Oui, mais … Spécialisée en quoi ?

Paroles d’enfants …

Voilà une autre raison de faire ce métier … suivant le public, on peut avoir des situations improbables (je parle surtout pour des résidents très atteints psychiquement), ou bien des petites phrases qui embellissent votre quotidien, parce qu’elles sont drôles, fraîches et spontanées …

Petit florilège :

Lapsus : « Camille, le maquillage, on le met sur les paupiettes ! »

Vision étriquée : « Mais qu’est ce que tu fais ? »   « Ben je mange une banane ! »     »Nan mais c’est pas possible, y’a que les singes qui mangent des bananes ! »

Blague ratée : « Camille, t’as dit j’avais de la sauce, alors j’ai dit pistache »

Triste : ‘ »Camille, je suis allée chez ma tante samedi, elle est morte »

Lèche botte : « Camille, elle est belle, elle est gentille, c’est un ange, elle est choute »

Confusion : « Mais, qu’est ce que vous faites là ?? »     »Ben … on constipe ! »

Observateur : « Camille, t’as des boutons là et là »

Créatif : « Camille, j’ai fait une chanson sur ma saucisse »

Ritualisé : « Bon, bah … Bon soif ! »

Logique : « Ils parlent quelle langue au Mexique ? »     « Bah mexicain !!! »

Réaliste : « Nan, mais vraiment, Camille, sérieusement, des cheveux comme les tiens, ça ne peut pas exister »

Expérimental : « Camille, si on met ta tête de prise électrique sur l’écran de la télé, ça fera quoi ? »

Têtu : « Il y a quoi dans le hachis parmentier ? »     »Des légumes ? »     »Non »     « Des pâtes ? »     « Non »       »Du poisson »       »Non »       »Des pâtes ? »       »Toujours pas non »       »Des lentilles ? »       « Non »         »Des pâtes »         « Pas depuis 3 secondes non ».

Daltonien : « Camille, t’es toute rouge aujourd’hui ! »       « Heu, je porte un jean bleu, un long gilet noir, et un tee shirt rouge »       « Ha oui, mais c’est parce que moi je suis vert »

Prévoyant : « Camille, tu voudras un bébé ? Parce que si oui, c’est qui qui nous gardera ? »       « Bah, le pape !! »

Précis : « Camille, c’est quoi un marteau pilon ? »       « Je n’en sais rien, demande à celui qui en parle »         « Dylan, c’est quoi un marteau pilon ? »       »Le marteau pilon, c’est le marteau pilon »

Chanteur : « Une souris verte, qui courait dans l’herbe, je la met dans ma culotte … Ben quoi, c’est bien ça les paroles hein Camille ? »

Agressif : « Camille, machin il m’embête … Je peux le frapper ? »

Ivre : « Olala, je fais tout tomber, on dirait je suis bourré »

 

J’en ai oublié plein … Mais comme j’ai pris l’habitude de les noter, je finirais par les retrouver … Cela fera l’objet d’un article V.2 !
Et si vous en avez vous aussi, allez y, après tout, l’innocence et la spontanéité ne sont plus des comportements que l’on rencontre souvent aujourd’hui …

 

 

 

14 mars, 2014 à 12:39 | Commentaires (2) | Permalien


Mais qu’est ce que je fous là moi ?

C’est une bonne question non ? Une de celle que l’on se pose le matin, quand on se réveille et que l’on va au travail. J’ai souhaité y répondre, après une discussion avec un ami, et ce de la façon la plus juste possible (mais aussi avec humour, parce que quand même, je suis super drôle, et c’est pas moi qui le dit). Bien sûr, mes hypothèses ne sont pas exhaustives, et je vous invite à réfléchir vous aussi au sens que vous donnez à ce que vous faites, et au pourquoi de vos agissements.

Qu’est ce que tu fous là : « Moi je viens au travail parce que je suis merveilleux ». 
Traduction : « Aimez moi »

Ha … les grands égocentriques, fiers d’eux. Qui se croient investis d’une mission, qui estiment avoir été un jour touchés par la grâce, et qui clament vouer leurs vies aux autres, et ceux, pour leur plus grand plaisir, parce que « tu comprends, moi, je suis quelqu’un qui a besoin d’aider le monde pour me sentir vibrer ». Bon, ces gens là, c’est triste pour eux, parce que finalement, ils n’existent qu’au travers de leur métier. Chaque décision qu’ils prennent doit nous arracher des « oh » d’admiration, et dés qu’ils mettent en pratique, il faut les féliciter pour faire ce pour quoi ils sont payés. Bien sûr, en société, ils se gargarisent de faire ce qu’ils font « tu vois, moi, je m’occupe d’handicapés, c’est formidable comme métier, c’est fou ce que l’on peut leur apporter ». Les usagers dans tout cela ? Ils n’existent pas. Enfin, si. Comme faire valoir pour combler un vide égocentrique.

Qu’est ce que tu fous là : « Moi, je viens au travail parce que j’aime donner des ordres »
Traduction : « je suis un dominant, tremblez femelles devant mon mastodonte »

En gros, eux, ils font peur. C’est un peu tout le contraire de celui dont je parlais juste avant, qui prêche l’amour en mangeant des pâquerettes sur des chansons d’Hugues Aufray. Ils passent leurs temps à crier, casser les usagers, leur dire qu’ils font tout mal, parfois même ils passent physiquement à l’acte, et jamais on ne les entend proférer une parole positive sur un résident. Leur peur de passer pour une fiotte est omniprésente. Alors, à la limite, qu’on souhaite être respecté, c’est normal et humain. Mais de là à se faire carrément détester des usagers, ça devient grave.

Qu’est ce que tu fous là : « Moi je viens au travail parce qu’il faut bien gagner sa vie »
Traduction : « je ne savais pas quoi faire de ma vie, on m’a pistonné, et voilà »

Ils sont lourds aussi parce qu’ils n’ont aucune passion, aucun investissement. Ce sont les pros des récup d’heures sup en tout genre, ce sont de ceux qui ne resteront jamais 5 minutes de plus, parce que « l’heure, c’est l’heure ». Ils sont là, « en mode rien ». Ils n’animent pas la journée des résidents, ne proposent aucune activité éducative pour les stimuler, les faire grandir ou les contenir, et s’étonnent après de voir les usagers perturbés et incapables de gérer leurs pulsions, puisque finalement, c’est la seule fois où ils attireront l’attention de l’éducateur : en l’énervant. Du coup, ça pousse ce dernier à détester encore plus son boulot. Et à se mettre en arrêt maladie pendant les vacances, histoire d’avoir des journées à récupérer après (véridique)

Qu’est ce que tu fous là : « Moi je viens au travail parce que je suis complètement barge »
Traduction : « Ce travail m’éclate parce que l’humain est fascinant et que c’est le seul métier où je peux faire de la photo, des activités manuelles, des jeux, des films et une chorale »

Bon, là, vous avez compris, je parle de moi. Oui, je viens au travail parce que je suis un peu tarée (le premier qui rajoute « et masochiste » je le fouette avec des tagliatelles crues). Je fais ce boulot parce que je sais le faire. Et j’ai choisi le handicap parce qu’être dans l’absurdité et l’innocence me fascine et m’amuse. Je suis contente de voir que les usagers évoluent, mais je n’en tire pas une gloire personnelle, ce que je faisais au début de ma carrière (ben, oui, quand même 7 ans dans le social, c’est pas rien non plus). Et je reste humaine, parfois atterrée par des comportements malsains, parfois usée par les enfants dont je m’occupe, et si je ne montre pas mes failles aux jeunes, je leur fait comprendre que moi aussi je peux être fatiguée, moins disponible, moins réceptive, moins patiente. Et surtout je leur explique que mon travail, je le fais pour eux, mais que leur avenir leur appartient, ce n’est pas moi qui les changerait, je leur donne des outils, et c’est à eux de se prendre en main. Je les guide, je ne décide pas à leur place. Et j’essaye d’illuminer leur quotidien par mon humanité : mes blagues pas drôles (ils commencent à se saisir du 2nd degré, ce que je trouve formidable), des activités amusantes dans lesquelles ils n’ont pas l’impression de travailler (faire un roman photo, en inventant une histoire, ou tourner un film suédé … je vous laisse imaginer les possibilités éducatives derrière ces projets. Les enfants n’en ont pas conscience, ils progressent et s’éclatent. C’est tout), des moments de plaisir et partage (l’heure du thé une fois par semaine, des récrés que je fais sauter pour les garder avec moi, des petits moments de craquage où on met de la musique techno et où on danse tous …). En bref, je crois que je reste à moitié la gamine que j’ai été, tout en ayant conscience de mes responsabilités d’adultes. Non pas que cela fasse de moi une femme enfant (cette expression m’a toujours gavée, je trouve cela ridicule), mais plutôt une personne qui ne se prend pas au sérieux, mais qui fait les choses avec le maximum de pertinence.

J’entends déjà les réflexions « ben dis donc, tu ne te prends pas pour de la merde toi ». Je répondrais simplement que je sais juste que je suis une bonne éduc. C’est pour ça que je suis là non ?

 

8 mars, 2014 à 21:52 | Commentaires (2) | Permalien


Quand la psychanalyse rime avec bêtise

Et s’il n’y avait que psychanalyse …

Pour ceux qui me suivent depuis longtemps, vous savez que je remets ma pratique en question et que j’essaye d’avancer. Toujours. Donc forcément, quand je me tourne vers d’autre professionnels pour avoir leurs avis et progresser dans ma réflexion, j’attends des pistes intéressantes, des idées pertinentes …

Et bah pas là.

En gros, cette fois ci, je fais face à un médecin psychiatre unique en son genre (et à la limite, heureusement, parce que s’ils étaient tous du même moule, ça serait vraiment flippant). Une professionnelle qui vous tourne le dos quand elle n’est pas d’accord avec vous. Qui s’endort pendant que vous parlez. Et qui ramène TOUT, et vraiment tout à la mère et à Freud. Tout.
Forcément, je finis par tout tourner en dérision, et part, avec d’autres collègues ayant un peu plus de jugeotte, sur des délires autour de l’interprétation freudienne de tout et n’importe quoi. Sauf que, 90% du temps, je ne fais qu’anticiper les réflexions du psychiatre. De deux choses, l’une, je suis une future psy extrêmement douée et précoce, deux, je suis en face de quelqu’un de sacrément frappé.
Comme il faut le voir pour le croire, je tenais à vous donner un petit florilège, une sorte de best of, une sorte de crème psychiatrique.

« Mais s’il a de la morve au nez, et qu’il ne se mouche pas, c’est aussi que ça le contient, que ça lui est agréable, que les orifices lui font penser aux organes génitaux »

« MAIS FAIRE PIPI SUR SOI, C’EST AGREABLE !!!!! RESTER DANS SON PIPI, C’EST FORMIDABLE !!!! »

« Il ne peut pas se mettre à genoux, non pas à cause de ses douleurs, mais plutôt parce que ça lui fait penser à la position foetale »

« Quand on coupe un papier, on abandonne une partie de l’ouvrage, un peu comme si on coupait le cordon ombilical avec la mère, c’est pour ça que les enfants rencontrent des difficultés pour le découpage ».

« Mais quel sens cela a pour cet enfant d’être propre ? Concrètement, comme solution, je vous propose de demander une bourse avec des pièces aux parents, et à chaque fois qu’il défèque sur lui, vous prenez une pièce, en lui disant que vous ne lui rendrez jamais »

« Je ne vous tiens pas informée de la prise de traitements d’un de vos jeunes, parce que je n’ai pas que ça à faire de vous courir après dans tout l’établissement toute la journée, et de toutes façons, je n’ai pas de comptes à vous rendre »

Voilà voilà … A vous de répondre …

16 janvier, 2014 à 22:08 | Commentaires (9) | Permalien


Dallaaaaaas, ton univers impitoyaaaaaableuuuuh !

Bon, faut pas déconner non plus, ça va 5 minutes d’être gentille hein. Je remets ma casquette de méchante cynique, et ce pour ton plus grand plaisir, public.

Vous savez tous à quel point je suis géniale. Même que y’a une maman d’enfant qui m’a dit samedi, lors d’un entretien « tu es très jolie madame » (et c’est vrai, je suis canon). Même sous drogue, j’assure mieux que beaucoup d’éducs qui refluent du slip.

Le soucis, c’est les autres. Je sais, je vous l’ai déjà dit, mais des fois, ils sont vraiment couillons les autres. En l’espace d’une journée, j’ai eu des échantillons de la bêtise de chacun. Entre interprétations, jalousies, conflits personnels et enjeux de pouvoir, je vous présente un remake de Dallas. Les dialogues sont des vraies répliques.

ACTE UN 

Acteurs :

Deux collègues qui ne m’aiment pas – Moi

Mise en situation :

On dit que le lundi, je suis en ce moment de récré avec deux éducs en alternance, deux de celles qui se passionnent tellement pour ma vie qu’elles sont allées en parler au directeur. Bon, du coup, au début de la scène, on ne se parle pas. Sauf à un moment, quand elles ont besoin de quelque chose, là, j’ai le droit à des courbettes, il faut donc qu’elles soient contrites et sympas, je demande un jeu d’acteur précis, et de la concentration, parce que bon autant le dire tout de suite, j’ai des gamins qui jouent mieux la comédie qu’elles. Je pourrais m’abaisser à ne pas leur rendre service, vu que quand même elles ont été sacrément pétasses avec moi, mais j’ai décidé de passer au dessus de cela, et en fait, c’est beaucoup plus drôle. Là, il faut la jouer serré, on fera un gros plan sur mon visage plein de bonté et on dira que  j’accepterai leur demande. Et j’ai toujours la réponse, avec un magnifique sourire du genre « mais bien sûr, ma passion, c’est d’aider le monde, de le sauver, on m’appelle Jésus ». Puis on sautera quelques heures, changement d’endroit, ambiance fête d’anniversaire de deux enfants sur mon groupe, qui fait environ 15m² , on blinde le groupe avec quelques invités, à 24 avec la musique à fond, des gâteaux et des fraises tagadas, c’est la folie tout le monde s’amuse. Sur le plan suivant, on filme mes collègues connes, qui sont très tristes, parce qu’elles on pas été invitées. Et puis elles ont faim, elles veulent du gâteau.

Dialogues :

Collègue, curieuse :
« Bah alors, tu fais une fête et tu nous invites mêmes pas !??? »
Moi, avec un grand sourire : « Ben, non, c’était compliqué j’avais pas de quoi faire, j’ai convié que ceux que les jeunes m’ont demandé »
Collègue qui ment : « Nan, mais j’rigole hein, c’est pas grave »
Moi, avec un sourire encore plus grand : « Mais tu sais il me reste des jus de fruits, des gâteaux et des bonbons pour ceux qui n’ont pas pu venir, t’en veux ? »
-silence- Collègue, l’air con : « Ha, ben heu, oui alors, avec plaisir ».

Fin de la scène :

les collègues sont contentes, elles croient que je ne sais pas qu’elles ont été voir mon directeur pour parler dans mon dos. Le dernier plan sera de filmer les deux collègues, côte à côté, en train de rire, en disant « qu’est ce qu’elle est conne Camille ».
ACTE DEUX

Acteurs :

une psychiatre – moi.

 

Mise en situation :

J’ai eu une idée folle : demander à la psychiatre de suivre en thérapie régulière un de mes gamins qui fait souvent des décompensations psychotiques, avec violence physique. Oui, je sais je suis une ouf. Je justifie et explique ma demande, en précisant par exemple que le jeune en question a essayé de me marave jeudi dernier et que ça serait bien qu’il ait un espace de parole. Et puis, je me souviens que c’est la psychiatre qui doit annoncer officiellement la décision que l’on a prise pour le projet individualisé du gamin, qu’elle n’a pas eu l’occasion de le faire, et qu’il devient assez urgent qu’on lui présente les choses. Je lui propose de me poser en tant que tiers, puisque le jeune peut parfois avoir des réactions imprévisibles.

Dialogue :

Moi, belle et gentille : 
« J’aurais voulu savoir si vous pouviez prendre tel jeune en thérapie, je sens qu’il en a besoin parce que … »
La psychiatre, surprise : « C’est compliqué, ça risque d’empiéter sur sa thérapie extérieure »
Moi, compréhensive : « Oui, c’est vrai, je comprends. Au fait, vous aviez annoncé le projet d’orientation au jeune ? Parce que si ce n’est pas fait, je veux bien assister à la rencontre pour me poser en tant que tiers, vu qu’il peut avoir des réactions imprévues …  »
La psychiatre, perdue dans sa volonté de tout dominer :« Mais pourquoi donc ? Je n’ai pas besoin de vous, le tiers c’est la parole »
Moi, dubitative : « Certes, on peut considérer les choses comme cela, mais je sais aussi que ce jeune, quand il est mécontent, la parole n’a plus d’effets, et il pourrait passer à l’acte, mon rôle serait de modérer un peu les choses, pour éviter un débordement, un trop plein d’émotion »
La psychiatre, qui va interpréter mes propos : « Non, non, non.De toutes façons vous m’interpellez dans le couloir pour me dire que je ne sais pas faire mon suivi thérapeutique dans l’établissement alors hein »
Moi, un peu agacée : « Excusez moi, mais je ne crois pas avoir dit cela. Je ne vous ai jamais jeté la pierre, je vous ai juste demandé si vous aviez la possibilité de le suivre en thérapie, et si vous aviez besoin d’un tiers pour lui annoncer la nouvelle de son projet, je ne crois pas avoir dit que vous ne faisiez pas votre travail correctement »
La psychiatre, bien emmerdée parce que je ne me laisse pas faire : « Oui, oui, c’est ça, mais là j’ai une réunion qui commence »

Fin de la scène :

la psychiatre boude, moi je pars dans mon coin, en me demandant si nous parlions la même langue et si je ne m’étais pas accidentellement exprimée en grec ancien, comme cela m’arrive souvent.

ACTE TROIS

Acteurs :

une psychomotricienne – le directeur – moi

Mise en scène :

Il faut qu’on croie que je me prends pour une psychomotricienne. Tout ça parce que j’ai dit que la jeune fille dont c’était le bilan semblait à l’aise dans son corps et qu’elle a montré des capacités de motricité fine. LA psychomotricienne doit se sentir lésée parce que j’ai dit une phrase sur le corps de la jeune en question.

Dialogue : 

Moi, professionnelle : 
« D’un point de vue corporel, elle semble à l’aise dans ses mouvements, et montre des capacités en motricité fine »
Le directeur, après que j’ai terminé ma phrase : « La psychomotricienne peut peut être rajouter quelque chose ? »
La psychomotricienne, pédante et moqueuse : « Ha ben je sais pas, visiblement, Camille a décidé de faire mon travail à ma place »

Fin de la scène :

Je la laisse lire son bilan, se trouver brillante et croire qu’elle était la maîtresse du monde. Et puis après je reprends la parole, en lui expliquant que je comptais lui laisser compléter mes propos et qu’en aucun cas je ne veux prendre sa place. La pauvre, doit croire que moi aussi je veux devenir maîtresse du monde.

 

ACTE 4 – scène 1  :

Acteurs :

une éducatrice – La psychiatre – Le directeur – Moi

Mise en scène :

toujours en réunion de synthèse, il faut aborder de manière général le comportement social de la jeune.

Dialogues :

L’éducatrice, avec une once de mépris
 : « elle est mauvaise avec les autres, elle ne termine rien, s’éparpille, met le bazar, a un esprit malsain « .
Moi, surprise : « c’est marrant, avec moi, elle est vraiment bien, elle aide les autres, elle prend des initiatives, et malgré son immaturité, on sent l’émergence d’un comportement plus responsable ».
L’éducatrice qui m’explique la vie : « Bah c’est qu’elle fait tout ses coups en douce et que tu ne la vois pas, c’est tout ».

Fin de la scène un :

Faire semblant de reconnaître que je suis conne en fait, et continuer sur ma lancée, comme si je n’avais pas entendu ce que ma collègue a dit.


Scène 2 

Mise en scène :

J’aborde ensuite la somatisation, en expliquant que la jeune pouvait avoir tendance à se réfugier derrière un mal quelconque pour attirer l’attention ou esquiver certaines corvées.

Dialogue

La réponse de la psychiatre (elle avait fini de bouder je crois)
« mais c’est pas de la somatisation ça ! »
Moi, déconfite mais curieuse : « ha, ben vous appelez ça comment ? »
La psychiatre qui se prend pour wikipédia « la somatisation, c’est lorsque on croit qu’on a mal alors qu’on a pas mal … « Puis vient ensuite un charabia incompréhensible (la spécialité des psychiatres) pour en arriver à « somatiser c’est presque être hypocondriaque, et c’est pas le cas de la jeune »
Le directeur, pour temporiser et accélérer les choses : « oui, je vois, la jeune fait semblant d’avoir certains maux pour ne pas être dans des situations compliquées … c’est, comment dire … de la soma… »
Moi, dépitée :« tisation, oui, c’est ce que je disais au début en fait ».

Fin de la scène :
La psychiatre doit se remettre à bouder en me tournant le dos.

 

CONCLUSION : 

Je sais pas pourquoi vous vous emmerdez à allumer la télé, il y a tout ce qu’il faut au travail pour faire un bon scénario bien solide, sans se fatiguer …

 

3 décembre, 2013 à 20:42 | Commentaires (7) | Permalien


Heureusement il y a Findus …

Ou pas.

C’est vrai que je critique beaucoup, parce que je suis une garce. Aujourd’hui, j’ai décidé de rendre hommage à ceux qui travaillent avec moi et qui sont formidables. Oui, mesdames et messieurs, je ne suis pas la seule éducatrice névrosée ET compétente.

Je travaille dans le milieu depuis un peu plus de 6 ans. J’ai croisé beaucoup de gens, et certains m’ont marquée, dans le bon sens. Que ce soient des substituts maternels professionnels, ou des personnes qui sont sur la même longueur d’onde que moi, j’ai pu construire quelques relations vraiment sympas, et faire mon boulot avec des gens qui en valaient la peine …

J’ai commencé en internat, j’ai découvert le handicap là bas. Les éducs ne m’ont pas spécialement marquée, mais j’ai pu voir quelle sorte de professionnelle je deviendrais, en observant les pratiques des uns et des autres, en les analysant, et en essayant de comprendre les motivations de chacun.

Mon premier poste en tant qu’éduc diplômée m’a vraiment marquée. D’une part parce que ça a été une rencontre du troisième type avec la psychiatrie (et un coup de foudre avec la folie !), d’autre part parce que j’ai rencontré deux professionnels de grande qualité, avec une expérience qu’ils mettaient vraiment à profit. L’un était mon binôme, et il m’a encouragée à m’affirmer et m’a surtout accompagnée pour tenir des projets jusqu’au bout. L’autre était une collègue d’une journée, d’une justesse incroyable avec les jeunes. Si elle m’impressionnait au début, j’ai appris à la découvrir, et me suis rendue compte que si jamais je continuais à faire ce métier dans 10 ans, j’aimerai être comme elle : affirmée, pertinente et vraie. Je sais qu’elle lit mon blog, et j’espère sincèrement qu’elle se reconnaîtra. Au cas où, c’est une éduc à qui j’ai eu beaucoup de mal à dire au revoir, et avec qui j’ai fait un trajet aller retour à Kidzee :)

L’année dernière a été un vrai tournant aussi. Parce que je me suis retrouvée projetée dans un groupe quasiment à l’abandon, avec tout à construire, et que j’ai du travailler avec quelqu’un qui n’avait jamais été confronté au handicap et qui l’a découvert au travers de l’autisme et la psychose. Cette fois ci, j’ai trouvé d’abord une sorte de maître à penser, qui vit en accord total avec ce qu’il pense, puis ensuite un ami, quelqu’un vers qui je sais que je peux me tourner … quelqu’un qui, ici bas, est là. Une personne formidable, qui m’a clairement aidée à être ce que je suis aujourd’hui, à ne pas avoir honte d’être en désaccord, et ne plus me sentir indispensable. Une personne qui m’a toujours amenée à me poser les bonnes questions. Et au delà de ça, une personne aussi libérée que moi sur beaucoup de sujets, avec les mêmes références culturelles et le même humour moisi. Si cette personne passe par là, je sais que cela lui arrive de temps à autres, je voudrais encore une fois lui dire merci, lui dire à quel point je l’aime.

Et aujourd’hui, premier CDI. A force, je repère vite les gens avec qui cela va coller. Preuve en est, j’avais senti qui allait m’énerver. J’ai vu très vite aussi en qui je pouvais avoir confiance. Quelques personnes m’ont offert un soutien sans failles depuis le début, en s’intéressant de façon saine à ma vie, et en se préoccupant vraiment de ce que j’ai, sans avoir de curiosité mal placée, mais en montrant une véritable empathie pour moi. Je ne leur ai pas dit, mais je sais aussi qu’elles passent par ce blog, je leur dis ici, un grand merci. Les choses sont compliquées pour moi, et j’assure comme je peux, et jamais elles ne m’ont jeté la pierre, pourtant dieu sait que mes soucis peuvent bousculer toute une organisation. Je m’excuse régulièrement d’avoir des problèmes de santé, je me justifie beaucoup, mais elles me rappellent que je n’ai pas à le faire, que je n’ai pas de comptes à leur rendre, mais que la seule chose qui leur importe, c’est que j’aille bien, et que je fasse mon travail correctement quand je suis là. J’ai la chance de travailler avec des personnes empreintes d’une véritable humanité et c’est suffisamment rare pour que je le dise ici. Et au delà de ça, professionnellement, on se comprend assez bien, puisqu’on fait tous avancer la barque dans le même sens, et plus ou moins de la même façon. C’est plutôt plaisant.

Bon, je suis en mode « monde des bisounours dans la rue des guimauves », mais je crois que de temps en temps, il est utile de rappeler qu’il n’y a pas que des ratés dans notre travail.

Mais pour clôturer cet article mielleux à souhait, je vais vous raconter l’histoire du mec qui a 5 bites.

C’est l’histoire d’un mec qui a 5 bites. Et ben son slip lui allait comme un gant.

30 novembre, 2013 à 20:28 | Commentaires (5) | Permalien


Viens, je parle avec toi sur mon dos …

J’ai vraiment un feeling incroyable … Il y a un mois de cela, je parlais de la maquerelle, celle qui fait semblant de s’intéresser à vous pour ensuite aller vous poignarder sauvagement dans le dos. Hé bien j’avais raison. Elle est mauvaise la maquerelle.

J’ai des soucis de santé handicapants, qui m’empêche parfois d’aller travailler. J’ai cumulé quelques jours d’arrêts depuis septembre, non pas gaieté de coeur, vu que j’aime mon travail, et que je fais vite le tour de chez moi, mais bien parce que je suis complètement immobilisée. Alors oui, je pourrais aller au travail en pyjama (puisque je ne peux pas m’habiller), en puant (puisque je ne peux pas me doucher), et en marchant millimètres par millimètres (puisque marcher m’arrache des larmes de douleur). J’avoue je pourrais. Mais non.
Mon directeur est au courant de ma situation (il a été jusqu’à me demander si j’étais reconnue comme travailleuse handicapée, ce qui est à mon avis le comble pour une éduc spé). Je reconnais que cela ne l’enchante pas, mais je pense aussi qu’il est satisfait de mon travail, puisque j’ai rapidement pris mes marques, et que j’ai réussi à poser les choses correctement avec les enfants, en respectant mes convictions et mes valeurs, le tout avec l’humour décapant que vous me connaissez (si, si, avouez que je suis super caustique comme nana).

Mais c’étais sans compter sur la maquerelle (connasse), et ses copains, qui ne se sont pas démontés, et qui ont été voir mon supérieur pour leur dire que quand même, j’étais tout le temps absente, et que c’était pas une bonne idée de m’embaucher. Alors oui, c’est vrai, c’est dur pour eux, parce que mes enfants sont répartis sur les groupes, et ils ont un peu plus de travail à faire, c’est fatigant. Et puis, le midi, il faut qu’un éduc roulant se détache pour aller manger avec mes 6 ou 7 gosses, et c’est pas évident parce que d’habitude, ils sont deux éducs pour deux enfants, et déjà ils étaient professionnellement épuisés. Et puis, en plus, si je suis absente un lundi, mon tour de récré, bah mes deux collègues il faut qu’elles s’occupent UNE DEMI HEURE des enfants, au lieu d’un quart d’heure, vous vous rendez compte ? C’est harassant non ? Et si jamais un de mes enfants a un accident pipi caca, c’est pas évident, parce qu’il faut se déplacer pour aller chercher une dame de service pour qu’elle le change. Il faut parcourir 50 mètres dans l’établissement, vous ne vous rendez pas compte de l’énergie dépensée … Et puis, mes jeunes ont un bon niveau, alors on ne peut pas tout dire devant eux, difficile alors d’assouvir leur passion pour la vie des autres quand on a des enfants qui peuvent tout entendre et tout répéter. Frustrant comme situation non ? Non, vraiment j’abuse. Je pourrais faire un effort.

Ou alors … ou alors … Je les emmerde. Ouais, ça c’est bien aussi.

Nan, concrètement, on pourrait penser que ça m’atteint, mais pas vraiment. J’ai dans le passé déjà pris très cher dans ma tête, étant « la stagiaire qui sert à rien », aujourd’hui, je suis blindée face à tout ça, et en fait, ça me fait plus pitié qu’autre chose. Parce que finalement, ces maquerelles, ils ont des vies teeeeeellleeeeeement pas passionnantes qu’ils préfèrent aller parler de moi à d’autres personnes. C’est triste non ? C’est vrai que mon existence est palpitante, des fois il m’arrive des trucs, et parfois, je fais des machins. J’avoue, ça suscite l’envie.

Vous savez aussi que j’aime me lancer des fleurs, et répéter tout le temps que je suis la meilleure éduc du monde (c’est vrai en plus). Sérieusement, je suis une bonne éduc, je le sais, mais j’énerve parce que je travaille. Enfin, j’énerve ceux qui sont léthargiques, et je donne du pep’s à ceux qui ont besoin que ça bouge. Mais rendez vous compte ; j’ai rédigé mes projets de groupe en temps voulu, et en plus de ça, mon projet photo est pertinent et donne des résultats supers intéressants avec les enfants, qui s’investissent. Qu’est ce que je suis une garce quand même. Je mérite bien qu’on essaye de me faire virer.

Enfin, promis, un jour, j’irais parler sur mon dos avec vous. Et je laisserais mes gosses ne rien faire de leur journée, je passerai mon temps à les engueuler parce que je ne m’entends plus ragoter avec mes copains collègues, en les autorisant à patauger dans leur pisse et leur caca parce que j’ai la flemme de les changer …

Ben quoi, c’est pas ça que vous voulez ?

 

25 novembre, 2013 à 20:56 | Commentaires (5) | Permalien


Travailleurs, travailleuses …

Bon, n’en déplaise à certains lecteurs, il m’arrive de travailler, et de me préoccuper de ma pratique, et de l’environnement politico social dans lequel je baigne quotidiennement …

Un article m’a interpellée récemment : http://www.republicain-lorrain.fr/actualite/2013/10/18/le-blues-des-educateurs-specialises

Bon, d’abord, il est assez rare que les médias parlent de ce sujet. Généralement, notre métier est peu connu, et beaucoup ignorent totalement ce que nous faisons de façon concrète. Ou alors, il est réduit à quelques amalgames et idées reçues « ha tu travailles avec des handicapés ? » ou « ça doit être dur quand même, quel courage tu as ». Alors qu’il ne faut pas se leurrer : je pense être une bonne éducatrice spécialisée et je ne trouve pas mon boulot particulièrement difficile, au contraire, j’ai l’impression que tout coule de source, je me sens bien dans ce rôle, je ne souffre pas face à la déficience cognitive ou psychique …

Cela étant, il est vrai que nos conditions se dégradent. Pour exemple : je travaille dans une structure avec des enfants et ados qui ont de manière générale un bon niveau de compréhension, mais sur mon groupe, je gère seule 8 ados. Et c’est la cour des miracles chez moi, j’en ai un qui ne parle quasiment que roumain, une qui utilise majoritairement le Makaton (langage des signes adapté), une qui est quasiment aveugle, une qui ne percute pas quand on lui explique quelque chose (j’ai du lui répéter une dizaine de fois en une heure que ce qu’on mangeait à table c’était des lentilles. Et quand je lui reposais la question juste après, elle était incapable de me répondre …), une qui bégaye … bref, ils sont compliqués à gérer tous ensemble tant ils ont des pathologies et des niveaux cognitifs aux antipodes les uns des autres. Un groupe difficile donc, mais que j’arrive à tenir … Je peux aussi prendre pour exemple mon précédent poste, 2 éducateurs pour 5 autistes profonds. C’était compliqué, mais il faut être honnête, on a eu de beaux résultats. Et quand ils nous ont rajouté un 6ème gamin, on a demandé à avoir un éduc de plus. On a insisté, beaucoup, et bien argumenté notre position. Et on l’a eu. Et pourtant, on nous a beaucoup répété qu’il n’y avait pas d’argent etc … Mais à force de se battre, on finit pas y arriver.

L’article parle ensuite de certains comportements malsains qui peuvent découler de ces situations. Evidemment, c’est le public qui en pâtit. Les comportements peuvent devenir plus vicieux au fil du temps … des insultes, des petits coups en douce, de la négligence … oui, je sais, ce que je dis est choquant, mais là, je parle de choses que j’ai vu. Cela fait un peu plus de 6 ans que j’évolue dans ce milieu, et j’ai vu des déviances absolument terribles, parce que les éducateurs ne savent plus comment investir leur travail … parce que les éducateurs sont en souffrance face à leur public, et je pense, ne savent plus se focaliser sur les choses qui sont vraiment importantes …

Quelle solution alors ? Changer de boulot ? Oui, sur le papier, c’est une bonne idée, mais peu ont le courage de le faire … au final, le travail devient une bonne planque ; on peut très vite être payé à ne rien faire, et ce dans un secret quasi absolu … Et oui, dans le secret, puisqu’il existe une solidarité entre salariés qui parfois me dépasse … On parle de cohésion d’équipe, mais dans les faits, peu sont d’accords les uns avec les autres, et si jamais vous osez en parler, vous vous faites fracasser. Un exemple : j’ai envie d’aborder le sujet de la propreté/le change au sein de mon actuel établissement … la politique de la structure ne semble pas très claire, et pour le peu que j’ai pu en voir, je ne suis pas du tout d’accord … mais quand j’en ai parlé à un collègue de confiance, il m’a expliqué que quand il est arrivé, il s’est posé les mêmes questions, il les a abordées en réunion, et s’est fait lynché. Non seulement le débat n’a pas avancé d’un pouce, et personne ne s’est remis en question, mais en plus de cela, ça a insufflé un vent d’hypocrisie et donné une ambiance dégueulasse au sein de l’équipe. Il m’a alors déconseillé de faire de même, mais franchement, je ne peux pas. Je ne peux pas faire semblant que cela me convienne. Je ne peux pas soutenir une collègue qui me dit « bah oui telle jeune a plein de caca dans sa culotte, mais ce n’est pas mon problème si elle ne sait pas s’essuyer quand elle va aux toilettes ». Je ne peux pas envoyer mes gamins de 13, 14, 15 ans se faire changer par un adulte alors qu’ils sont largement en capacité de le faire seuls. Je ne peux pas laisser des mares de pisse dans ma salle, parce que j’estime que ce n’est pas à moi de faire le ménage … La solidarité à deux balles qui se met en place me rend dingue, et nuit au bien être des gosses … J’attends donc la prochaine réunion institutionnelle pour aborder ce sujet, quitte à pousser les uns et les autres dans leur retranchement.

Au final, on ne trouve pas vraiment de solution, et je crois que c’est à nous, éducateurs, d’essayer de surmonter tous ces obstacles en proposant un accompagnement tout simplement humain aux personnes accueillies. On a pas de moyens, on est sous payés, on doit gérer de plus en plus de choses seuls, on n’est pas d’accord avec la politique de l’établissement … oui, d’accord, tout ça, c’est pesant, mais il ne faut pas oublier notre mission principale, et essayer d’aller de l’avant en se centrant sur la prise en charge. Il y a toujours des possibilités. Sans budget, on peut quand même faire des choses. Nos payes sont misérables, mais ce n’est pas une surprise, et puis il ne faut pas oublier que lorsque l’on travaille en externat, les avantages sont nombreux (quasiment toutes les vacances scolaires, les week end de libre, horaires fixes et plutôt cools (je fais du 9h – 16h30)), il est nécessaire d’assumer certains choix. Quant aux positionnements des uns et des autres, c’est nous seuls qui devons trouver la force nécessaire pour soit s’y opposer et faire entendre sa voix, soit faire avec … Et vraiment, si on est pas content, et bien il y a toujours la possibilité de partir. C’est à nous éducateurs de faire des choix, et de ne plus se cacher derrière ces conditions de travail difficile. Je crois que dans beaucoup de domaines, les gens sont confrontés à des difficultés dans leur boulot. Mais j’estime qu’à un moment, on choisit d’être éducateur, et on prend le métier avec ses bons et ses mauvais côtés. Et après tout, si on y reste, c’est qu’on aime ça … Alors oui, c’est la galère, mais je déplore que beaucoup se cache derrière tout ça pour fournir un travail médiocre … ou mettent plus d’énergie à se plaindre qu’à s’investir dans leur travail.

Que ce soit clair, je ne dis pas que tout est facile, et je vois bien que les choses ne vont pas en s’améliorant. Cela étant, lorsque l’on est un bon professionnel, avec des positionnements, ce type de problème ne doit plus interférer avec notre travail. On doit pouvoir être capable de travailler au delà de ça. J’entends déjà dire « mais tu te rends compte, si on commence à accepter ça, c’est le début de la déchéance … » (oui, je vous entends grogner derrière votre écran petits lecteurs). Je dis tout ça parce que j’ai vu beaucoup d’éducs démissionnaires, qui passaient bien plus de temps à se plaindre qu’à travailler … C’est plutôt là, à mon avis, qu’est le début de la déchéance, puisque moins on travaille, moins le public est soutenu et cadré, plus il nous fatigue et moins on a envie de travailler …

Educateurs, continuez de fournir un travail de qualité quelles que soient les circonstances. Battez vous pour ce qui est possible. Et ne reniez pas vos convictions et vos principes.

 

 

 

 

8 novembre, 2013 à 14:56 | Commentaires (2) | Permalien


Chronique des collègues cons

Tout le temps, je me dis que je finirai bien par tomber sur une équipe soudée, mature, qui fonctionne. Je ne sais pas pourquoi je cultive secrètement cet espoir, car je sais que ce n’est qu’une chimère inaccessible (je suis d’humeur lyrique ce soir, comme vous pouvez le constater !).

Evidemment, mon nouveau travail n’échappe pas à la règle. Pire encore, je découvre de nouvelles catégories, que je vais me faire un plaisir de vous présenter, parce que, mon métier, c’est d’abord et avant tout du partage. Bon et puis venez pas me dire que je suis qu’une hypocrite, que je me venge par procuration gniagniagnia … rien à voir. J’ai juste envie de mettre en lumière avec cynisme certains pans de la bêtise humaine.

 

La maquerelle 

Celui là, il est vraiment relou. Il va faire semblant de s’intéresser à vous, vous poser un tas de questions, sous couvert d’une sympathie et d’une réelle écoute. Si vous êtes un tant soit peu psychologue, au bout de quelques jours, vous vous rendez compte que ses questions sont carrément indiscrètes, et que vos réponses ne seront en fait que des futures armes que votre collègue disséminera au fil des réunions et/ou prises en charge. Alors vous vous mettez soit à lui donner des réponses fantaisistes (« pourquoi je n’étais pas là hier ? Bah, j’ai vu un canard et je l’ai suivi »), soit vous ne répondez plus, soit vous le prenez pour un idiot quand vous lui parlez. Personnellement, j’aime la troisième solution, puisque généralement, ça calme assez vite le collègue.

Sa phrase préférée : Au fait, tu m’as pas dit … 

 

Le collègue qui tient les murs (et mal)

Il est là depuis longtemps, a ses habitudes, reprend toujours les mêmes projets, année par année, est réfractaire aux changements, et revient systématiquement 5 ans en arrière (minimum) lors des réunions. Lui, il est fatigant, parce qu’il ne vit que dans le passé. Ses idées, sa manière d’être, tout est en décalage … en plus de cela, lorsque vous amenez quelque chose de différent, il s’empressera de le critiquer, et ce dans votre dos, sans même connaitre les tenants et aboutissants de votre proposition. Il ne faut pas prêter attention, faire comme si de rien n’était et attendre le bon moment pour le tacler.

Sa phrase préférée : Mais c’était mieux avant !

 

Le collègue 100% écolo

Alors lui, il est biodégradable, et il veut que cela se sache. Je n’ai dans l’absolu rien contre l’écologie, la sauvegarde de la planète toussa, mais j’avoue, je ne suis pas très respectueuse de tout ce qui est mis en place, n’ayant pas été éduquée à la citoyenneté écologique. Mais je respecte ceux qui le font, par contre, ça me gave d’avoir quatre poubelles différentes sur mon groupe, de devoir regrouper en un amas immonde les dosettes de cafés (et de voir son collègue écolo les récupérer dans la poubelle si vous avez eu l’affront de les jeter !!), et simplement de devoir écouter les discours des ultras engagés, qui te prennent la tête 15 minutes parce que tu as jeté ton pot de compote plutôt que de le donner à recycler. En fait, ça me dépasse de voir autant d’énergie utilisée pour … sauvegarder de l’énergie. Le paradoxe du collègue écolo est amusant au début, mais devient très vite chiant. Surtout qu’il a pris le temps de faire la leçon aux enfants, et que ceux ci essayent de suivre tant bien que mal, en cherchant désespérément la poubelle pour jeter leurs papiers/mouchoirs/épluchures/emballages etc …

Sa phrase préférée : En mettant de côté 10000 dosettes de café, on a pu faire 10g de compost, ça vaut le coup hein !

 

Le collègue pas doué

Bon, qui n’en a pas eu ? Celui qui fait ce métier, mais sincèrement, on se demande ce qu’il fiche ici. Le plus agaçant, c’est qu’il donne tellement bien le change que la plupart du temps, les gens n’y voient que du feu. Généralement, ceux là, je ne les rate pas. Ils peuvent être à la limite de ce que j’estime être de la maltraitance, et j’attends le bon moment pour leur tomber dessus et les mettre devant leurs erreurs. Là, j’ai quelqu’un dans le collimateur, qui fait n’importe quoi avec les gamins, qui s’en plaint constamment (alors qu’il faut être honnête, ils sont plutôt cools les enfants …), et qui a lancé une petite pique envers moi, l’air de rien (pique qui n’est pas tombée dans l’oreille d’un sourd …) …

Sa phrase préférée : Nan mais de toutes façons, ils sont insupportables ! 

 

Le collègue incapable de lâcher prise 

Lui, il se croit indispensable, et il est partout, tout le temps, il sait tout, intervient sur tout, et ne vous laisse jamais le temps de faire quoi que ce soit. Il anticipe tellement qu’il fait très vite ce qu’il ne faut pas, et après, c’est à vous de galérer à récupérer ses erreurs. Ces collègues là, j’ai mis du temps à les repérer, et à savoir comment faire face à eux. Peut être est ce aussi parce que je suis/j’étais un peu comme cela … mon investissement a pu être un peu trop excessif par le passé … Une technique assez simple, c’est de les arrêter quand ils sont en train de faire/vont faire quelque chose, et leur demander pourquoi ils agissent de cette façon. Souvent, les réponses sont bancales, irréfléchies, et peu pertinentes. Il suffit après de les confronter à certaines dures réalités pour qu’ils puissent alors laisser couler … Ce ne sont pas des gens méchants, ils n’ont juste pas compris le sens de notre travail …

Sa phrase préférée : Laisse je vais le faire. 

 

Evidemment, il y a des mixés … des écolos pas doués, ou bien des maquerelles qui tiennent les murs …

Si je deviens névrosée, ce n’est pas seulement parce que j’accompagne des gens en difficulté. C’est aussi parce que mes collègues sont souvent bien pire que mes résidents. C’est que du bonheur.

5 octobre, 2013 à 21:53 | Commentaires (9) | Permalien


« Camille ?? » « Oui ?? » « C’est dur ».

A tous ceux qui s’attendent à un article scabreux sur la dureté des membres humains, je leur dirais que ce ne sont que de petits pervers.

Après avoir passé 10 mois à travailler avec de la folie pure, me battre contre une institution pourrie, des collègues pas toujours très corrects, des coups reçus, des griffures, arrachages de cheveux et claques en tout genre, me voilà partie pour un autre univers.

Enfin … Non, c’est vraiment autre chose. D’abord, la grande nouvelle, c’est que je suis en CDI (j’attends des félicitations dans vos commentaires, merci), et ce en trois quart temps, un choix de ma part étant donné certains pans de ma vie personnelle que je dois régler. Ensuite, je travaille toujours avec des enfants. Toujours en situation de handicap. Mais, rien à voir avec ce que j’ai pu faire précédemment.

D’abord, ils parlent. Et bien en plus. Bon, certes, ce qu’ils racontent n’est pas toujours passionnant (« Camille, cet été, j’étais avec mes cousins, et après on s’est cachés ».), mais ils ont de la conversation.
A table, ce n’est plus bagdad. Ils attendent d’être tous servis avant d’attaquer leur repas, demandent tous poliment pain, eau, rab … Ils mangent proprement, sans en mettre partout, et regroupent leurs vaisselles quand ils ont terminé.
Ils jouent. Mais ils jouent vraiment hein. Quand ils prennent une poupée, ils ne leur arrachent pas les cheveux, ils ne la jettent pas, ne la secouent pas, ils la dorlotent et la coiffent. J’ai fait quelques parties de UNO et une bataille avec un enfant, à qui je n’ai pas eu à expliquer les règles. Ils comprennent le principe des puzzles, et les font généralement seuls, avec une logique implacable, sans pleurer ni se mordre s’ils ne trouvent pas. Ils font de la peinture pendant une heure, sans tenter de la manger. On peut laisser le liquide vaisselle à portée de main ; il n’ira dans la bouche de personne, mais servira à un gamin qui souhaite nettoyer les pinceaux après une activité. Je peux quitter la salle sans scrupules et les laisser seuls deux minutes pour aller aux toilettes, sans avoir à me retenir pendant 2h et attendre de tous les emmener pour profiter d’une pause pipi moi aussi.
Ils demandent à faire des choses. Ils sont enthousiastes pour tout. Ils ont des prises en charge scolaires, psychologiques et para médicales.

Bon, après, c’est pas la maison du bonheur non plus. J’ai déjà du en une semaine sortir ma botte secrète, à savoir le regard méchant (il marche trop bien celui là). Et puis quand je dis qu’ils ont de la conversation, ils radotent aussi un peu quand même. Mais en bonne éduc que je suis, je ne leur en tiens pas rigueur. En revanche, je n’aurais jamais du leur apprendre à prononcer correctement mon prénom. Ca a commencé par des « heuuu, je sais pu comment c’est tu t’appelles », puis des « Caaaaamm …. ilie ? », et enfin des « CA MI YEU ». Sauf que je crois n’avoir jamais autant entendu mon prénom en l’espace d’une semaine.

« Camille, je peux aller aux toilettes s’il te plait ? »

« Camille, je peux faire des perles s’il te plait ? »

« Camille, tu fais quoi s’il te plait ? »

« Camille, il m’a poussé s’il te plait  »

« Camille, je peux aller aux toilettes s’il te plait  ? »

« Camille, je peux boire un verre d’eau s’il te plait ? »

« Camille, j’ai mal »

« Camille, je peux jouer au château s’il te plait ? »

« Camille, j’ai faim »

« Camille, je peux aller aux toilettes s’il te plait ? »

« Camille, c’est quoi ? »

« Camille, tu manges du ralouf ? »

« Camille, tu connais heuuu, tu connaiiiiiis … heu … je peux boire un verre d’eau s’il te plait ? »

« Camille, qu’est ce que tu fais ? »

« Camille, pourquoi t’es pas là demain ? »

« Camille, tu sais chanter ? »

« Camille, je peux prendre un ballon dans la cour s’il te plait ? »

« Camille, je peux aller aux toilettes s’il te plait  ? »

« Camille, je peux avoir du pain s’il te plait ? »

« Camille, j’ai soif »

« Camille, c’est dur ! »

« Camille, c’est quoi heure s’il te plait  ? »

« Camille, elle est où machine ? »

« Camille, on mange quand ? »

« Camille, je peux aller aux toilettes s’il te plait ? »

« Camille, je peux faire un coloriage s’il te plait ? »

« Camille, je peux jouer s’il te plait ? »

« Camille, je peux boire un verre d’eau s’il te plait ? »
A vous de faire preuve d’imagination … ou d’aller au boulot avec des boules quiès. Au choix.

7 septembre, 2013 à 19:14 | Commentaires (2) | Permalien


Ce sera nouuuuuuuuuus, déééés demaaaaaaiiiin …

Suite à un contact d’une lycéenne qui souhaitait entrer dans l’éducation spécialisée et qui ne savait pas trop comment y pénétrer, j’ai eu envie de faire un article sur mon merveilleux métier. Tellement merveilleux qu’il mérite d’être décliné en commandements.

 

Commandement un : De la bienveillance tu auras pour tes résidents. Tu agiras seulement pour leur bien être, en essayant de répondre à leurs demandes de façon adaptée.

Commandement deux : Tu ne chercheras pas à compenser un quelconque manque d’autorité ou de confiance en toi dans le travail. Les réussites et victoires doivent rester professionnelles, et ne pas prendre une dimension personnelle. Sinon, Dieu Educ te demandera de changer de métier.

Commandement trois : Sur les bancs de l’école tu feras semblant d’intégrer tout un tas de théories, souvent bien loin des réalités du travail. Et surtout, tu choisiras un sujet bateau pour ton mémoire pour éviter de te faire laminer ta race quand tu feras ta soutenance.

Commandement quatre : A régresser tu t’autoriseras, mais à devenir fou tu te préserveras.

Commandement cinq : Au collègues tu ne t’attacheras … Evite de chercher des amis dans le travail. Ce n’est pas  le lieu.

Commandement six : De dire fuck tu oseras. C’est indispensable si tu veux avancer.

Commandement sept : Aux entretiens d’embauche tu mentiras seulement si tu en ressens la nécessité. Il est parfois indispensable de faire croire que l’on abonde dans le sens de nos possibles futurs employeurs.

Commandement huit : De ne pas changer le monde tu accepteras. Tu ne seras jamais indispensable, le monde tournera toujours sans toi.

Commandement neuf : Tes amis tu ne saouleras sur ton merveilleux travail.

Commandement dix : Un choix tu feras sur le public avec lequel tu te sentiras le mieux.

 

Pour le reste, tout coule de source si on a un tant soit peu de recul, de second degré, et de volonté de faire avancer les choses.

C’est bête non ? Résumer notre travail en quelques phrases, ça peut paraître absurde, mais au final, tout est dit. Les dix commandements pourront vous éviter de faire de graves erreurs, à savoir prendre les choses trop à coeur et s’investir plus que de raison, en ayant la main mise sur tout. Ou bien à entrer dans des conflits d’intérêts qui prennent une tournure personnelle avec ses collègues. Ou encore se sentir triste de partir et donner une dimension disproportionnée à son départ, sans prendre conscience de l’ingratitude des résident. Ne pas oublier que nous ne sommes que des objets de passage pour eux, des gens qui arrivent à un moment donné de leur histoire, qui leur donnent quelques clefs pour qu’ils puissent avancer, mais qui ne sont pas des supers héros ; c’est le résident seul qui choisit d’être bien ou non et qui se saisira de ce qu’on lui offre. Accepter que nous travaillons avec l’humain, et pas seulement avec ses plus beaux côtés.

Si vous savez ça, vous avez tout compris. Ne tirez aucun bénéfice personnel de votre travail, distinguez bien les choses. Vous devez vous accomplir sur le plan personnel seul, et vous ne pouvez pas compter sur une population socialement en difficulté pour compenser vos conflits internes.

Amen ?!

20 juillet, 2013 à 8:51 | Commentaires (6) | Permalien


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