Oui, mais … Spécialisée en quoi ?

Et toi qu’est ce que tu veux faire plus tard ?

Quand on travaille dans ce milieu, on sait que malheureusement, les choix sont restreints au niveau des orientations. Si l’on essaye, quand on est un bon professionel, de les ouvrir un maximum, il n’en reste pas moins qu’ils y en a beaucoup qui font des choses qu’ils n’auraient pas choisi spontannément. J’ai eu une longue conversation avec une maman, qui me disait « j’ai laissé mes filles faire leurs choix d’orientation, je veux que ce soit la même chose pour mon fils, je refuse que les portes soient fermées ». Il est alors à la fois délicat d’aller totalement dans son sens parce qu’il y a la réalité, mais en même temps, dans le fond elle a raison de vouloir une chance pour son fils.

Le soucis c’est quand on leur demande ce qu’ils souhaitent faire plus tard. Au mieux les réponses sont logiques et sensées, même si l’on a conscience que cela risque d’être innaccessible pour eux. Au pire, les réponses peuvent être … euh on va dire improbables. Quelques idées :

 

- Footballeur professionel parce que j’adore le foot.

Bon, vous l’avez vu jouer, ce n’est clairement pas le nouveau Ronaldo, mais en même temps vous ne voulez pas briser de façon abrupte son rêve. Alors vous prenez le problème à l’envers et lui expliquez que souvent les joueurs sont repérés très très tôt, et que y’a plein d’enfants qui voudraient faire ce travail, alors forcément, c’est diffcile d’y parvenir. Et ensuite, ben on encourage à continuer le foot, en expliquant que même s’il ne devient pas professionel qu moins il pourra continuer à en faire.

- Chanteuse, je vais passez à the Voice.
Ouuuh, merci les émissions qui envoient du rêve … Ayant l’oreille absolue, jouant piano depuis longtemps, guitare depuis quelques mois, et ayant même choisi de prendre la musique comme média principal de mon projet d’année, j’essaye alors de répondes à certaines attentes ; je fais des percussions, une chorale, des percussions corporelles, et ait commencé à travailler sur l’élaboration d’un film sur la musique pour les amener à découvrir d’autres styles (et je vous jure que les voir se lever avec un sourire jusqu’aux oreilles aux premières notes de « rock around the clock » ça n’a pas de prix. Et de leur montrer quelques mouvements de rock, c’est simplement des moments géniaux). De là, je leur fait comprendre qu’on peut faire un autre métier, et qu’on peut garder la musique comme passion. Je les renvoie à ma propre situation, en leur disant que mon métier c’est éducatrice mais que j’adore la musique et que j’en écoute/fait tous les jours. Et que quand ils sont dans mon groupe, ils continueront à en pratiquer encore longtemps.

- Rien

Là, c’est compliqué, parce qu’à 15 ans, c’était aussi un peu ma réponse. Sauf que moi j’avais un rien avec un nombre incalculable de possibilités. Eux ils ont un rien avec des chemins restreints. Alors il s’agit de leur demander ce qu’ils aiment faire et d’essayer de mettre l’accent en prise en charge sur ce thème là pour développer leurs compétences. Sauf que quand ils me disent qu’ils aiment les pokémons, j’ai un peu de mal à leur dire « ben on va acheter un téléphone et jouer à pokémon go ». Alors j’ai trouvé une alternative ; on fait des coloriages pokémon (tenue du stylo, remplissage, reconnaissance des couleurs). On en discute aussi un peu. Et ensuite, je travaillerai en motricité fine, d’abord en aidant à desiner les pokémons. Ensuite en leur proposant d’en faire avec de la pâte FIMO. Et peut être qu’une envie de travailler dans un atelier de réalisations manuelles viendra spontannément et que les demandes seront plus variées …

- Youtubeur

La nouvelle mode. J’ai du mal avec cette réponse, mais encore une fois, j’essaye de ne pas briser un rêve. Ma première question est « mais tu veux faire une chaîne youtube sur quoi ? ». Généralement, là on me dit « ben j’en sais rien ». Il faut aors tout reprendre, expliquer les principes de base du métier de youtubeur. Quand ils ont compris, souvent ils me disent qu’ils feront des sketches. Je fais des films avec eux, du théâtre aussi, mais je vois bien que c’est trop compliqué pour eux de rentrer dans la peau d’un humoriste et d’un acteur, et je me refuse à imaginer qu’ils posteraient une vidéo qui ferait le buzz parce qu’on se moquerait de lui. Alors je lui dis ensuite que tous les Cyprien, Norman, Squeezie and co, y’en a des milliers qui veulent faire comme eux, mais que y’en a deux ou trois qui y arrivent, et qui peuvent vivre de cela. Mais encore une fois, je leur dit de regarder des vidéos pour leur plaisir et leur divertissement (même si en toute honnêteté je ne cautionne pas franchement ces youtubeurs que je trouve assez creux et qui ne me font que moyennement rire. Simplement, les goûts et les couleurs ne se discutent pas).

On en arrive à la pire. A celle qui me déprime totalement.

- Moi je veux faire les chtis contre les marseillais.

Alors d’abord, j’ai envie de pleurer quand j’entends ça. Ensuite, je leur pose la plus logique des questions : « mais tu es chti ou marseillais ??? ». Eux, se mettent en mode réponse à tout « nan mais je m’en fiche, j’irais vivre à marseille et je prendrais leur accent ». J’en rajoute une couche ; « mais tu sais dans ces émissions souvent les gens ils sont bêtes, et toi t’es pas bête du tout ». Le gamin, sûr de lui « mais je m’en fiche, je saurais faire comme eux, moi j’aime trop en plus quand ils s’embrouillent ». Moi « et puis souvent les gens se moquent d’eux, tu as envie toi aussi de passer dans des journeaux pour que l’on se moque de toi tout le temps ». Et là, j’ai eu une réponse qui m’a laissée sans voix, tant elle était mature, mais qui m’a aussi terriblement ennuyée, parce qu’elle se tient trop pour que je puisse contre argumenter « mais ce que les gens ils pensent de moi, je m’en fiche. Je veux m’amuser, les gens ils veulent se moquer, mais après moi je serais riche ».
Si quelqu’un a une réponse à cela …je prends !

Oh et sinon, y’a plein d’enfants qui ont un super but dans la vie ;  ne jamais écouter l’adulte. Petite anecdote. Actuellement je suis en béquille et je porte une atelle, me déplacer est ma foi compliqué. Mais bon je gère relativement bien. Une petite gamine, stagiaire, s’est approché de moi. Après avoir essayé de m’arracher les béquilles des mains et que je lui ai gentiment expliqué que j’en avait besoin pour marcher, elle s’est mise à fouille dans mon sac. Je repousse sa main en lui disant que je n’étais pas d’accord. Alors elle est restée en gravitant autour de moi. A attendu que je réponse à la question d’un autre enfant, m’a pris la bouteille d’eau de mon sac, et est partie en courant, ayant bien conscience que je pouvais lui courir après. Puis tranquille, elle boit dedans, et me jette ensuite THE regard. Celui qui dit « t’as vu ce que je t’ai fait là ? Tu l’as dans le popotin hein ». Derrière les éclats de rire de mes collègues, et mon envie de rire aussi, je me lève et je lui prends la bouteille des mains en lui disant que c’était interdit. Puis j’ai rajouté, « toi, quand tu auras 15 ans je te raconterai de nouveau cette histoire nan mais dis donc !! ». Ce qui a provoqué une nouvelle hilarité chez mes collègues. Maaaaiiiiis heuuu !!

Si vous aussi vous avez entendu des choix de carrière totalement improbables ou irréalisables, n’hésitez pas. Surtout que je constate que c’est souvent générationnel. Moi j’ai des ptits bouts de 10-12 ans. J’imagine qu’à 20 ans et plus, on doit avoir d’autres idées !

18 septembre, 2016 à 2:34 | Commentaires (0) | Permalien


Bref …

… je suis éducatrice spécialisée.

J’ai lu un petit article super sympa d’un instit’ qui demandait à ses CP de sortir un crayon de couleur vert. Le résultat étant à la hauteur de ce que j’obtiens moi aussi quand je bosse, j’ai eu envie de m’arrêter sur un moment d’une de mes journées, et de faire un compte rendu détaillé à la manière « Bref ».

Cet après midi j’ai atelier « alimentation et choix des menus » avec l’infirmière.
Je sors de la salle deux minutes, l’infirmière arrive, et ressort en m’appelant, morte de rire « Camille, tous tes jeunes sont en train de pleurer ». Je reviens dans la salle. Deux pleuraient. J’ai essayé de comprendre. J’ai lâché l’affaire.
Nous mettons le matériel en place pour l’atelier : des publicités avec des aliments, et des feuilles avec catégories d’aliments : féculents – produits laitiers – fruits – légumes – gâteaux et glaces – protéines. Je demande aux enfants de sortir une paire de ciseaux et de la colle.

Brahim me demande « Camille, c’est ça ? » je réponds « non, ça c’est ton stylo, j’ai demandé ciseaux et colle ». Nassim me dit « Camille, je peux prendre ça ? » je lui dis  « Non, tu n’as pas besoin de taille crayon ». Vivien m’interpelle « Camille je prends la colle ? » je lui réponds « Oui, puisque je l’ai demandé ». Les enfants posent leur trousse. Jouent avec. L’infirmière les confisque. Je sors les feuilles de catégories et demande « qui fait les produits laitiers ». Ils me répondent tous « moi ».

Je sors les féculents et demande « qui fait les féculents ? ». Ils me disent tous « moi ». Je sors les fruits et je demande « qui fait les fruits ? » ils me disent tous moi. J’opère d’une autre façon : « Nalia tu fais quoi comme catégorie ? » elle me regarde « je sais pas ». Je lui dis « tu fais les fruits ? » elle me réponds « oui », je tourne la page et lui dis « tu fais les féculents ? », elle me dit « oui ». Je lui demande « tu fais les légumes ? ». Elle me dit « oui ». Je lui donne sa bonne feuille. Après 5 minutes, chacun des 6 enfants à sa bonne feuille. Nous leur demandons de regarder les fascicules et de chercher les aliments de leurs catégories. Brahim me montre les fleurs et me demande « camille je peux couper ça ? ». Je lui dis « non, les fleurs ne sont pas des protéines ». Nassim regarde les pubs, en prend une et coupe du raisin. L’infirmière lui demande « mais qu’est ce que tu coupes là ? ». Il répond « raisin ». L’infirmière lui dit « et c’est un féculent le raisin ? » il répond « oui », l’infirmière lui dit « t’es sûr que c’est pas un fruit, regarde les autres », il répond « oui ».

Je regarde Nalia « qu’est ce que tu fais là ?? ». Elle me répond « rien ». Brahim me coupe dans mon élan, « regarde camille j’ai coupé ». Je soulève les dizaines de petits morceaux de papiers. Constate qu’il en a collé la moitié sur la feuille. Je soupire. Je vois Salima qui fixe les prospectus d’un air intense. Je dis « toi, c’est pas rien que tu fais, cherche des légumes », « attends, je vais te faire les contours de ce que tu dois couper, et tu m’attends pour coller », « tu peux prendre un papier et chercher des fruits s’il te plait je te ferais les limites au feutre ». J’entends ma collègue dire « les féculents c’est les pâtes, les pommes de terre … ». J’entends Nassim lui répondre « et ça ? » l’infirmière répond « non, mais tu te moques de moi ? ». Nassim répond « Oui ? ». Je me fâche parce que je sais qu’il le fait exprès. Je dis à Brahim « ne touche plus à tes ciseaux, t’as coupé trop de choses, on ne s’y retrouve plus ».

Je vois Vivien très concentré. Je m’approche. Il coupe ses produits laitiers consciencieusement, et les colle les uns très près des autres. Avec les prix, les promos et tout ce qui va avec. Je dis « Vivien, on veut juste l’aliment, savoir combien il coûte c’est pas le travail », puis « BRAHIM JE T’AI DEMANDE DE LACHER CES CISEAUX MERCI ». Il essaye de mordre son tee shirt. Je regarde les morceaux de Brahim. Il me dit « moi c’est la viande ». Je lui réponds « oui mais dans les protéines y’a pas que la viande, y’a aussi les .. les  .. qui vivent dans l’eau … les … » il me dit « les moutons ! ». Je soupire encore. Je regarde la feuille de Vivien « Vivien, ta catégorie c’est pas les prix, c’est les produits laitiers, arrête de coller tous ces chiffres ». Je dis à Brahim « les moutons, ça ne vit pas sous l’eau ». Il me répond « je sais, c’est les lapins ». Je lâche l’affaire « non, ce sont les poissons, regarde, cherche il y en a dans les papiers ». Il me dit « Camille, je peux toilettes ». Je dis non.

Je vais vers Nalia « Bon t’en es où de tes légumes ? » elle me dit « je sais pas ». J’entends l’infirmière « Tarik, tu peux aussi participer, toi tu dois prendre des gâteaux et des glaces allez ». Il reste immobile. Elle me regarde. Je la regarde. On a envie de rire. On se retient. Brahim me demande « Camille je peux un ti peu eau ». Je réponds non. L’infirmière regarde Nassim « MAIS C’EST PAS VRAI, LES KIWIS C’EST UN FECULENT ?? » il dit « oui ». Il me regarde et me dis « Camille ? Je peux de l’eau s’il te plait ». Je dis non. Je demande à Brahim de coller un poisson et de commencer à jeter les petits bouts de papier partout. Il me demande « Camille je peux aller toilettes s’il te plait ». Je dis non. Je regarde Salima. Elle n’a toujours pas coupé la banane que j’avais délimité. Je lui dis ‘tu attends quoi ? », elle me dit « rien ». J’entends Tarik qui glousse depuis 10 minutes. Je lui dis « Tarik tu vas arrêter de rire comme ça, sinon je vais me fâcher ». Il se met à pleurer. Je me retiens de rire avec l’infirmière. Brahim termine de jeter ses petits papiers, et me demande « Camille toilettes ». Je dis non. Après un dégât des colles, nous leur demandons de ranger pour passer au choix des menus. J’entends Salima qui s’amuse à ouvrir et fermer sa trousse. Sans discontinuer. Depuis 10 bonnes minutes. Je lui prends la trousse des mains. Je la pose et lui dis « tu la récupèreras à la fin de la séance ». Elle s’assoit et se met à pleurer.

Après que tout soit nettoyé, je sors la feuille avec « l’ordre d’un repas ». Je demande par quoi commence le repas. Nassim répond « étié ? ». Je dis « non, pas un produit laitier, regarde sur la feuille que j’ai faite, avec les dessins ». Je fais « toc toc » avec ma main sur la table pour qu’ils me répondent « entrez ». Aucune réponse. Je regarde l’infirmière et explose de rire. Je recommence et demande en même temps « qu’est ce qu’on dit quand quelqu’un toque à la porte ». Ils me disent « oui ». Après 3 bonnes minutes j’entends la bonne réponse « entrée ». « Ensuite, après l’entrée » je demande  Personne ne répond. L’infirmière sait que Salima connait la réponse. Je suis en train de ramasser quelque chose sous la table. J’entends l’infirmière demander à Salima « c’est quoi après l’entrée ». Salima reste silencieuse. Je marmonne sous la table « bah elle, c’est clair, pour l’instant, c’est du boudin ». On leur donne les bonnes réponses. On les fait répéter. Une fois. Deux fois. Trois fois. « Nassim, le repas il commence par -toc toc- » « Entrée », « ensuite » « heu ploua? » « bien, et après? » « étier » « et enfin? » « éssert ». Moi « Alléluia ».

Vient le temps de choisir entre deux mets pour chaque jour. Nous commençons : en entrée le lundi, rilletes de thon ou poivrons marinés ? « FNDKGNFGLOENGLOREHGEROPOOOOOOOOOOOONNNNNINININéééééééééééééééOOOOOOOON ». J’ai pas compris la réponse. Je demande qui veut du thon. Tout le monde lève la main. Je demande qui veut des poivrons marinés. Tout le monde lève la main. J’ai envie de pleurer d’un coup. Je me reprends. Fais du vote quelque chose de concret en prenant deux petits carrés pour qu’ils comprennent la notion de choix. Ils choisissent. On arrive au hachis parmentier. On demande ce qu’il y a dedans. On me réponds de la viande. Je dis très bien, et de quel animal ? « Du bison ».

Et avec la viande c’est quoi « des pommes de terre ». « Nassim les pommes de terre ça pousse où ? ». « Dans la terre ». Je me souviens que l’année précédente, il ne le savait pas et ne l’avait intégré qu’au mois de mai. J’ai encore envie de pleurer quand je vois l’immensité du travail à faire. Je me reprends. Brahim glousse et fais du bruit. Je lui demande de se calmer dehors. Je l’accompagne et l’aide à respirer. Il a l’air moins tendu. Je lui dis de rentrer dans la salle. Le ressors deux minutes après. L’entends respirer à fond. Lui donne une dernière chance. Le ressors 30 secondes après. L’entend respirer et me dire « Camille c’est bon je suis calmé » en ouvrant la porte. Je me lève sans le regarder, lui ferme la porte à la tête et continue le travail avec les autres. Regarde l’heure. Regarde l’infirmière. On se sourit. On finit les choix. Et je décide qu’on va aller prendre l’air.

Temps de travail 1h30. Valium utilisé : 0. Enfants : one point. Camille et l’infirmière : 0 point. Ca ne va pas se passer comme ça.

Bref … je suis éducatrice spécialisée.

 

PS : je n’interdis pas aux enfants ni de boire ni d’aller aux toilettes. Juste, je connais leurs tactiques d’esquive.

19 septembre, 2015 à 16:27 | Commentaires (5) | Permalien


Comment ça t’es en vacances pendant un mois et demi ???

Oh, ça va, ça va !!! vous voulez le faire mon taff hein ? J’étais au bord d’en tuer un ou deux à la fin du dernier trimestre.

Alors oui, c’est pas juste, on a plus de vacances, gniagniagnia. Mais je vais vous faire un listing de trucs qu’on fait toute la journée, et ensuite, on verra qu’est ce qu’on verra (oui, ça c’est de la menace hein !)

- Jouer au perroquet et répéter 50 fois la même chose dans la même journée (et la 50ème fois, c’est toujours pas compris)
- Apprendre à parler le trisomique, et le maîtriser (croyez moi, c’est du boulot !)
- Avoir pitié de certains collègues et changer des cacas (parce que vous aussi vous avez eu des groupes d’enfants où y’avait ces problèmes de fuite)
- Gérer 12 enfants en même temps, toute seule, parce qu’il manque trop de collègues. Et pas 12 petits anges hein. Plutôt 12 du genre « on va te retourner la salle en 5 minutes et faire un barouf d’enfer, et surtout, ne crois pas que tu vas pouvoir aller pisser parce que si tu quittes la salle, on va faire toutes les bêtises possibles et imaginables)
- Regarder une gamine très autiste, qui n’est normalement pas sur notre groupe mais juste répartie chez nous, lui demander si elle va bien, et avoir comme réponse un jet de vomi (qui a recouvert mes clefs de boulot, du coup, j’avais un porte clef trop classe dinosaure qui faisait du bruit et qui s’allumait, inutile de dire qu’il ne fait plus rien du tout maintenant). La nettoyer et la revoir vomir 10 minutes après.
- Partir en transfert et surprendre des enfants du même sexe dans le même lit, les sortir et constater qu’ils sont tous en érection
- Essayer de convaincre tout le monde que le groupe que j’avais cette année, c’était de la merde en barre, parce qu’ils étaient ingérables tous ensembles (le transfert a heureusement permis à d’autres collègues de le constater, et j’ai eu le droit à « nan mais ton groupe, c’est la misère ». Oui, merci, ça fait 9 mois que je le dis).
- Faire sauter tous mes congés pendant un mois, parce qu’ils tombaient systématiquement pendant des manifestations institutionnelles
- Courir 1.5 km, dans le cadre des foulées, en ballerine, sous 30 degrés, parce qu’il fallait motiver certains enfants (à la base, j’avais pas du tout prévu de courir hein …)
- Essuyer la bave d’un enfant. Tout le temps. Tout le temps. Tout le temps.
- Récupérer les gamins après leurs prises en charge et entendre systématiquement « mais ils sont insupportables, ils ne bossent pas, ils foutent le bordel … ». Oui JE SAIS CA FAIT 9 MOIS QUE JE DIS QUE CE GROUPE EST MAL FICHU ET QUE CES ENFANTS N’AURAIENT PAS DU ETRE ENSEMBLES SUR UN MEME GROUPE !!!!
- Se faire afficher par la psychiatre en synthèse, quand on lui fait comprendre qu’un gamin qui a un syndrome génétique ne progressera pas beaucoup plus malheureusent, et qu’en réponse elle sous entend que je n’ai strictement rien fichu avec lui cette année c’est pour ça qu’il n’a pas évolué.
- Devoir gérer certains collègues qui font leur coup en douce ; essayer du coup de sympathiser, prendre sur soi, pour anticiper les choses et éviter de se faire avoir dans les grandes largeurs.
- Passer son avant dernière matinée aux toilettes à vomir ses tripes parce qu’une gastro tourne dans l’établissement.
- Etre désespérée face au niveau cognitif des enfants dont on a la charge ; faire le bilan de l’année permet de voir qu’ils reviennent de tellement loin que c’est pas étonnant d’avoir l’impression qu’ils ne savent pas faire grand chose.
- Se taper un cycle de piscine, alors qu’on a horreur de cela, et devoir se baigner, parce qu’il faut des accompagnateurs dans l’eau, et donc le faire uniquement pour les enfants
- Chercher des nouvelles façons de punir, reprendre … devoir parfois aller assez loin dans la sanction, parce qu’on a conscience que sinon cela ne sert à rien
- Prendre sur soi quand une salle de bain est envahie de guêpes (et quand je dis envahie, c’est pas 2 ou 3, nan c’est une quinzaine) et que vous en avez une peur bleue, et  devoir trouver une solution pour les virer.
- Voir les enfants tout nus. Je n’en peux plus de les voir tout nus. Vraiment je n’en peux plus.

Voilà, je vous demande à tous d’essayer de faire ce genre de choses en deux mois. Et on verra si vous n’avez pas besoin de vacances … Et encore, je ne dis pas tout (secret professionnel toussa), mais croyez moi, j’en aurais trois fois plus à dire. Et vraiment, oui, on a des horaires cools, oui on a pas mal de vacances, mais pensez que nous, c’est 7h non stop avec des enfants en situation de handicap pendant toute la semaine. Alors chacun sa croix, je suis d’accord, mais la nôtre, elle est difficile à porter. Sinon, on ne nous donnerait pas autant de temps pour récupérer !

Et en plus, on est tellement mal payés qu’on ne peut même pas partir. Fichu métier ! :D

21 juillet, 2015 à 10:17 | Commentaires (0) | Permalien


Ce n’est qu’un au revoir …

Ha je vois à vos têtes effarées que vous pensez que je vais fermer le blog. Que nenni, ceci est un exutoire existentiel (que c’est beau tout ça).

Mais surtout, on est à la fin de l’année, le moment du changement. Et j’avais envie de parler de ces trois semaines qui vont arriver où nous allons successivement faire le bilan de tous les enfants, et ensuite décider de la composition des groupes. A la base, une première proposition est lancée par le directeur, travaillée avec les cadres. Mais un éduc, c’est chiant (si, c’est chiant, reconnaissez le), et surtout, last but not the least, un éducateur ça vit au quotidien avec les enfants. Ca sait si tel ou tel pourrait cohabiter sur un même groupe. Ca reconnait tout de suite les « groupes de la mort », avec des associations d’enfants qui permettront juste de déclencher une dépression chez l’éduc qui prendra en charge le groupe. Bref, ce sont deux heures d’étripage, et en plus comme personne ne sait encore quel groupe va lui être attribué, c’est un peu la foire d’empoigne pour équilibrer en mettant une moyenne de deux boulets par groupe.

Moi cette année, j’ai bien donné niveau boulet, j’ai récupéré un cas lourd, c’était super, il a fait des progrès il sait presque dire merci et s’il te plait, associe lentement mais surement des couleurs à leurs noms et se tient à peu près correctement (pas bonjour, pas mon prénom, il bave encore partout, il est entêté, peut chouiner tout un après midi avant que je finisse par lui demander d’arrêter avant que je m’énerve (en vérité à ce moment là je suis déjà énervée), toujours dans de gros soucis psychomoteurs, un bon niveau de compréhension mais pour le reste heuuuu comment dire … on n’ira pas plus loin). Je suis une éducatrice consciencieuse, j’ai fait mon boulot comme je le pouvais, et je pense que ça s’est bien passé, surtout que j’ai eu l’humilité de tirer la sonnette d’alarme tellement ça devenait difficile. Parce qu’en plus, à côté, j’avais pas des génies … j’avais des gamins qui me demandaient l’autorisation pour enlever leur manteau quand ils étaient à l’intérieur … aucune autonomie. Gentil mais limite amorphe. Bon, eux, on a fait du bon boulot ensemble, et j’arrive à voir ce que je pourrais encore faire avec eux. Mais le ptit gars là, non, pas un an de plus et je vais être obligé de vendre mon positionnement pour pas que l’on pense que je veux me débarrasser de lui. Mais sérieux, j’en peux plus !

 

Et puis il reste tout un lot de cas assez durs, incasables, pour lesquels on se dit « mais on va en faire quoi ». Certains gamins ont leur tête (normal on travaille avec l’humain) mais il va falloir faire un tri là dedans et c’est pas franchement gagné … Et puis comme on sait tous plus ou moins qui aura quel groupe, on vend notre morceau de steack comme pas possible … Du coup, ces trois semaines là, je les sens … hum, comment dire … Folklo. Je crois qu’il y a une collation de prévue pour couper entre 4h30 de bilan. Je crois que je vais devenir boulimique à ce moment là.

ce qui est parfois dur, c’est de s’être projeté dans un travail sur du long terme avec un gamin, et d’apprendre qu’il ira sur un groupe que l’on aura pas en charge. Il faut faire le deuil de tout ce que l’on avait voulu. Et tels des parents poules (si, je vous jure que ça existe), nous passons le relais à notre collègue limite les larmes aux yeux « non, mais t’en prendra soin hein … ». Les éducateurs sont fous. Quant aux enfants, ils sentent le changement, et la grande question est de savoir qui va aller chez qui … un peu comme à chaque rentrée. Suivant les gosses je lâche des infos, mais il faut aussi garder un peu de suspens et de discretion pour ne pas projeter l’enfant dans quelque chose dans lequel finalement il n’aura pas le droit …

 

Bon, en bref, la fin de l’année, ça pue du cul et je voulais vous le dire.

Mais rassurez vous me lecteurs, mes dernières paroles d’enfants vont venir très vite. Et j’ai du très très lourd. Allez, si jsuis motiv’ lundi soir ou mardi soir. Parce qu’on fait un métier de chiotte. Mais que quand même, c’est aussi un métier rempli d’amour.

 

6 juin, 2015 à 20:06 | Commentaires (0) | Permalien


C’est pas de ma faute …

C’est à cause de mon métier.

Je pense qu’on peut tous dire que notre boulot nous pousse à la déformation professionnelle. Mais par contre, sachez que certains sont plus difficiles que d’autres à assumer. Regardez, un gynéco par exemple, sa déformation professionnelle s’arrêtera à faire des frottis à sa femme dans l’intimité (jurez moi que si vous rencontrez un gynéco qui vous organise une soirée frottis avec des amis, vous refusez …).

En revanche, certains métiers sont assez terribles, et nous amène à avoir des comportements qui peuvent paraitre au choix absurdes, chiants, débiles, obsessionnels ou à la imite du pathologique. Je parle de nous, éducateurs spécialisés, moniteur éducateur, AMP, educateur de jeunes enfants, et après de façon un peu plus large, les instits, qui rentreront dans certaines catégories, et les infirmières et « petites mains » du corps médical, qui rentreront dans d’autres.

1 – Vous gardez tout et n’importe quoi chez vous et vous accumulez des objets improbables : Vous êtes au delà du « on ne sait jamais, ça peut servir », généralement défendu par la plupart des gens. Non, vous, vous ne pensez pas que cela peut servir, vous SAVEZ que vous allez vous en servir. Quelques exemples ; les bouchons de liège (que vous achetez par 100, bien plus économique). Les brochettes de barbecue (même règle que pour les bouchons de liège). Les morceaux de papiers dits « sortant de l’ordinaire » (de la fin d’un rouleau de crépon à un joli emballage cadeau), des vieux journaux (comment voulez vous faire du papier maché ?), de vieux magasines (on peut faire des perles supers originales avec), des morceaux de bois issus de vieux meubles, des boites de camembert (superbes boites à bijoux, très joli cadeau de fête des mères), de la farine (que vous rachetez régulièrement, pensant que votre stock est épuisé, ce qui vous fait environ 5 kg de farine. Mais pour la pâte à sel, il faut bien cela). Des briques de jus de fruits/lait (qui peuvent faire, avec un peu de travail, de très jolis porte monnaie), des fils de cotons tout emmêlés (quand on les aura démêlé, on pourra faire de très joli bracelets), des perles trouvées de ci de là, du carton, des feuilles … Je ne vous parle même pas de la tête de la personne qui partage votre vie, et qui regarde votre bazar avec dépit vous demandant régulièrement si vous comptez un jour vous en servir. Etre éduc, c’est être Mc Gyver. Point à la ligne.

2 – Vous connaissez un tas de chansons débiles, et vous vous réjouissez lorsqu’une personne de votre entourage les connait aussi. Et c’est parti pour un Jean Petit qui danse, suivi de la famille Tortue, d’un Papa requin (que je termine, moi, en version gore), de meunier tu dors, de l’empereur qui n’a que ça à foutre que d’aller chez vous tous les jours de la semaine, tape tape petites mains, mon bocal est trop petit, y’avait des gros crocodiles … bref, toutes les chansons idiotes qui vous restent en tête. Cette déformation fonctionne aussi avec les jeunes mères, qui chantent régulièrement à leurs enfants des chansons niaises, et sont contentes de voir les enfants sourire et essayer de les imiter.

3 – Vous avez toujours des vêtements « traine savate ». Pour vous dire, moi, j’ai même des vêtements « au cas où » au travail. Cette décision date du jour où une gamine a essuyé tout son caca sur mon jean et que j’ai pué pendant toute la journée … Maintenant, j’ai des vêtements de rechange. Et au travail, je me risque peu à mettre des fringues sympas : le lundi, j’ai tournage et danse, alors j’essaye d’avoir une tenu confortable. Le mardi, je fais la récré et je fais des travaux manuels à grande échelle. Le mercredi j’ai sport. Le jeudi, je peux m’enflammer et porter une jupe, parce que je ne travaille que l’après midi, le vendredi, j’ai tournage, piscine et soin de soi. Bref, en gros, être sexy au travail est possible, mais à vos risques et périls (je l’ai déjà fait pas mal de fois, et il faut être prudent. Parce que j’ai des habits que j’adore qui ont été flingués par un gosse trop enthousiaste avec sa peinture …)

4 – Vous avez un tiroir à bonbon, café et douceurs en tout genre. Et vous le reproduisez chez vous. L’achat du silence d’un enfant par un bonbon est indiscutablement une solution miracle. Du coup, vos armes sont enfermées. Et bien sûr, les bonbons que vous n’aimez pas, vous les distribuez aux collègues que vous n’aimez pas. Ca fonctionne super bien, croyez moi.

5 – Vous vous lavez les mains tout le temps. Tout le temps. Tout le temps.

6 – Vous trouvez des solutions improbables à tout : je parlais de Mc Gyver, mais en vrai, nous avons ce syndrome. Nous réussissons à fabriquer des choses incroyables avec deux bouts de bois et un peu de papier kraft. Ca tient que très moyennement dans le temps, et lorsque vous essayez de reproduire ce que vous avez fait chez vous, vous rencontrez deux problèmes ; le premier est un « je comprends pas, dans ma classe/mon groupe, ça a super bien tenu », et le second est la réaction de votre compagnon(ne) qui va vous regarder bizarrement en vous disant « non mais tu es sérieuse, tu vas vraiment mettre tes animaux en cure pipe comme décoration sur les meubles ? ».

7 – Vous vous rendez compte que vous parlez aux animaux et que vous les punissez comme vous faites avec les enfants. Allez ne rougissez pas, vous le faites tous. C’est affreux. J’assume totalement, et me suis bien faite chambrer par mon homme quand je lui ai raconté qu’un jour, un des chats que je gardais avait mangé le contenu de la gamelle de l’autre chat avant de s’attaquer à la sienne, et que pour le punir, j’ai confisqué la gamelle. Na.

8 – Lorsque vous rencontrez un de vos pairs, vous ne pouvez vous empêcher de parler boulot. Pire, vous racontez toutes les horreurs qu’ils vous font parfois subir, vous faites limite un concours pour savoir qui a vécu le pire, et vous en riez, alors que dans le travail, ça ne vous fait pas rire du tout.

9 – Vous êtes prêt à rendre service à votre prochain. Sauf que parfois, ça devient carrément excessif, et que vous vous retrouvez un jour, assise dans le bus, et lorsque vous voyez un mec se lever, le froc à moitié descendu, vous amorcez votre phrase « remonte ton pantalon on voit tes fesses ». Heureusement, vous avez le bon sens de vous arrêter pile au bon moment.

10 – Vous partagez votre vie avec quelqu’un d’extrêmement patient, qui essaye de se passionner pour ce que vous lui raconter, qui écoute vos idées farfelues, et qui ne vous juge pas. Je tiens d’ailleurs à rendre hommage à tous ces maîtres de la patience.

11 – Vous parlez de votre métier avec passion, et récoltez les regards ahuris de certains amis qui vous disent « non, mais comment tu fais pour faire ce boulot ». Vous riez et dites « je le fais parce que je sais le faire, et que ça m’amuse ».

12 – Vous vous sentez blindé face à tout. Et le pire, c’est que, l’expérience augmentant, c’est vrai. Je ne supportais pas les cacas. Maintenant ça va. Le vomi me dégoûtait. C’est terminé, maintenant je fais front. Les gosses essayent de me frapper. Je ne cille pas. Du coup, sorti du boulot, je regarde le monde d’un autre oeil, et me montre que très moyennement touchée ou impressionnée par ce qui se passe autour de moi. Je suis pleine de sens pratique (de là à dire de bon sens, faut peut être pas exagérer).

13 – Y’a toujours un moment où vous vous dites « c’est bon, je fais déjà du social/je m’occupe déjà des autres toute la journée, je ne vais pas faire des heures sup » à la maison ». Toujours.

14 – Vous êtes devenus un spécialiste des réunions, et savez toujours combler le vide d’une conversation.

15 – Vous trouvez toujours une anecdote (généralement scato) sur votre travail pour animer un dîner de famille ou entre amis. Ca met tout de suite dans l’ambiance.

Allez, je m’arrête là, bien conscience que je pourrais en rajouter des tonnes. Mais je vous attends au tournant … vous avez développé quoi comme névrose vous ?

30 octobre, 2014 à 9:40 | Commentaires (0) | Permalien


Paroles d’enfants V.2

Qui dit changement de groupe dit changements d’enfants. je n’ai gardé que 2 anciens (ça va que c’était deux de mes chouchous). Le reste, c’est leur première fois avec moi. Et très vite, ils s’habituent à mon humour … mais moi aussi.

Innovant : « Ouiii, je sais qui c’est lui, c’est le Chkroumpf à nénette »

Logique : un jeune, n’ayant pas de fourchette à sa table m’a répété 15 fois « Camille ? fourchette ??? »
un autre, soulé par cette demande lui a naturellement répondu « mange avec tes mains ».

Logique 2 : « Camille on va en rérréation ? »
Moi : « on dit pas rérréation, on dit quoi ? »                       Un autre jeune « on dit la cour »

Logique 3 : « Brian est sous la table. Derek, peux tu nous dire où est Brian ? »
« Il est là » (en montrant du doigt).

Insolent :  Une éduc dans un des trafics 9 places « Bon, maintenant Bob, ça suffit, tu te calmes »
*silence. L’éduc sort du trafic, moi je suis toujours dedans et j’entends une petite voix
Bob : « chi pas calmé »

A malin, malin et demi : « Camille, t’es pas capable d’écrire le jour de la semaine sur mon front »                                                  « Tu crois ça ? Approche toi pour voir ». J’écris le jour, au stylo plume, pour lui permettre d’effacer. Le jeune demande ensuite à un autre de lui prêter son effaceur. Sa réponse « Non. C’est dommage hein ».

Flemmard : Moi : « alors, tu as fais quoi en atelier pendant 1h30 ? »
La jeune : « rien »

Mur d’incompréhension : « Bernard, on est quel jour aujourd’hui ? »
« Jeudi »
« Non, on est vendredi. On est quel jour aujourd’hui ? »
« Jeudi »
« Ecoute moi, on est VENDREDI. On est quel jour aujourd’hui ? »
« Mardi »
« C’est pas possible tu ne m’écoutes pas, tu te moques de moi ! »
« Oui ? »

Confusion : « alors, la jambe est composée : du pied, de la cheville du genou, de la cuisse et … »
« de la molaire !!! »

Mensonge éhonté : « Qui a marché dans le vomi ??? Estelle, je parie que c’est toi ! »
« non !! »                         « Soulève ta chaussure, on va vérifier »
Raclant la chaussure discrètement « MAIS … non ! »
« on voit des traces de vomi sur ton pantalon !!! »
« mais c’est pas moi »

Critique gastronomique : -après être servi : « merci cauchemar en cuisine ». – après avoir goûté- « merci top chef »

 

Y’en a pas beaucoup, ce n’est que le début de l’année. Que du bonheur pour ce premier mois. Du coup, comme l’année passée, j’ai recommencé mon concours des meilleurs phrases : celui qui me fait le plus rire de façon spontanée aura un cadeau à la fin de l’année. Ils sont tous au taquet. Et puis, ils se sentent motivés pour parler. Rien de mieux que le rire pour les faire avancer non ?
 

 

 

4 octobre, 2014 à 16:16 | Commentaires (2) | Permalien


Ca y’est, je n’ai plus de cases rouges !

Les instituteurs qui passeront ici confirmeront : les emplois du temps, c’est la misère. Surtout, cette année, avec les temps périscolaires, je sais que c’est particulièrement compliqué.
Hé bien sachez que pour les éducs dans des établissements comme les miens, c’est pire. Je ne plaisante pas. C’est vraiment pire.

M’étant bien faite couillonner à mon arrivée l’année dernière, j’ai décidé cette fois ci de d’abord poser MES temps et MES projets. Passant en plus sur un contrat à 100%, c’était plus simple.
J’ai 7 jeunes sur mon groupe. Dont un pour qui il est nécessaire de faire un emploi du temps différent des autrees et adapté, étant donné qu’il a une pathologie beaucoup plus lourde, qui nécessite un accompagnement quasiment individuel.
J’ai donc commencé à remplir mes petites cases d’abord pour les 6. Je souhaitais faire avec eux : de la danse, du chant, un film, un travail sur des contes et du doublage, et des percussions.
Il faut reprendre chaque bilan des jeunes en revoyant les priorités avancées pour sa rentrée. Le soucis, c’est que généralement, tout est en priorité numéro 1 : temps éducatifs, orthophonie, temps scolaires et temps d’ateliers pré Impro. Certaines plages horaires sont bloquées d’avance par des activités non « déplaçables ». Donc déjà, le mardi matin, c’est mort, le mardi aprèm, c’est mort pour ceux qui vont faire de l’escalade, le mercredi matin pas possible, le jeudi matin, je suis de congé, et le jeudi après midi, en début d’aprèm c’est compliqué, et le vendredi matin, c’est un peu juste à cause du roulement des groupes sur un temps piscine. Il reste donc plus grand chose (si si comptez, vous verrez).
Ensuite, vu que je fais certaines activités avec des collègues que j’apprécie particulièrement. Sauf qu’il faut prendre compte des congés de chacun. Donc, on enlève le mardi toute la journée, et le jeudi après midi. Et vu que je ne bosse pas le jeudi matin, on peut enlever le jeudi tout court. Puis ensuite, on a un instit » pour deux éducs : généralement l’instit dégage deux jours dans la semaine pour chacun des éducs. Cette année, moi j’ai le mardi, et mon collègue le vendredi. Donc pour mes activités avec lui, le vendredi, c’est mort.
Je sens que je vous ai perdu en route, donc je récapitule : j’ai en commun avec mes collègues, le lundi et une plage horaire le vendredi. Pour faire tout ce que je veux faire avec les jeunes.
Et puis il faut caler les temps scolaires, les temps orthophonies (quasi indispensables pour mes jeunes cette année tant ils ont des troubles du langage, d’où mon envie de faire du doublage …), les temps psychomotricité, et les temps d’atelier. Alors vous me direz « bah faut les mettre pendant les plages « inbougeables », oui mais non, puisque ce sont généralement des moments de regroupements entre différents groupes …

Là je sens que je vous ai définitivement largués en cours de route, je vais donc vous raconter ma semaine dernière, en prenant l’emploi du temps d’un seul jeune :

moi -fouillant dans mes papiers- : « bon, lundi début de matinée, scolaire. Ensuite, récré. Après, tournage ou percussions suivant la semaine. Cantine. Tableau des responsabilités, atelier créations manuelles, récré et enfin soit groupe de paroles 1/4 soit danse 3/4″
l’orthophoniste : « donc, le lundi c’est pas possible de prendre le jeune »
moi : « si mais pendant la récré »
l’ortho : « Bon, on essaye mardi »
Moi : « alors, matin, repas 1/4, sinon, informatique, récré, scolaire, escalade, chorale »
ortho : « ok, donc mardi non … mercredi ? »
Moi : « scolaire, récré, percussions brésiliennes »
ortho -dépité- : « on ne peut rien faire sauter ? »
Moi : « non, j’ai déjà du faire sauter le sport pour qu’il aie son cota de scolaire dans la semaine »
ortho : « bah jeudi »
Moi -avec un sourire nerveux en coin- : « le matin, je ne travaille pas, mais il a scolaire puis sport adapté, l’aprèm, pendant deux mois il fait sciences, et ensuite, il a un petit créneau de libre, mais il faut faire attention parce qu’il part grand max à 15h pour une prise en charge psy à l’extérieur ».
ortho -ahuri- : « ha … donc ça veut dire que je peux le prendre en début d’aprèm le jeudi, mais qu’il n’aura pas ortho pendant deux mois vu qu’il est en sciences c’est ça ? »
Moi -me corrigeant- : « oui … et en plus, il va sûrement travailler son autonomie dans les transport sur cette plage horaires à partir de janvier. Donc c’est pas dit qu’il soit vraiment dispo en plus. »
Ortho : « et le vendredi ??? »
Moi : « scolaire, récré, tournage, soin du corps, récré, atelier jeux »
Ortho -rire encore plus nerveux que mon sourire- : « non, mais en fait je peux jamais le prendre ? »
Moi : « Si. Mais pendant une récré »
Ortho ; « mais c’est tout le temps comme ça ici ? »
Moi -fataliste et ne souhaitant pas lui mentir plus longtemps- : « oui. Et encore, là, t’as de la chance, il a ses récrés de dispo »

Et cette conversation, je l’ai eu avec la psychomotricienne, le prof de sport adapté, l’éduc informatique, l’autre orthophoniste, l’infirmière, et les deux éducateurs d’ateliers. Et ça, juste pour un seul jeune. Je dois le faire pour les 6 autres. En prenant aussi en compte ce que je souhaite faire, ce qui leur correspond le mieux et leurs goûts et affinités.

Une fois que ce mic mac improbable prend forme, on donne à notre chef de service un premier jet des emplois du temps des jeunes. Ils sont mis sous forme de tableau général, avec tous les enfants de tous les groupes, et ensuite, on se prend la tête en réunion avec tout le monde pour toutes les cases qui sont rouges ; ce sont celles où il y a chevauchement et/ou incohérences. Mise en situation surréaliste : « tel jeune, le mardi après midi, il est en même temps en scolaire, en psychomotricité et en informatique ». Trois personnes différentes dans trois lieux différents pour le même jeune. WTF ?

Bah vous savez quoi ? Moi je n’avais que 5 cases rouges, toutes issues d’erreurs de saisie de la chef de service (mais on la pardonne, elle remplit en deux jours (voire un) un tableaux à double entrée avec 52 lignes et 18 colonnes). En vérité, tous mes plannings étaient bons, et cerise sur la crème du chapeau melon et bottes de cuir : j’ai pu caler tout ce que je voulais faire, et j’ai même réussi l’exploit de réunir par deux fois mon groupe en entier. Et ça, mes amis, c’est un miracle. Bon, d’accord, j’ai fait environ 10 exemplaires des emplois du temps de chaque gosse, mais m’en fiche ; j’ai réussi, je n’ai plus de cases rouges.

Maintenant, il va falloir bosser.

9 septembre, 2014 à 17:57 | Commentaires (2) | Permalien


7 heures, c’est long, surtout vers la fin.

Pour beaucoup, notre métier n’est qu’un vague concept nébuleux et peu de gens savent ce que l’on fait exactement. Pour vous, cher public, j’ai décidé de vous faire la journée type d’un éduc EN EXTERNAT (parce que le travail en internat est assez différent). Ne venez plus me dire après que vous ne savez pas ce que l’on fait.

 

7h20 : Je me lève, et je te bouscule, tu ne te réveilles pas, comme d’habitude.

7h52 : Je pars de chez moi prendre le bus (oui, il ne me faut que peu de temps le matin pour me préparer, et pourtant, je me maquille).

8h10 : Premiers SMS des collègues : « je ne peux pas venir aujourd’hui » – « Hier, machin m’a soulé, faut que je te raconte » – « On fait quoi aujourd’hui ? »

8h55 : Je mets les pieds dans l’institution. Je commence officiellement à 9h, 5 minutes d’avance me semblent largement suffisantes, j’ai eu un poste où j’arrivais avec 40 minutes d’avance parfois, et l’on ne m’a jamais décerné une médaille pour cela. Donc j’ai arrêté. Je consulte le cahier du jour, voir qui est là, pas là, ce qu’il y a de prévu de façon institutionnelle etc …
Dans ma tête : « bon, allez, motive toi, et cherche les clefs de la salle au fond de ton sac ».

9h00 : Je rejoins les enfants sous le préau, avec l’adulte qui fait l’accueil, je dis un grand bonjour aux enfants et quelques collègues. Je papote un peu avec ceux qui me sont sympathiques, m’interrompant toutes les deux minutes parce qu’un gosse fait une bêtise. J’aime bien ce moment malgré tout, même s’il est assez agité, parce que les enfants nous témoignent beaucoup d’attachement, et du respect, entre le « bonjour Camille » unanime, et mes petits « chouchous » qui se déplacent dés que j’arrive pour me serrer la main et me parler quelques minutes.
Dans ma tête : « putain machin est là, il aurait mieux fait d’être absent. Et lui, là, il m’énerve déjà, et on est que 9h »

9h10 : Je rameute tous les enfants de mon groupe, souvent par un « allez les miens, on y go » et je les amène dans ma salle.
Dans ma tête : « Vite vite je vais m’enfermer dans ma salle avant de me faire attraper par un collègue qui va m’énerver »

9h11 : Tandis que les jeunes posent leurs affaires, je regarde les 7 emplois du temps différents, et essaye de savoir qui fait quoi de si bon matin. C’est un exercice fastidieux et lourd, parce que les gosses ont des emplois du temps de ministre. Et souvent, les seuls qui n’ont pas beaucoup de prises en charge, c’est les plus « léthargiques », ou les plus « relous », que je vais donc me bouffer toute la matinée, voire toute la journée, parce que peu de gens acceptent de les accompagner.
Dans ma tête : « nan mais c’est pas possible, j’ai encore untel sur le groupe avec moi ? J’en peux plus de ce gosse, je sais plus quoi lui proposer comme activité, je fais que de l’occupationnel. Je vais pas lui faire faire un dessin à chaque fois. ‘Font chier les collègues qui ne veulent pas le prendre sous prétexte qu’il n’est pas performant. Ha et pourvu qu’il ne me demande pas de jouer avec lui, sinon, j’en ai pour 2h »

9h15 : J’envoie chaque enfant à sa prise en charge : certains vont en scolaire, d’autres en atelier manuel, d’autres en pâtisserie, ou blanchisserie, d’autres encore ont orthophonie ou psychomotricité. Je reste avec les enfants qui n’ont rien de prévu, et normalement, comme je suis une éduc organisée et productive, ils auront quelque chose à faire : que ce soit des travaux manuels, des jeux, ou une activité récurrente que je mets en place autour d’un projet éducatif, je n’accepte pas qu’ils restent à ne rien faire, je leur bouge donc le flanby. Mais avant, je vais me faire un café.
Dans ma tête : « Où est ce que j’ai encore fichu ma tasse moi ? »

9h16 : Tasse et dosette en main, je vais à la machine, et je rencontre un ou deux collègues. Suivant mon degré de sympathie envers la personne, je tape ou non la causette. Et j’en profite pour regarder le tableau de la semaine, voir si j’ai pas oublié une sortie, un RDV extérieur, une réunion etc …
Dans ma tête : « Qu’est ce qu’il vient me parler lui, j’ai pas envie de lui répondre, allez, je dis bonjour, et je vais prétexter une envie pressante pour pas qu’il se sente obligé de croire que c’est mon nouveau meilleur ami ».

9h20 : Je retourne sur mon groupe et je lance les activités, qui seront évidemment ponctuées par des « machins, tu veux que je t’aide à colorier la table ? » ou « bidule, si tu pouvais arrêter de manger les légos et de baver dessus, ça serait sympa pour ceux qui y joueront après ».
Dans ma tête « Je crois que je leur ai proposé tout ce que je pouvais niveau activités, comment je vais faire dans les mois prochains pour renouveler mon panel, j’ai déjà épuisé tout mon cota … »

10h30 : C’est la récré. Suivant mon humeur (et le temps qu’il fait), je sors avec les enfants dans la cour, et les surveille tout en discutant avec mes collègues, ou alors je reste dans ma salle, je leur donne quartier libre, ce dernier finissant souvent en discussion générale avec les jeunes, avec des éclats de rire, des taquineries, et jeux en tout genre. Mais ce sont eux qui décident quoi faire. C’est leur temps. LA plupart du temps, ils me demandent s’ils sont obligés d’aller en récré, parce qu’ils préfèrent reste avec moi dans la salle. Sauf que des fois, Camille, elle a aussi besoin de prendre l’air, surtout quand elle a fait de la pâte à modeler pendant 1h30 avec un enfant autiste qui essayait de la manger.
Dans ma tête  : « Si je pouvais, je vous enverrais en récré prendre l’air, et je resterais seule dans la salle, pour savourer le silence … mais bon, j’ai une conscience professionnelle ».

11h00 : Reprise des activités, et re répartition des jeunes si besoin. J’ai cependant décidé de m’octroyer bien plus de temps avec les jeunes cette année que l’année précédente, en structurant leurs emplois du temps, et en imposant ma volonté, parce que je me suis bien fait avoir l’année dernière, chacun est venu faire son marché, et au final, je me retrouvais à ne pas pouvoir mettre en place de projets de groupe réguliers parce que je n’avais jamais le groupe au complet.
Dans ma tête : « vraiment, il faut que je veille à mieux équilibrer leurs plannings, c’est du grand n’importe quoi »

12h00 : A table ! « Les enfants, vous allez aux toilettes, vous vous lavez les mains, bref, on va manger quoi ». Le repas, un grand moment dans la journée. Beaucoup de jeunes ont une relation particulière à la nourriture. Certains se remplissent littéralement, pour combler un vide psychologique, d’autres chipotent dans leurs assiettes, d’autres encore étalent la nourriture sur la table, ce qui me fait généralement dire « c’est bon, la table elle a bien mangé, tu peux te nourrir à présent ». Je sers de distributeur automatique, et doit répondre toutes les deux secondes à une demande « je peux avoir du pain ? » « je peux avoir de l’eau » « je peux avoir du sel » … S’il n’y a pas de s’il te plait, je deviens étrangement sourde. Certains ont parfois du mal à comprendre pourquoi je ne leur réponds pas, et réitère jusqu’à 10 fois leurs demandes, de plus en plus fort jusqu’à ce qu’un autre lui dise « t’as pas dit s’il te plait !! ». Je coupe parfois la viande des jeunes, je les écoute parler de choses pas toujours très passionnantes (« Camille, hier, bah moi, j’ai mangé des pâtes »), j’esquive certaines de leurs questions (« Camille, t’es mariée avec qui ? »), réponds ironiquement à d’autres (« je peux boire de l’eau s’il te plait » « oh, ben non, bois ta salive, c’est mieux »), leur explique souvent des choses diverses et variées, leur demande de prêter attention à ce qu’il y a dans leurs assiettes en leur demandant ce qu’on mange, soupire en entendant certaines réponses (« le poulet, c’est du boeuf »), réexplique encore et encore que le raisin ce n’est pas des cerises, les oblige à tout goûter, mais pas à finir leurs assiettes (« moi je m’en fiche, tu ne veux pas manger ? Bah ne manges pas, mais viens surtout pas me dire cet après midi que tu as faim, parce que je te rirais au nez »).
Dans ma tête : « trois éducs à la même table pour 2 enfants, ça va ils ne sont pas trop fatigués les gens ? »

13h00 : Heure bénite … ou pas. Ha, mais avant tout : je me fais un café. En fait, tout dépend si l’on est de récré ou non. Si c’est le cas, on part pour 15 minutes ou 30 dehors, avec tous les jeunes et un collègue, à surveiller la cour. Alors, à la limite, c’est pas les enfants le soucis, c’est le collègue. Cette année, j’ai joué de malchance et me suis retrouvée avec pas mal de boulets. J’ai eu le droit à l’éduc qui passe son temps à hurler sur les enfants, et vraiment, qui ne fait que ça, qui leur tire les oreilles dés qu’ils font une bêtise, même minime, et qui punit, punit, et repunit, tandis que moi, j’essaye de faire régner l’ordre d’une autre façon : en tentant de comprendre pourquoi untel et untel se battent, ou encore pourquoi machin a insulté bidule, je leur porte de l’attention, discute avec eux, ris parfois de leurs bêtises, désespère aussi en les entendant ou en les regardant … J’ai eu l’éduc qui n’en a strictement rien à faire de ce qui se passe, et qui reste assis, sur un banc, portable à la main, sans lever la tête. Ha si, UNE FOIS, quand un enfant est tombé et qu’il s’est littéralement mis à hurler sa race (alors qu’il avait juste une égratinure), l’éduc a levé la tête et m’a dit « ha, qu’est ce qu’il se passe ? Il est tombé ? Ha ». Puis s’est replongé dans la lecture ô combien passionnante de ses sms et des statuts facebook de ses amis. Même les jeunes sentent qu’on le dérange, puisqu’ils se tournent systématiquement vers moi quand ils ont quelque chose à demander. Et j’ai eu des supers collègues, qui surveillent, écoutent, ne ressentent pas le besoin de hurler, et proposent des activités sympas aux jeunes pour faire passer la récré plus vite.
Par contre, si l’on est en pause, c’est THE moment où on peut être seul, sans bruit, ou alors aller taper causette à un collègue qu’on apprécie. Moi, c’est mon temps « cigarette », que je vais fumer toujours avec la même personne, en s’isolant, parce que ni l’un ni l’autre n’a très envie de se mêler aux autres qui fument, on préfère rester tous les deux. T’façons, les gens l’ont vu, le peu qui a pu s’incruster ont senti rapidement qu’ils gênaient, puisque d’instinct, on s’arrête de parler dés qu’un tiers arrive.
Dans ma tête si je suis de récré :  » Allez, on se motive, on joue au ballon, on écoute les jeunes, on crie pas, on reste calme même quand ils se tapent dessus »
Dans ma tête quand je ne suis pas de récré : « plus que 3h30 et c’est fini ».

13h30 : on vient récupérer les enfants, et là encore, consultage des emplois du temps pour savoir qui va où. J’essaye de m’organiser en fonction des projets que je mène avec des collègues. Entre le roman photo, où il me fallait tout le groupe, le film, où suivant les scènes il fallait tel ou tel jeune, la chorale où il fallait rameuter tous les enfants des groupes etc … il est compliqué d’aménager de façon optimale le temps que l’on a.
Dans ma tête : « plus que 3h et je m’en vais »

15h00 : Récré de nouveau. Vous allez penser que nous sommes beaucoup en récré, mais il s’agit surtout de laisser les enfants en temps libre, parce qu’ils sont vraiment beaucoup sollicités, et ont besoin de moments où ils ont les adultes pas loin, mais où ils sont totalement maîtres de leurs choix.
Dans ma tête : « je ne peux toujours pas les envoyer en récré sans venir les surveiller. Fait ch*** ».

15h30 : On reprend les activités éducatives, on sent la fatigue et l’énervement chez les enfants, parfois, je pense, trop sollicités. Pour vous donner un exemple : un gosse, dans une journée, peut avoir 1h30 de scolaire le matin, suivi d’une séance d’orthophonie à la place de sa récré, puis ensuite, une heure de pâtisserie … J’aime bien les fins de journée avec des activités éducatives fixes. J’aimais bien mon mardi l’année dernière, le matin, généralement, on tournait le film (avec des jeunes différents avant et après la récré), et l’aprèm, j’avais réussi à garder tout le groupe avec moi et avais aménagé une heure et demi autour de la conception d’un roman photo, et enfin, à 15h30, on faisait chorale jusqu’à la fin de la journée, avec des enfants de tous les groupes. Et je ne travaillais qu’avec des gens supers.
Dans ma tête : plus qu’une heure, plus que 40 minutes, plus qu’une demi heure, putain mais le temps passe pas vite, je veux rentrer chez moi, je suis fatiguée.

16h20 : Allez tous dehors, vous prenez vos affaires et je ne veux plus vous voir avant demain bande de sales gosses. Quoi ? Si vous pouvez avoir un chocolat ou un bonbon ? Ben, si vous rangez la salle et que vous êtes prêts, pas de problème.
Oui, j’achète les jeunes avec de la nourriture. Et alors ? A chacun son prix non ? Après tout, nous ce qui nous motive, c’est aussi notre salaire. La carotte fonctionne bien, beaucoup mieux que le bâton, mais il faut pas que cela prenne des proportions excessives, ni que ce soit le seul levier que vous activiez lorsque vous demandez quelque chose aux enfants. Il est important de leur montrer qu’un bon comportement, respectueux etc … est toujours récompensé, mais pas en les rendant obèses. Et surtout n’oubliez pas de manger 5 fruits et légumes par jour.
Dans ma tête : Il est 30 pile, je me casseuuuh. 

Vu comme cela, j’ai conscience de deux choses : d’abord, on dirait que je n’aime pas mon boulot, parce que dans ma tête je me plains tout le temps. En fait, dans ma tête, il se passe simplement les choses que je ne peux dire à voix haute, parce que ce sont des contraintes inhérentes à mon quotidien et mon travail, et que c’est comme ça. Je suis fatiguée ? C’est mon problème. Les enfants ont trop de prise en charge ? C’est une erreur de ma part puisque j’ai mal géré les plannings, et je ne peux m’en prendre qu’à moi même.
Et on peut aussi avoir l’impression que je ne bosse pas beaucoup. Que ce taff ne prend pas d’énergie. Que nenni. Nous avons les enfants TOUTE LA JOURNEE avec nous, pas un moment de répit, sauf à la pause midi, quand on l’a. Il faut donc être constamment aux aguets. Les jeunes sont assez épatés, parce que j’ai des yeux et des oreilles partout, et que je sais tout, tout le temps. Même quand ils tentent un truc alors que j’ai le dos tourné, je les grille. Et ça les rend fou. Mais c’est aussi grâce à cela que j’ai une super relation avec eux : parce qu’ils savent que je suis toujours là, et qu’ils ont confiance. La base de tout …

 

24 août, 2014 à 17:48 | Commentaires (1) | Permalien


A l’hôpital Velpo ???

Pour les incultes  : Image de prévisualisation YouTube

Vu que vous me lisez régulièrement, vous devez avoir le même humour pourri que moi, donc ça a du vous faire rire. Ce qui vous fera rire encore plus, c’est de savoir que je fais plus ou moins la même chose avec les gamins, et un autre éduc. Avec pour principe, le suédage. Encore une foisn je fais ma Wikipedcam, et je vous donne une définition Le suédage (en anglais : swed) est le remake d’un film réalisé avec des acteurs amateurs qui en rejouent les scènes plus ou moins fidèlement, parfois seulement de mémoire.

En gros, c’est une version artisanale d’un classique. Et quand deux éducs chtarbés décident de faire un remake d’Harry Potter avec les gamins (et qu’en plus, ils arrivent à rédiger un projet éducatif qui tient la route et qui est intéressant), ça donne un jeu à peu près comparable à celui des inconnus dans la vidéo précédemment postée.

Les enfants y trouvent leur compte et sont très demandeurs (ils en sont à vouloir faire un autre film l’année prochaine, avant même d’avoir terminé celui que l’on fait actuellement), ils s’éclatent, mais nous, les éducs, on voit ça d’un oeil plus … comment dire … plus second degré. Et au final, si on a un résultat qui tient la route, qui est sympa et qui valorise les enfants … pour résumer, on tourne scène par scène, je connais le film et le bouquin par coeur, je suis donc plutôt sur le scénario, les répliques, et je déstresse les enfants, et mon collègue filme, reprend, fait le montage avec les jeunes … Mais faut voir comment on en chie. Et comment on rigole aussi. En fait, on a tellement de scènes pour le bêtisier qu’il va falloir faire une sélection. Parmi les perles :

- Quand on explique aux gamins hors caméra ce qu’ils doivent faire, et qu’après le « Action », ils ne bougent pas, et ne font rien, et qu’on a des plans de 30 secondes où ils restent stoïques et imperturbables, comme s’ils jouaient à la barbichette.

- Quand ils commencent à jouer, et que mon collègue les interrompt en disant « mais non, c’est pas ça !!!! »

- Quand j’ai désespérément essayé de faire rouler un jouet train avec trois locomotives différentes, et qu’à chaque fois je le bougeais d’un millimètre, le train se crashait. Et que j’ai recommencé 5 fois, et que sur les 5 prises, y’en a pas une où le train reste debout plus d’une seconde, et qu’on a fini par faire un montage avec des photos.

- Quand j’ai fait le rat pendant plus de deux minutes, et que j’attendais que mon collègue me dise « Coupez », et qu’en fait, il m’a dit « nan, mais je voulais voir combien de temps tu tenais ».

- Quand on a tellement rembourré un gamin pour qu’il ait l’air plus gros, qu’il se retrouve coincé sur le dos, comme une tortue, et qu’il ne peut pas se relever.

- Quand ils couraient avec leurs dossards de Quidditch qui leur volaient à la tête et qu’ils ne voyaient plus rien.

- Quand ils ne savent pas faire « la peur », et qu’ils gardent la même tête crispée même quand on a dit « coupez ».

- Quand ils jouent, et qu’ils nous demandent en plein milieu de la scène « c’est bon là ? »

- Quand ils ne se souviennent plus de leur texte, qu’ils prennent une grande inspiration et qu’ils nous disent « … nan, je sais plus là ».

- Quand ils improvisent totalement, et que c’est tellement bien qu’on rajoute des scènes dans le film, qui n’ont absolument aucun rapport avec la version originale.

- Quand je ramène à peu près tout ce que j’ai chez moi comme matériel, et qu’on dit « ha ouais génial », alors qu’en vrai c’est tout pourri.

- Quand mon collègue leur répète 50 fois « ne regarde pas la caméra », et qu’ils la regardent encore.

- Quand je leur explique ce qu’ils vont devoir faire et qu’ils me disent « nan, mais Camille, c’est pas possible, je veux pas ».

- Quand ils répètent trois fois leurs répliques pour être sûr qu’on les a bien entendu.

Bon, en bref, je crois que pour ce boulot, il faut garder une âme d’enfant, avoir une patience à toute épreuve, et beaucoup d’imagination pour adapter, sans cesse adapter … pour ne pas finir muté à l’hopitâl Velpo (oui, je sais, la chute était facile, mais j’étais moyennement inspirée pour le coup. Trop de réflexions sur le tournage !)

 

19 avril, 2014 à 19:40 | Commentaires (4) | Permalien


Haaa, j’étais vénère !

Pour ceux qui me suivent depuis un certain temps déjà, je pense que vous avez compris quelques petites choses sur moi (enfin, quand je vois les interprétations de certains visiteurs éphémères qui ne s’arrêtent qu’à un seul article pour me dire que je suis méchante, j’ai des doutes, mais quand même, je crois que j’ai des lecteurs qui ont pris le temps de regarder tout le blog, et pas seulement un ou deux écrits) … Vous avez du comprendre que je suis d’un naturel plutôt calme, que je râle beaucoup mais que j’ai bon fond, que je suis un peu barge, que je suis honnête, et que je pense avant tout aux gamins que je prends en charge dans mon travail. Enfin, j’ose espérer que ça se ressens quand on me lit, parce que je suis dans la réalité comme cela.

Mais des fois, je sors mes griffes. En fait, j’estime qu’il y a beaucoup de combats qui sont vains, et plutôt que de me prendre pour Don Quichotte et me battre contre des moulins et lutter contre le brassage d’air quotidien, je laisse souffler le vent de l’inutilité (mon dieu, ces métaphores, qu’est ce que je suis douée) … Disons que je choisis d’investir mon temps à des causes qui me semblent plus pertinentes. Et puis, je suis aussi un peu garce, car j’attends mon heure … Cela fait plusieurs fois que je m’accroche avec une collègue (en l’occurrence, celle qui s’occupe de mes jeunes quand je suis en congé). Nos relations ont toujours été compliquées, dés le premier contact, quelque chose m’a dérangé chez elle. J’ai mis du temps avant de comprendre pourquoi j’ai eu une si mauvaise impression, puis à force de réfléchir, j’ai fini par faire le lien avec mon passé et à ce qu’elle me renvoyait. Je me suis toujours méfiée d’elle. Au début, il faut être clair, je n’avais aucune raison de me comporter comme cela, son seul méfait était d’avoir une tête qui ne me revenait pas. Puis, petit à petit, j’ai vu comment elle travaillait, comment elle traitait les enfants … Je ne suis d’accord avec à peu près rien dans sa pratique, mais bon, on dit que c’est la différence qui fait la richesse.
Ce qui a commencé à me déranger, c’est d’abord l’attitude des enfants la veille de mon jour de congé. Ils étaient anxieux à l’idée de venir le lendemain. J’ai d’abord pensé que c’était peut être de ma faute, et aussi celle du fonctionnement institutionnel ; les groupes d’enfants portent le nom des éducateurs, chose qui m’a toujours choquée, mais qui va peut être enfin changer, et qui a tendance à réduire les enfants à leurs éducs et les enfermer dans des relations trop exclusives. Puis, doucement, j’ai compris que les règles avec ma collègue n’étaient pas ajustées aux jeunes, et n’avaient aucun lien avec ce que moi je faisais au quotidien avec eux. Deux petits exemples ; les repas : avec moi, les enfants sont obligés de goûter tous les plats. Mais s’ils n’aiment pas, je ne force pas. Mais ils savent qu’ils n’auront rien d’autre, et que s’ils ont faim dans l’après midi, ils devront assumer d’avoir bouder le déjeuner. Pour moi, cela fait partie intégrante de l’accès à une certaine autonomie, avec une capacité à faire des choix, et en assumer les conséquences derrière. Et puis, il faut être réaliste : vous, quand vous n’aimez pas un plat, vous le mangez ? Avec ma collègue, il en est autrement. Ils doivent tous finir leurs assiettes. Et si ce n’est pas le cas, ils sont privés de desserts. A chacun sa manière de faire, mais je dois reconnaitre que je trouve la sienne un peu violente. Nous en avons parlé, mais elle campe sur ses positions (et moi aussi du reste !). Autre chose : quand je suis en congé, elle travaille autour de la mythologie avec eux. En soi, l’idée est bonne : aborder des notions telles que la mort, la jalousie, l’amour etc  dans un contexte suffisamment éloigné de la réalité pour que les enfants évitent de faire des transferts. Le soucis, c’est que c’est tellement hors de leur réalité qu’ils n’en saisissent strictement rien. Je leur ai demandé ce qu’ils faisaient, et ils m’ont répondu « on fait hermès ». Je n’ai pas pu avoir plus de détails, ils sont dans l’incapacité de m’expliquer quoi que ce soit d’autre. Pourtant, moi aussi je travaille sur l’imagination, nous faisons un roman photo avec eux, ce sont eux qui ont créé l’histoire, et ils sont parfaitement capables de la restituer, de lui donner du sens … J’ignore donc comment elle aborde les choses avec eux, mais pour être tout à fait honnête, cela ne leur apporte rien. Cela fait trois ans qu’elle fait ce projet, et aucun des jeunes n’a su me dire exactement ce qu’il en avait retiré. Là encore, je pense que c’est à chacun de savoir ce que l’on a envie d’amener aux enfants, mais il faut, je pense, avoir du recul, et essayer de voir si ce qu’on leur apporte les conduit vers quelque chose. C’est d’ailleurs pour cela qu’à la fin de chaque gros projet que je mets en place, je fais une évaluation, personnelle et avec les jeunes : cela permet de voir où cela a pêché, et où cela a fonctionné. Le but n’est pas d’atteindre la perfection, d’une part, cela n’a aucun intérêt, d’autre part, les individualités des jeunes font que ce sont eux qui permettent aux choses d’exister, toujours de façon différente ..
Bref, je m’éloigne un peu du sujet, mais je voulais simplement expliquer que nos manières de faire étaient différentes, et que cela pose problème puisqu’il y a un manque de cohérence entre nous. A la limite, s’il n’y avait que ça, nous aurions pu chacune mettre de l’eau dans notre vin pour trouver des solutions. Mais il n’y a pas que ça. Sans vouloir jouer ma psychanalyste, je pense qu’elle se sent menacée par moi (ou qu’elle sent sa place menacée …). D’une part, c’est sur son ancien groupe que je travaille (elle a choisi de reprendre un atelier l’année dernière, ce qui a provoqué mon embauche), d’autre part, elle fait avec les jeunes des « réalisations manuelles » (il s’agit d’une sensibilisation à tout ce qu’ils pourraient faire en IMPro autour des ateliers bois etc …), mais il se trouve que moi aussi je fais beaucoup de travaux manuels. Et j’ai aussi repris des ateliers qu’elles faisaient avant, comme la chorale (c’était entièrement mon choix de mener cette activité, j’ai toujours eu envie de faire une chorale avec des jeunes que j’accompagne). Bref, j’ai l’impression qu’elle voit en moi comme une rivale, quelqu’un qui serait susceptible de prendre sa place, voire qui a pris sa place, alors que pas du tout : nous sommes différentes, avec des tempéraments opposés, et des envies de carrières qui n’ont pas grand chose à voir l’une avec l’autre.
Du coup, pour compenser cette menace qu’elle ressent, elle me lance des piques devant les enfants et les adultes, pour me rabaisser, et essayer de me décourager. Généralement, je ne relève pas ces petites provocations. Pour exemple, durant une récré, je vois une petite autiste enfermée dans un comportement stéréotypé avec un ballon. Je m’approche d’elle, lui prend le ballon, et commence à lui expliquer, avec des mots et gestes adaptés, qu’il faudrait qu’elle s’ouvre à autre chose . Ma collègue, qui visiblement ce jour là avait mis sa cape de super héroine m’a pris le ballon des mains, et devant tout le monde, collègues et enfants, m’a dit « elle n’a pas la maturité pour comprendre, ça sert à rien ce que tu fais », et a rendu le ballon à la gamine, qui est reparti s’enfermer dans son jeu avec son objet autistique. Cela m’a mis en colère, mais plutôt que de m’énerver, je lui ai prouvé que je n’étais pas à côté de la plaque, en rejoignant la gamine et en échangeant avec elle le ballon. Depuis quelques semaines, elle vient me chercher à chaque récré que je fais, non seulement pour que je joue avec elle, mais en plus, elle accepte que d’autres enfants se joignent à nous pour échanger le ballon. Et ça énerve ma collègue, qui nous surveille du coin de l’oeil et qui fait des remarques régulièrement aux enfants qui jouent avec nous, en leur demandant de rendre le ballon à la petite. Remarques auxquelles je réponds immédiatement « mais, laisse les, on joue tous ensembles ». Voilà pour le genre de petites choses qu’elle lance, l’air de rien. Une fois, deux fois, trois fois … J’ai toujours réussi à passer au dessus, ou répondre comme il le fallait, mais lundi a été la fois de trop.
Nous devions restructurer les groupes, et le directeur a voulu faire passer une de mes jeunes sur un autre groupe éducatif, alors que je lui avais déjà dit 3 fois que c’était une très mauvaise idée (cette jeune est la plus autonome et la plus mature du groupe, elle insuffle une dynamique positive et sympa entre les enfants, et la faire partir, c’est clairement couler le groupe, parce que, pour l’instant, les autres ne sont pas en capacité de se positionner en leader. Les enfants de mon groupe ont tous des difficultés et des problématiques assez particulières, et ils sont majoritairement très passifs. Je pourrais les laisser une journée complète sur une chaise sans rien que cela ne leur poserai pas de problème. Une dynamique de groupe s’est installée, et je pense qu’il n’est pas encore temps de la remanier). Du coup, je suis montée au créneau, m’opposant fermement à cette décision que je trouvais absurde (bon, en gros, j’ai même pas laissé mon directeur terminer sa phrase, dés qu’il a prononcé la première syllabe du nom de la jeune, je lui ai dit « non, non, je m’y oppose, c’est tout simplement hors de question »). S’en est suivi un débat un peu houleux avec chacun, et ma collègue a commencé à dépeindre la gamine d’une façon extrêmement déplaisante : « elle est mauvaise, manipulatrice, fait ses coups en douce, elle est méchante, elle embête tous les autres enfants, n’écoute rien » … Pas une seule chose positive. Pourtant, moi, je l’ai vu se responsabiliser, réagir avec maturité, prendre sur elle, faire d’énormes progrès au niveau de son comportement et de ses connaissances, s’investir dans plein de choses différentes, commencer à se saisir des blagues du second degré, et que cette place de leader lui permet de grandir bien plus vite … Bref, je continue à entendre ce discours assassin sur cette jeune, et cette fois ci, je m’énerve. Je réponds que, personnellement je ne la vois pas du tout comme cela. Oui, elle fait parfois des coups en douce, à peu près comme tous les adolescents que l’on accueille. Oui, elle peut être casse pied, et parfois mal réagir quand on la reprend, comme tout le monde finalement, puisque nous avons tous plus ou moins la capacité de répondre de façon ajustée ou non à ce que l’on nous dit. Et ma collègue s’acharne, continue à démolir cette jeune. C’était à celle qui parlait le plus fort, et je crois avoir gagné (ouéééé), en lâchant un « et bien, écoute, peut être qu’elle se comporte comme cela avec toi, mais avec moi, elle est pas du tout comme ça ». Ma collègue l’a mal pris et est sortie de la pièce. Il me semble pourtant ne pas avoir remis en cause sa personne (bien que je n’en pense pas moi) : je dis simplement qu’il est possible que le comportement de la jeune diffère selon les adultes qu’elle a en face, mais je ne porte, me semble t il, aucun jugement sur quoi que ce soit.
Au final, à force de défendre mon bout de steack, j’ai eu ce que je voulais, et la jeune reste sur mon groupe jusqu’à la fin de l’année scolaire (elle changera en septembre, comme c’était prévu au départ). Mais il a fallu que je me batte. Certains de mes collègues m’ont félicitée d’avoir pris position avec autant de pugnacité (d’autant que mes arguments se tenaient vraiment). D’autres m’ont dit « mais, on ne t’avait jamais vu comme ça, tu tremblais, tu étais écarlate … ». D’autres encore, que j’apprécie un peu moins, sont venus me voir la bouche en coeur et me « faire la cour », parce que je crois qu’ils ont compris qu’il ne fallait pas trop me titiller …

J’ai l’impression d’avoir passé un cap finalement, je trouve un peu dommage qu’il ait fallu que je me mette franchement en colère pour me faire entendre, mais je crois qu’il était nécessaire que chacun comprenne que je ne suis pas une petite éduc fragile qui laisse tout passer, mais bien une adulte qui est capable de se battre pour les causes qui lui semblent justes et pertinentes vis à vis des enfants.

Et ma collègue ? Bah elle ne me parle plus.

9 avril, 2014 à 15:18 | Commentaires (6) | Permalien


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