moi (j’ai plus que la moyenne), nous rendons les feuilles aux deux responsables, et nous allons faire une pause dehors (toujours sous la pluie). Les langues se délient, et tout le monde se parle. Se tutoie. Et là,  nous avons halluciné.

« C’est ton premier casting  ? »
« Non, j’en ai déjà fait pas mal »
« Ha oui, et tu as gagné ? »
« oui, mais je n’ai pas le droit de le dire quand c’est au dessus de 85 000 euros »
« Et le casting de « N’oubliez pas les paroles », c’est chaud, quelqu’un l’a fait ??? »
« Ha c’est clair je l’ai fait, et c’est dur, Mireille Matthieu je ne connais pas très bien »
« Ha ouais, moi aussi je suis passé à la première session »
« Nagui est plutôt sympa en plus, et il aimerait bien que quelqu’un qui chante mal gagne »
« Ha, Nagui, super sympa, c’est Dechavanne qui est con »
« C’est clair ! Par contre, Laurence Boccolini, elle est adorable !! »
« Ha ouiiii, Lolo, super gentille, elle vient dans mon restaurant »
« Nous, on a parlé de nos chats toutes les deux, comme des copines, c’était génial, elle est adorable ! C’est Benjamin Castaldi, la première fois que je l’ai vu, j’ai eu un choc, je ne pensais pas que ses yeux étaient aussi verts »
« Mais, Benji, moi je le connais, jpeux te dire, je le vois tous les week end, la prochaine fois je prendrais une photo de lui, et tu verras, sans maquillage, il est tout émacié !! »
« Ha c’est clair que le maquillage télé, il change tout, moi quand je me fait maquiller, dans le train après, tout le monde me remarque »
« Ouais, ils te font hyper bronzé » (rires)
« Après, les émissions télé, ce sont toujours les mêmes concepts ! Par contre, le Juste Prix, je ne peux pas, je trouve ce jeu nul »
« Moi j’ai participé à un jeu en Chine !! »
« Ha oui, mais tu parles la langue ?? »
« Bah oui, quand même »

Grand moment de solitude quand même, et je crois avoir pris la décision à ce moment là d’écrire un article là dessus. Mais rien n’aurait pu me préparer à ce qui s’est passé après. Rien. Pas même … nan, vraiment, rien.

Vu mon score, j’ai été sélectionnée (si ça vous intéresse, mon frère a fait 19, qui est aussi un score plus qu’honorable, puisque la moyenne minimum à avoir a été baissée à 12, pour être sûr d’avoir assez de candidats, et un panel assez important. On nous annonce que le meilleur score est 25. Waaaah, y’a un mec qui savait qui avait chanté le papa pingouin. Nous disons au revoir à ceux qui n’ont pas réussi la première étape, par un tchao tchao tchao, qui est semble t il la marque de fabrique de Nagui. Enfin, c’est ce que j’ai compris lorsque la salle a repris en choeur ce refrain, me faisant limite sursauter.

La deuxième partie des sélections consiste en une présentation publique de chacun. Tour à tour, nous devons passer devant tout le monde, et dire qui nous sommes, raconter une petite anecdote, parler de nos passions … bref, comme si nous étions vraiment dans l’émission quoi.
Quelques consignes des casteurs (qui nous appelaient tous chouchou : « regarde par là chouchou ». « attends deux secondes chouchou ». « vas y chouchou ») : Ne pas parler de foot (on s’en fout). Ne pas parler de ses enfants (on s’en fout). Ne pas parler de ses souvenirs télé (on s’en fout).  Ne pas commencer « Jme présente, je m’appelle Camille, jvoudrais bien réussir l’casting, être séléctionnéééééeee » (c’est super ringard). Les filles pas d’anecdotes sur « une fois je suis sortie des toilettes, et j’avais mal remis ma jupe » (c’est dommage, j’avais une super histoire de seins nus sur scène).

Souvent, lorsque vous voyez une émission de télé, vous vous dites « mais c’est pas possible, les candidats ce sont des comédiens ». Hé bien non. Ce sont des vrais gens. Qui sont comme ça dans la vie. On parle de télé réalité, mais en fait, la vraie, la seule, c’est celle des jeux télévisés.

Nous commençons en beauté … avec moi ! Hé oui, la première personne à passer comme ça, devant tout le monde, c’était moi. Je pense être quelqu’un doté d’un minimum de personnalité et d’originalité. Je ne suis pas timide, plutôt extravertie, mais pas extravagante. Je me présente donc en oscillant entre sobriété et petite touche d’humour.

Puis, c’est le défilé. La sensation d’être au sein d’une réunion des alcooliques anonymes prend vite le dessus, d’autant plus que les cas sociaux sont nombreux. Beaucoup de retraités qui n’ont que ça à faire, mais aussi énormément de salariés qui donc, je suppose prennent des journées pour participer à ce genre de casting …

D’abord, il faut savoir que nous avions, sur une trentaine de candidats, 5 « cages aux folles ». C’est à dire des homosexuels totalement assumés, maniérés à l’extrême et fans d’Hervé Villard. Jean moulant, tee shit près du corps, godillots lookés. Rasés de près, ils ont quasiment tous été retenus. Et sont des grands habitués, rompus à ce genre d’exercice.

Les casteurs nous disent que si l’on se vante d’avoir pour passion le chant, il faudra le prouver. Vous imaginez bien que certains se sont faits un plaisir de se donner en spectacle. Nous avons eu une magnifique imitation de Claude François (« la pendule de l’entrée, s’est arrêtée sur midi … »), avec chorégraphie. Il y a eu un chanteur d’opéra aussi, qui a d’abord fait sa pub « je passe le 4 octobre, en toute simplicité au bar Chépuquoi, avec quelques amis ». Un candidat, décorateur d’intérieur et à peine moins extraverti que Damidot nous a fait un rapide remix du Papa Pingouin. Enfin, un candidat belge nous a fait partager sa passion pour le chant tyrolien. (Dieu merci, il a tout de suite dit qu’il ne savait pas le chanter, nous avons donc été épargnés).

Il semble aussi essentiel d’aimer deux choses dans sa vie pour passer à la télé : les chats d’abord un candidat sur deux nous racontant une histoire « amusante » (le terme amusant est à prendre avec une certaine relativité) qui les mettait en scène avec un chat. L’autre était la cuisine. Un candidat sur trois nous disait aimer faire à manger ou aimer manger.

Nous avons eu un participant unique. Son trip ? Se faire des blind test Nespresso.

Nous avons eu un Mohamed blanc.

Une femme qui adorait le ménage (sans commentaires).

Le vice président du fan club de Queen.

Une fan de Patriiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiick Bruel.

Une femme qui semblait avoir eu une poussée de lait (la tâche sur le sein ? Supeeeer sex !!).

Un homme s’appelant Jean Benoit B*****. Alias JBB. Ou JB². Ou Jambon Beurre pour les intimes (on se marre, on se marre).

Il y a eu une pute éolienne (je vous laisse comprendre tout seul. Et, non, ce n’est pas une péripatéticienne qui souffle sur ses clients).

Un sosie de Vincent Perrot, fan de compétition, de sport, et que même que, il va toujours au bout quoi, une fois, il jouait au tennis contre un pote, il était mené deux sets 6-0/6-0, et bah il a gagné quoi.

Tous les candidats se vantaient d’être malchanceux. Concrètement, qui est passée la première devant vous les gars ? Hein Hein ???

Nous avons eu la troisième dauphine de Madame France. En fait, c’est miss France mais pour les vieux. Mais je ne sais toujours pas pourquoi elle s’en est vanté …

Nous avons eu un petit comique, qui pour terminer sa tirade de présentation, a dit « d’ailleurs, bah … il est 11h, je dois aller faire à manger pour ma femme hahahah ». Ouais, hahaha.

Un poissonnier, qui aime les gens, le contact quoi. Et pi l’foot. Et pi, voilà quoi.

Un spécimen « moi j’ai du caractère, jsuis un fou moi ».

Deux candidats qui parlaient chinois.

Un qui semblait aussi perdu que nous, un batteur qui est venu « parce qu’on m’a appelé pour me dire que je pouvais essayer de gagner de l’argent, et je n’avais rien à faire ».

Et surtout, chemise bleue, ou Guillaume T. En fait, lui, on a l’a eu en ligne de mire dés le départ avec mon frère. Il était au bord de la chaise, impatient, fébrile de raconter sa vie. Enthousiaste. A fond. Et quand il est passé, il n’a pas hésité, il a montré sa jambe. La nudité ? Ca ne paye pas toujours (il n’a pas été gardé).

La phrase de tout le monde ? Même hors de propos, quasiment tous nous ont dit « d’ailleurs, j’ai une anecdote ».

En faire trop ? Le crédo de tout bon candidat télé. Ne pas hésiter à s’humilier. A faire des imitations. Raconter sa vie. Même si tout le monde s’en fiche.

A la deuxième pause, Jambon Beurre est venu me parler, pour me dire qu’il pouvait m’avoir un poste dans l’Eure et Loire. Et que c’est vrai, le réseau y’a que ça de vrai, c’est dans ce genre de manifestations qu’on peut faire des rencontres, c’est ça qui est bien, hein, parce que moi, je pense que voir le gens en vrai, c’est mieux que les réseaux, y’a que ça qui fonctionne et …. bla … bla … bla. Ca m’a passionnée un peu soulée.

Nous remontons dans la salle, et là, quelle déception, ni mon frère, ni moi ne sommes retenus. En même temps, quand je vois les cas sociaux qui sont passés, je me rassure un peu … je suis hors catégorie, c’est déjà ça. Bon, le seul soucis, c’est que quelques candidats m’ont dit « bah, tu n’as pas été retenue ??? C’est bizarre, j’étais sûr que si ». Ha. Bah heu … non.

Il paraitrait que les castings d’émissions endemol and co (tf1) sont pires. Que ce sont les moins bons qui sont pris, et qu’il faut assurer le show. Dixit les barjots qu’on a rencontré mercredi.

Finalement, pour une éducatrice au chômage, j’ai été servie. Faire du social toute une matinée m’a beaucoup amusé.

Je me demande si je vais pas m’inscrire pour une émission TF1.

 

27 septembre, 2012 à 22:00 | Commentaires (0) | Permalien


Pôle Emploi, ou comment devenir un peu plus névrosé.

Bon, pour ceux qui ne le savaient pas, je suis au chômage (ouuuh, qu’il résonne mal ce mot !!).

Etant donné que je fais partie de ces gens qui ont été « licencié économique » (en gros, mon CDD n’avait pas de terme exact, et il prenait fin lorsque ma collègue que je compensais à 80% décidait de reprendre son 100%. Comme ils n’avaient pas de poste à me proposer étant donné qu’ils étaient dans le jour au niveau budget, nous avons fait un licenciement économique), ce qui m’a permis de pouvoir toucher les Assedic.

Joie, bonheur, ayant l’esprit d’anticipation, je me suis inscrite sur le site de pôle emploi environ une semaine avant la fin de mon contrat (on ne peut pas faire une anticipation de plus de deux semaines). Comme j’avais travaillé plus de je ne sais plus combien d’heure sur une durée de 36 mois, j’avais le droit à une compensation calculée en fonction de je ne sais quels critères, mais quoi qu’il en soit, j’avais le droit à quelque chose.

La liste des documents à envoyer m’a fait un peu peur sur le coup. Et puis, bien sûr, j’ai du remplir un formulaire demandant à peu près cela :

Nom – Prénom – Date et lieu de naissance – Adresse – Téléphone – Mail – Diplômes obtenus – Expériences professionnelles (avec dates, salaires intitulé de l’emploi … ). 

Me voilà contente, je reçois un premier mail me disant que c’est bon, ma demande est enregistrée et qu’il faudra que j’aille à Pôle Emploi le tant à telle heure pour valider définitivement mon compte. Entre temps, ils me demandent de remplir un formulaire avec :

Nom – Prénom – Date et lieu de naissance – Adresse – Téléphone – Mail – Diplômes obtenus – Expériences professionnelles (avec dates, salaires intitulé de l’emploi … ). 

Je reçois ensuite un courrier par voie postale, avec la date et l’adresse de ma convocation, avec un formulaire à remplir :

Nom – Prénom – Date et lieu de naissance – Adresse – Téléphone – Mail – Diplômes obtenus – Expériences professionnelles (avec dates, salaires intitulé de l’emploi … )

Puis, quelques jours plus tard, je reçois de nouveau un courrier, avec à l’intérieur un formulaire à remplir absolument pour mon rendez vous :

Nom – Prénom – Date et lieu de naissance – Adresse – Téléphone – Mail – Diplômes obtenus – Expériences professionnelles (avec dates, salaires intitulé de l’emploi … )

J’ai toujours eu beaucoup d’humour, et j’ai préféré prendre ça avec philosophie, en me disant qu’après tout, vaut mieux recevoir 4 fois le même questionnaire que zéro.

Le jour de l’entretien arrive. Me préparer m’a pris une bonne heure. J’ai pas l’air comme ça, mais mes papiers sont rangés et classés. Je n’ai juste eu qu’à retourner la moitié de ma chambre, pour vérifier que je n’avais rien oublié : fiche de paye, attestations pôle emploi, attestations de sécurité sociale, RIB (bah oui, pour les assedic), rémunération de stages, diplômes (je ne les ai pas, il a fallu que j’amène les courriers attestant que j’étais admise), carte d’identité, carte vitale (oui, oui, même avec l’attestation), justificatif de domicile, attestation de fin de contrat, solde de tout compte et … bien sûr le formulaire rempli avec « Nom – Prénom – Date et lieu de naissance – Adresse – Téléphone – Mail – Diplômes obtenus – Expériences professionnelles (avec dates, salaires intitulé de l’emploi … ). » Et …  je crois que c’est tout.

Arrivée là bas, mon efficacité a surprise ma conseillère (très sympa, et de formation éducatrice spécialisée, quand même que le monde est petit hahahaha). En même temps, j’ai ramené à peu près la moitié de ma maison, donc j’aurais été surprise qu’il manque un document. Au passage, en souriant, je lui raconte que j’ai reçu 4 fois son formulaire, et que c’est bon, je l’ai bien rempli. Ca l’a fait rire, je crois avoir illuminé sa journée (conseillère à pôle emploi à sarcelles, elle ne doit pas se marrer tous les jours).

Un mois passe. Je travaille en CDD au mois de juin, je ne touche donc pas les assedics. En revanche, mon employeur me donne un papier improbable et incompréhensible, de 15 pages (je ne déconne pas) sur le portage des salariés. Je n’ai pas compris grand chose, mais j’ai coché et signé. Puis, il m’assure envoyer le nécessaire à pôle emploi. Bon.

Mois de juillet : j’actualise ma situation à la fin du mois, et là, miracle, je touche mes assedics. Ha, les ptits gars, je n’en revenais pas que ça se fasse aussi facilement, juste après avoir envoyé les trois quart de mes papiers personnels.

Je travaille au mois d’août, avec une connexion internet inexistante (c’est une de mes animatrices qui faisait relais wi-fi avec son téléphone, en cas de grand besoin). Je n’ai pas pu aller sur mon compte pôle emploi (et honnêtement, quand on est directeur de séjour, on n’a pas que ça à faire). En rentrant chez moi, deux choses : un courrier m’annonçant un nouveau rendez vous avec ma conseillère dans les nouveaux bureaux qu’ils ont construit en juillet. Et un mail, me disant que cela faisait 4 semaines que je n’avais pas consulté mon CV en ligne, et que si ça continuait comme cela, dans 4 semaines, ils le supprimeraient. Je me connecte donc, puisque je suis toujours à la recherche d’un emploi et que je ne souhaite pas que le CV pôle emploi soit supprimé (j’ai quand même mis 45 minutes à le faire, puisqu’il a fallu que je mette : Nom – Prénom – Date et lieu de naissance – Adresse – Téléphone – Mail – Diplômes obtenus – Expériences professionnelles (avec dates, salaires intitulé de l’emploi … )).
Connexion puis … désolée, nous avons un problème sur le site, réessayez plus tard. Une fois, deux fois, trois fois. Grmbllll.

En attendant, je me dis que je vais actualiser ma situation. Je vais donc sur l’onglet, je dis que j’ai travaillé 151 heures (hahaha, en vrai j’en ai fait le triple, mais sur la paye, on ne peut pas le mettre !), j’indique combien j’ai gagné et je précise que je suis toujours à la recherche d’un emploi. Je valide, et comme d’habitude, une fenêtre s’ouvre « vous avez actualisé votre situation, vous pouvez encore la modifier jusqu’à minuit, après, elle sera effective et définitive ». Bien.

J’attends donc le 20 septembre, jour de ma convocation. Entre temps, je postule, encore, encore, et encore. Bien sûr, aucune structure ne daigne répondre à mes candidatures (pourtant, je réponds à des annonces, je me propose pour des associations qui recherchent du monde hein, je n’ai fait quasiment aucune candidature spontanée). De temps à autres, je reçois un mail de pôle emploi, me disant « vous avez reçu une proposition d’emploi ». En fait, ce sont des structures qui ne veulent pas donner leur coordonnées en ligne, et qui passent par pôle emploi pour chercher des gens. Je ne vous dis même pas comment ça complique le cheminement. En gros, la structure envoie à pôle emploi, celui ci diffuse en privé à ceux qui pourraient éventuellement être intéressés. Ceux ci répondent ou non à l’annonce, pôle emploi envoie alors les réponses à la structures qui ensuite rappelle ou non le candidat. Très simple comme système non ?
J’ai pu aussi mettre à jour mon CV pôle emploi (après deux jours de connexions infructueuses), en rajoutant mon expérience du mois d’août.

Nous sommes aujourd’hui le 20 septembre. Le dossier Pôle Emploi sous le bras, je me rends gaiement (nan j’déconne) à mon rendez vous. Je suis à l’heure, je suis propre, je sens bon, limite belle gosse. J’arrive à l’accueil, je me présente et je dis avec qui et quand j’ai rendez vous, en montrant fièrement ma convocation.

Et là, c’est le drame.  L’hôtesse d’accueil cherche dans sa feuille de rendez vous et me demande si je suis sûre de moi. Je lui remontre ma convocation, et elle me dit « ha oui, pourtant, vous n’apparaissez nulle part ». Ha. Elle consulte son ordinateur, et la réponse arrive très vite

ELLE : « mais, mademoiselle, votre rendez vous a été annulé ».
MOI : « Ha ? Et sinon, on me prévient à un moment ? ».
ELLE : « Hé bien, ça doit être sur votre espace personnel non ? ».
MOI : « Ben pourtant je n’ai rien reçu, vous pensez bien que sinon, je ne serais pas venue ! ».
ELLE : « Attendez, je vérifie … oui, on vous a envoyé un message le 3 septembre »
MOI :  »Je n’ai rien reçu, pas de notification, rien du tout … »
ELLE : « Ha, c’est bizarre, normalement, on vous envoie un mail »
MOI : « Bah pas là … Je peux savoir pourquoi ça a été annulé quand même ? Ca m’intéresse »
ELLE : « Hé bien, comme vous avez travaillé au mois d’août, on ne peut pas vous recevoir au mois de septembre. Vous avez bien travaillé au mois d’août ?? »

Là, j’ai ma conseillère gentille (oui, de Sarcelles elle passe sur Domont, ça doit être plus reposant) qui arrive, et demande ce qui se passe. Nous lui expliquons la situation, elle reprend l’affaire en main.

ELLE : -un peu gênée- « Effectivement, lorsque vous actualisez et que vous dites avoir travaillé pendant le mois, les rendez vous sont systématiquement annulés »
MOI : -surprise- « Même si j’indique bien que je suis toujours à la recherche d’un emploi ? »
ELLE :-désolée- »Malheureusement oui »
MOI : -dépitée- »Excusez moi, ce n’est pas de votre faute, mais c’est un peu con comme système non ? »
ELLE :-sourire- « Oui … » puis elle rajoute « Vous avez envoyé vos fiches de paye à Rennes »
MOI : -décontenancée- « Heu, non … Il faut envoyer quelque chose ? »
ELLE :-d’un air sérieux et concerné- « Oui, vos fiches de paye et attestations assedics, pour justifier de votre travail, ça doit aller à Rennes »
MOI : -encore plus décontenancée- « A Rennes ? Mais, je veux bien, mais concrètement, c’est dit où  qu’il faut les envoyer ? »
ELLE : -en souriant- « Ha nulle part »
MOI : -philosophe- « D’accord, donc en fait, quand j’actualise, il faut deviner que je dois envoyer des papiers dans une sous traitance à Rennes »
ELLE :-souriant d’un air désabusé- « C’est ça »
MOI : -levant les yeux au ciel, mais faisant un sourire – « Je vais vous le redire, mais c’est n’importe quoi ce truc ! Que je doive justifier, soit, même si je pensais que c’était les employeurs qui le faisaient, mais comment voulez vous que je le devine … »
ELLE : -désolée- « Je sais mademoiselle, je sais »
MOI : -conciliante et compréhensive- « Bon, ce n’est pas de votre faute hein, vous faites votre travail comme vous le pouvez, mais y’a quand même des grosses lacunes dans ce système »
ELLE :-sourire désolé-  »Je sais … »

Le must ? Lorsque l’on habite en région Parisienne, on envoie ces papiers à Rennes. Lorsque l’on habite en Bretagne, on envoie les papiers en Région Parisienne.

Bon, moi qui avait quelques questions à lui poser notamment un « y’a moyen qu’on m’aide à financer le permis », tant pis, la prochaine fois, je glanderai pendant un mois pour être sûre d’avoir un entretien.

Mon prochain rendez vous ? « Vous n’en avez pas pour l’instant. »

Je ne fais qu’effleurer les nombreux dysfonctionnements de ce service. Je tiens aussi à préciser que la plupart du temps, les conseillers font plus du social qu’autre chose, car ils sont souvent confrontés à des personnes ou démunies ou assistées, qui viennent pleurer dans leur bureau avec un lot de facture qui monte jusqu’au plafond.  Alors loin de moi l’idée de leur jeter la pierre.
Juste, Pôle Emploi avait pour but de simplifier les choses, avec la fusion ANPE – Assedics.
Mais concrètement, on retrouve les mêmes soucis. Sauf que cette fois, ils sont centralisés. C’est un progrès …

Vous avez un ulcère ? Rien de tel que vous inscrire à Pôle Emploi pour le bichonner.

20 septembre, 2012 à 10:59 | Commentaires (0) | Permalien


Des petits instants de bonheur …

Etre éducatrice spécialisée, c’est accepter de n’avoir aucune reconnaissance dans la société. Mais c’est avant tout savoir s’accrocher aux moments forts, et qui donnent du sens à notre métier. L’éducateur ne cherche pas à être félicité, mais il puise son énergie dans les instants de grâce que les résidents ou son équipe lui procurent.

J’ai eu envie, pour cet article, de vous faire partager ces petits moments que j’ai pu vivre tout au long de ma (courte) vie professionnelle. Cet été notamment, lors de mon séjour, j’ai eu le droit à de grands plaisirs, qui m’ont réchauffé le coeur, et m’ont fait comprendre que, quand même, c’est un beau métier que je fais …

 

- Un vacancier qui vous offre une rose, parce qu’il vous apprécie, et qu’il a envie de vous le dire de cette façon.

- Un vacancier, juste avant son départ, qui vous offre un grand bouquet, pour vous remercier d’avoir fait votre travail.

- Un vacancier qui passe une heure sur la fabrication d’une boite à bijoux, qui s’applique malgré ses tremblements, et qui l’a faite juste pour vous, avec vos couleurs préférées.

- Vos animateurs qui vous ramènent une peluche, des boucles d’oreilles, un porte clef, juste pour vous dire qu’ils vous aiment et qu’ils apprécient d’être avec vous.

- Vos collègues qui, lors de votre départ, se décarcassent pour vous offrir un beau cadeau qui vous correspond : boucle d’oreilles, collier, bracelet, classeur rempli de beaux souvenirs.

- Un enfant qui vous voit, laisse tomber immédiatement ce qu’il est en train de faire, pour venir se blottir dans vos bras.

- Un enfant qui semble à l’écart de tout, dont le visage s’illumine lorsqu’il vous voit arriver.

- Des nouvelles d’anciens collègues, qui vous disent que vous leur manquez.

- Des rencontres, fortes, qui changent parfois votre vie.

- Un enfant qui vous caresse la joue pour vous dire au revoir, alors qu’il ne supporte pas le contact avec l’autre.

- Rentrer dans le jeu d’un enfant, et se rendre compte que non seulement vous vous comprenez, mais qu’en plus, il est heureux de voir que vous vous intéressez à son univers loufoque.

- Voir des petits bout de chou évoluer, grandir, accepter l’autre, accepter les limites, les règles de vie. Les voir devenir autonome.

- Avoir un éducateur d’un foyer au téléphone, qui vous annonce que c’est la première fois qu’il sent son résident aussi bien pendant un séjour adapté. L’entendre dire « si vous repartez l’année prochaine au même endroit, je vous enverrais plusieurs personnes de notre foyer, ils ont l’air bien avec vous ».

- Voir le sourire de tous les vacanciers lorsque vous rentrez dans la salle à manger avec 10 minutes de retard.

- Voir que vous inspirez l’autorité mais que cela procure beaucoup d’apaisement.

- Avoir 10 vacanciers le jour du départ qui vous entourent, et pleurer parce que vous vous êtes attaché à eux.

- Participer aux soirées dansantes avec le groupe de vacanciers, leur apprendre des nouvelles danses, faire l’andouille, et provoquer des rires merveilleux.

- Répondre à des questions complètement improbables telle que « Camille, quel âge elle a Patachou ».

- Vivre au quotidien avec des gens que l’on ne choisit pas, les découvrir, et voir que tous se passe bien, malgré les différences.

 

Etre éducateur spécialisé, c’est avant tout travailler avec l’humain. Et si celui ci est tout en complexité, il arrive que les difficultés laissent la place aux émotions, et donnent lieu à des instants qui nous permettent de trouver la force de continuer. Malgré tout.

 

 

31 août, 2012 à 10:45 | Commentaires (0) | Permalien


Mon collègue Gérard

Cela fait un certain temps maintenant que je me répétais qu’il fallait que j’écrive un article sur l’expérience professionnelle que j’ai vécue au mois de juin. J’ai été accompagnatrice spécialisée, en gros, nous emmenions les gamins de chez eux jusqu’à l’IME le matin, puis de l’IME jusqu’à chez eux le soir. Pas très passionnant de passer ses heures de travail dans un véhicule, cela dit, j’ai appris pas mal de choses, et finalement, voir un peu comment cela se passe chez les transporteurs, j’ai trouvé que ça pouvait être constructif.

D’une part, nous sommes soumis à des règles de timming très strictes, qui ne sont pas du tout respectées par certains parents. J’ai parfois halluciné en voyant que c’était les petits frères – petites soeurs qui s’occupaient de nous confier les enfants. Nous n’avions pas toujours les informations nécessaires pour comprendre certaines choses, et ma chance a été de connaitre les enfants avant de travailler. J’ai du coup eu aucune difficulté pour les reconnaitre, et surtout, je n’ai pas eu besoin de poser de cadre puisqu’ils connaissaient déjà mes limites. Dans l’absolu, c’était amusant de les occuper dans le car, de leur mettre du Henri Dés à fond les gamelles et de chanter à tue tête, de leur parler un peu (pour ceux qui savaient communiquer), de me faire chatouiller l’aisselle, de me faire mettre un doigt dans l’oreille par un jeune, de maintenir un gamin sur son siège … Nan, le soucis, ça a été les collègues. Enfin, non, un collègue. Une légende qui s’est révélée être vraie.

 

Gérard : n.m  : voir aussi : Jacky.  Homo Erectus de 50 à 60 ans, ventripotent, presque chauve, boit de la bière et du ricard, fait des blagues grasses autour du sexe, n’écoute que lui et se  passionne avant tout pour sa petite personne. Il n’est pas très sexy, pas méchant, mais pas très malin non plus. Il essaye d’impressionner les gens en haussant le ton, mais il manque de crédibilité, et l’on voit tout de suite que ce n’est qu’une façade. Le gérard a la fâcheuse tendance à se prendre pour un Casanova, et il drague sans vergogne les petites jeunettes de 25 ans, ce qui met très vite mal à l’aise. Le gérard des villes se plaint de tout, n’est jamais content, et ne se satisfait jamais de rien. Le gérard est maladroit, et s’y prend comme un manche avec les autres. Le gérard a des théories sur beaucoup de sujets, mais celles ci sont au mieux farfelues, au pire franchement choquantes. Le gérard est un Kévin qui a survécu. Ex : « celui là, il fait son Gérard » – « Allez gérard montre nous tes fesses !! ». 

 

J’en ai rencontré un en vrai. Pire, j’ai du travailler avec lui. La semaine la plus traumatisante de ma vie.

Tout est vrai dans le mythe du Gérard. La calvitie, les blagues lourdingues, la grande gueule, la mauvaise foi, tout. Petit florilège :

Moi : « Gérard, tu sais qu’en ville c’est limité à 50 et pas à 20″
Gérard : « Oui, mais j’aime bien prendre mon temps, et puis je ne peux pas te parler et conduire en même temps »

Moi : « Gérard, tu peux arrêter de baisser la musique, les jeunes ils n’entendent plus rien »
Gérard : « Mais j’ai rien fait, c’est pas moi, c’est toi ».
Moi : « Gérard, je suis à 15 mètres du poste, au fond du car, ce n’est sûrement pas moi qui baisse la musique par ma pensée »

Gérard : « T’es mariée ? »
Moi : « Non, mais j’ai quelqu’un depuis longtemps »
Gérard : « Fais gaffe je vais te faire du gringue ».

Gérard : « Allez jte fais un ptit bisous »
Moi : « non, ça me met mal à l’aise ».

Gérard : « Au fond, la sexualité des handicapés, c’est comme celle des singes, c’est instinctif »
Moi : « … »

Gérard : « J’ai un truc pour ne pas me faire avoir par l’alcootest. Je mange un bonbon à la menthe ».

Gérard : « Moi je dis, et JE, JE, JE, et Moi, et JE pense, et Moi … »
Moi : « zzzzzzzzzzzz … »

Gérard : « J’ai mon frère qui habite là »
Moi : « oui, tu me l’as déjà dit … »
Gérard : « Ha bon ? Quand ? »
Moi : « Hier, et avant hier, à chaque fois qu’on passe devant en fait, donc tous les jours ».

Gérard : « Si tu veux je te dépose à l’entrepôt, et tu viens boire un coup, j’ai une bouteille de rosé dans ma voiture »

Gérard : « Toux grasse – Gros Glaviot – Crachat par la fenêtre« .

Gérard : « on passe chez Mme X ? »
Moi : « non, le jeune est malade »
Gérard (10 minutes plus tard) : « On passe chez Mme X »
Moi : « Non, le jeune est malade »
Gérard (5 minutes plus tard) : « On passe chez Mme X »
Moi : « Nan mais ça fait trois fois que tu me poses la question, ça fait trois fois que je te réponds pareil, ça n’a pas changé en 5 minutes, le gosse est toujours malade »
Gérard : « Ha tu me l’as déjà dit ? Je ne t’écoute pas ».

Gérard descend du car 
Moi : « heu, excuse moi, tu vas où en laissant le moteur allumé et me laissant seule avec 15 gosses ? »
Gérard : « pisser et fumer une clope »

Moi (à un gamin qui crie depuis 5 minutes et qui tape tout le monde) : « Arrête de hurler, ça ne changera rien, tu n’impressionnes personne »
Gérard : « Attends, je vais m’arrêter et lui foutre une torgnole, ça va le calmer »
Moi : « Non, Gérard, ça va aller, je gère »
Gérard : « Nan mais t’inquiète, je l’ai déjà fait hein ».

 

Une semaine comme cela. Je vous laisse imaginer mon profond sentiment de solitude. L’envie de le faire taire à coup de machette. L’envie de me jeter par la fenêtre du car. L’ennui mortel des conversations. Le désespoir qui m’envahissait à chaque fois qu’il parlait.

Avez vous déjà rencontré de genre de personnages ? En avez vous dans votre entourage ? Pensez vous comme moi qu’il faudrait faire quelque chose contre les Gérard ? Genre leur acheter des cerveaux ?

 

PS : Deux choses : le prénom Gérard est utilisé comme référence, mais il ne s’agit pas forcément du prénom de mon collègue. Et je tiens aussi à présenter mes excuses et mon profond soutien à tous les Gérards qui ne sont pas comme cela, qui sont des gens cultivés, fins et intelligents, et qui payent cher le stigmate de leur prénom.  

 

 

28 août, 2012 à 9:53 | Commentaires (2) | Permalien


La solitude du directeur de séjour

Suite à une conversation avec une amie qui a été une de mes animatrices l’été dernier, j’ai eu envie de vous faire partager les émotions ressenties par un directeur de séjour pour adultes déficients. Et aborder aussi le CEE (contrat d’engagement éducatif), dont la dernière mouture a été pondue il y a 5 jours, et qui va renforcer ce sentiment de solitude intense.

 

Le directeur de séjour a de nombreuses responsabilités. Un animateur, s’il y a un problème qu’il ne peut pas gérer, peut se tourner vers son directeur et lui dire « tu peux t’en occuper ? ». Moi, directrice, je réponds oui, mais si je galère, j’aurais beau me retourner, il n’y aura physiquement personne derrière moi. Enfin, j’ai le responsable de l’association, qui heureusement est formidable, que je peux appeler 50 fois par jour si besoin. Mais il n’est pas présent sur le séjour, et dans le fond, on est seul face à la tuile. L’année dernière, j’ai un vacancier qui a fait une syncope. Je n’étais pas présente à ce moment là, j’ai du aller à la plage pour faire une déclaration d’accident, puisque la veille j’ai un vacancier qui a fait une crise d’épilepsie dans l’eau et qui s’est déboité l’épaule. Après j’avais des courses à faire pour l’anniversaire d’une vacancière, et là, à la caisse, ça a été le drame. Mon téléphone sonne (inutile de vous dire que quand il résonne et que vous voyez le nom d’un animateur s’afficher, votre sang ne fait qu’un tour).

*voix paniquée* « Allo Camille ?? T’es où, il faut que tu reviennes, y’a Machin qui est allongé sur le sol, il ne bouge plus, ne respire quasiment plus et on n’arrive pas à le réveiller, on fait quoi »

*moi, tout aussi paniquée, avec ma carte bleue dans les mains, les sacs de course et la volonté de demander une facture à la caissière qui n’existe déjà plus dans mes pensées, ces dernières occupées par le fait qu’un de mes vacanciers est en train de crever sur mon séjour, gardant bizarrement mon calme pour ne pas en rajouter une couche* « Appelle les pompiers, j’arrive, je suis à la caisse pour l’anniversaire de Machine, je cours, je suis là dans 10 minutes à tout casser ». Je raccroche le téléphone, regarde l’animatrice qui m’accompagnait : « Magne toi, y’a Machin qui est inconscient sur le centre. Vite, mets les courses. Excusez moi Madame la caissière, on peut aller plus vite s’il vous plait, j’ai un gros pépin à gérer. Oui, oui  par carte. Une facture, c’est possible ? Je dois aller à l’accueil ? Tu y vas ? Cours. Je finis de payer. Tiens, prends le ticket. Haaaa, tout ne rentre pas dans les sacs. Tant pis. Oh, c’est lourd ces 7 bouteilles de limonade ».
On a couru dans tout le magasin avec nos 10 kilos de courses, on a foncé sur le centre, l’anim m’a déposée juste devant le bâtiment, et j’ai encore couru. Les pompiers étaient là, je me présente « Ha, ben on a appelé le SAMU, parce qu’il convulse et qu’on n’arrive pas à le réveiller ».
J’ai eu beau regarder derrière moi, personne pour prendre le relais. C’était à moi de gérer. La solution la plus raisonnable qui m’est venue à l’esprit : m’enfermer dans les toilettes les plus proches, appeler mon directeur d’assoc et pleurer. (pour ma défense, ça faisait 3 jours de suite que j’avais les pompiers chez moi, ou une hospitalisation, la toute première m’ayant fait revenie sur le centre à 5h du matin). Bon, l’avantage, c’est que j’avais dans mon équipe une amie, qui me connait bien, et qui a deviné que j’avais besoin de craquer. Elle m’a calmée et a pris le relais, c’est elle qui est allée à l’hôpital. Et le vacancier a heureusement repris connaissance (2h plus tard quand même !!!).

Dans ces moments là, ce qui est vraiment compliqué, c’est de prendre froidement toutes les responsabilités, de les assumer et de faire comme si vous aviez une solution. De rassurer tous les vacanciers alors que vous n’en menez par large. D’attendre un coup de téléphone, de se dire qu’on aurait pu aller à l’hôpital quand même, de se gifler mentalement de cette pensée, car dans le fond on sait que la pression était trop forte et que la fatigue aidant, on aurait surtout ajouté un soupçon de panique à la situation. Et ensuite, quand le vacancier revient, de lui demander pendant une semaine s’il va bien. De se rendre compte petit à petit qu’il joue aussi un jeu, et qu’il profite de la situation en simulant des maux de tête. S’assurer de la comédie qu’il joue en lui donnant de la levure (poudre de perlimpimpin pour tous les vacanciers en crise d’hypocondrie) contre un mal de tête, et le voir 10 minutes après gai comme un pinson. Appeler tous les jours son responsable de foyer pour trouver une solution à la situation angoissante. Le laisser le prendre au téléphone et le menacer de le rapatrier s’il continuait à faire semblant d’avoir une migraine.

Pendant ce temps là, on a une vacancière complètement à côté de la plaque qui semble petit à petit souffrir pendant le séjour. Elle était en total décalage vis à vis des autres, pas autonome du tout, et perclue de TOC et d’angoisses. Au bout de trois semaines, elle qui ne parlait que très peu et très mal, elle m’a pris la main pendant un repas, s’est mise à pleurer et m’a dit « maman, papa, maison ». Bon, d’accord, on fait quoi là. Encore une fois, j’ai eu beau regarder derrière moi pour voir s’il y avait quelqu’un … non. Finalement, j’ai décidé de la rapatrier. Et là, la famille m’a mise une pression de taré en me disant que s’il lui arrivait quelque chose, ça irait mal pour moi. J’ai raccroché en leur assurant que je prendrais soin de la vacancière. J’ai pleuré, de fatigue, d’agacement de n’avoir personne en face de moi pour me soutenir, me dire que je n’ai pas à m’inquiéter, que j’ai pris la bonne décision. Finalement, le directeur agit seul. Il voit les répercussions de ses actes sur l’ambiance générale du séjour. Il tâtonne beaucoup, pour ajuster toujours son attitude, pour s’assurer qu’il a une relation juste avec chacun. Et personne ne peut vraiment lui dire s’il fait bien ou non. Les animateurs peuvent parfois questionner ses décisions, mais souvent, ils le font avec beaucoup de brusquerie, ce qui met encore plus à mal le directeur, qui se remet en cause juste après, qui se sent obligé de se justifier, alors qu’après tout, c’est lui le chef. il est seul, mais il a les plein pouvoirs.

Dans le fond, le directeur de séjour est un humain légèrement masochiste.

Mais cette année, le CEE est réformé … Et je pense qu’on va bien rigoler (c’est ironique).

La base de ce décret pourri c’est que les animateurs ont un repos obligatoire de 11h consécutives par jour (ce qui est dans la réalité complètement impossible, la journée d’un anim, c’est 8h-23h minimum, celle d’un directeur 8h-01h minimum …). Des aménagements sont possibles, mais faut voir lesquels. Je cite la meilleure partie de leur décret ; « Cela signifie donc concrètement, que pour un séjour de 28 jours par exemple, le même titulaire de CEE ne pourra faire la totalité du séjour puisque après 21 jours, il devra bénéficier immédiatement de 8 jours de repos. » Donc en gros, si on n’aménage pas les temps de travail, je n’ai plus d’animateurs pour ma dernière semaine, car nous partons 28 jours … Nous sommes donc obligés de faire des plannings : les anims seront en repos, par paire de 10h à 14h. La réunion du soir se passera le midi et sera uniquement informative, à propos des sorties à venir. Le soir, j’ai des anims qui termineront à 22h, d’autres à 22h30, d’autres à 23h00 et les derniers à 23h30. Et il faut que je trouve le temps, sur ce truc échelonné, de prendre une partie de l’équipe pour faire un bilan de la journée … Je pense que je vais me faire jeter des cailloux par tout le monde. Les vacanciers ne vont rien comprendre à ce fonctionnement, et je pense que je vais faire un tableau planning, affiché je ne sais où pour permettre à chacun de s’y retrouver. Les animateurs vont se lever le matin pour être en pause 2h après. Sans compter les prises de traitement des vacanciers : chaque animateur doit donner les médicaments à ses vacanciers qu’il a en référence. Sauf que pour ceux qui sont en repos, il va falloir que je m’en occupe. Note pour moi même : punaiser des plannings partout dans les bâtiment pour éviter d’être complètement larguée. Et puis bien sûr, couper une journée en trois, ça ne va pas aider pour l’investissement des animateurs, qui vont avoir l’impression, lorsqu’ils sont en repos, de louper tout ce qui se passe. Enfin, le meilleur pour la fin, les animateurs ont le droit, à la fin de leur journée, de sortir du centre et de faire ce qui leur chante. Donc boire, fumer, aller en boite, ne pas dormir … Je suis donc obligée de prier pour qu’ils aient suffisamment de sens moral pour ne pas tout foutre en l’air. Cette fois ci, ma solitude sera bien plus forte, puisque finalement, je serais la seule personne à être dispo 24/24h, 7/7j. C’est à dire que si j’ai un vacancier qui fait une syncope en pleine nuit, je n’ai le droit de compter que sur moi, car je ne peux empiéter sur les horaires de repos de mes animateurs.

Non, vraiment, réécrire le CEE, c’est une idée de chiotte. C’est la mort du métier d’animateur. Dans deux ans, si tout est maintenu, il n’y aura plus de séjours adaptés, plus de colonies de vacances, plus rien, car la situation est complètement ingérable. Ne parlons même pas du fait qu’ils aient publié le texte il y a 5 jours et qu’il est applicable dés cet été. Je suis vraiment dépitée par tout cela, car les séjours offrent des expériences très forte à chacun, et permettent à tout le monde de mieux connaitre ses limites, ses besoins, ses envies. Le tout dans la joie et la bonne humeur.

Si vous lisez cet article, qui n’est pas bien drôle, je le conçois, d’habitude, je suis plus piquante, j’aimerai que vous parliez autour de vous de la réforme du CEE. De la galère qu’on va subir cette année. Et de la disparition du métier d’animateur. Les médias taisent cette information, et préfèrent disserter sur la moyenne d’âge du gouvernement, ou sur les chances d’Anguun de gagner l’Eurovision …

Nous sommes esseulés dans ce combat contre la connerie …

26 mai, 2012 à 10:51 | Commentaires (4) | Permalien


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