Oui, mais … Spécialisée en quoi ?

Le 7 mars : Mobilisez vous !!!!

Nous sommes dimanche matin très tôt. Je n’arrive pas à me rendormir, trop de choses dans la tête.

La première, c’est cette grève qui arrive. Oui, il y a grève le 7 mars, les travailleurs sociaux sont sensés aller dans la rue et manifester. Pourquoi ? Pour tout cela :

1) En grève contre les coupes budgétaires

2) En grève contre le « social business »

3) En grève contre la volonté de NEXEM de démanteler les conventions collectives

4) En grève contre la casse des métiers

5) En grève pour nos conditions de travail

6) En grève pour nos salaires

Alors j’entends déjà les râleurs de première ligne dire que nous sommes des feignasses. A ceux là je répondrai : venez faire notre travail. Juste une semaine. Et vous comprendrez pourquoi on trouve inadmissible que notre salaire soit en dessous du salaire médian français. Pourquoi on s’offusque de nos conditions de travail ; horaires décalés et parfois 50h de travail par semaine, sous effectif donc impossibilité de mettre en place des projet éducatifs, locaux délabrés, peu de moyens pour mettre en place une activité (parce que l’éduc Mc Gyver, ça va 5 minutes), regard de l’autre lorsque nous allons faire une sortie, réglementations à la con … bref, choississez votre poison.

Pour ceux qui se demandent ce qu’est la casse des métiers, sachez qu’il est de plus en plus envisagé que nous ne soyons plus vraiment spécialisés, et que nos diplômes soient uniformisés. C’est à dire qu’une future Assistante Sociale et une future Educatrice de Jeunes Enfants suivront le même parcours pendant 2 ans, et qu’ensuite en 3ème année, on leur donnera la possibilité de se spécialiser. 1 an pour apprendre kes bases théoriques d’un métier que l’on met parfois toute une vie à appréhender tellement il est multifaces. Pour ceux qui ne se rendent toujours pas compte, c’est un peu le même principe qu’une licence, avec deux ans de tronc communs et un an de spécialisation. Alors cela pourrait être une bonne idée. Le soucis, c’est qu’on propose un tronc commun à deux métiers qui ont des vocations totalement différentes. Par analogie, on pourrait dire que pour devenir Géologue, on ferait d’abord deux ans de licence autour de la science en général, abordant des thèmes qui n’ont bien souvent rien à voir avec la géologie, et qu’en troisième année, on vous autorise à étudier ce qui vous intéresse. Et vous savez pourquoi cette décision d’uniformsation est envisagée ? PARCE QU’IL Y A TROP D’EDUCATEURS !!! Et pourtant, quand je vois le nombre de personnes en dificultés sociales et le manque de places dans les établissements pour les accueillir et les accompagner, je constate qu’on prend le problème complètement à l’envers, et y’en a ras le bol de se faire traiter comme des crétins. Si vraiment il y a trop d’éducs, ben faites une sélection plus drastiques. On manque cruellement d’orthophoniste et pourquoi ? Parce que l’accès à la formation est extrêmement difficile (je sais de quoi je parle, puisqu’il s’agit pour moi de mon projet professionnel à long terme). En bref, on nous prend pour des cons. Quant au « social business », il me semble que le terme parle de lui même. Depuis quand on doit faire du choffre en acompagnant des personnes qui souffrent ????

Je suis d’autant plus agacée que la grève a été lancée par les syndicats mais concrètement, qui en a entendu parler dans les médias ? Personne. En revanche, j’ai vu que le service publique de certaines municipalités allaient se greffer à tout cela. Alors évidemment, on a tous des revendications, parfois justes, parfois un peu utopiques, parfois totalement à côté de la plaque. Mais si jamais quelqu’un parle de la grève dans les jours à venir, c’est pour mettre en lumière le service publique, parce que les gens ils vont tous être emmerdés de pas pouvoir mettre leur gosse à la crêche ou à la cantine. Oui, c’est vrai c’est chiant pour eux.

Mais sachez que si TOUS les travailleurs sociaux décidaient de se mettre en grève, là vous seriez vraiment dans la merde. Là vous vous diriez « ha ouais, en fais, y’a vraiment des travailleurs de l’ombre, y’a plein de gens qui se démènent pour s’occuper de ce dont on n’avait aucune idée ». Rien que dans l’institution où je travaille (et je ne parle que de l’institution, pas de l’association), il y a 53 gamins. Si nous décidons tous de ne pas aller travailler, c’est pas juste 53 gamins sans cantines. C’est 53 gosses en situation de handicap plus ou moins importante, dont les parents travaillent, qui devront rester chez eux toute la journée. Maintenant, je mets cela à grance échelle, et SEULEMENT POUR LE HANDICAP :
En France nous avons, environ ;

  • 7 millions présentant un déficit auditif (11%); (source : Centre de recherche sur l’aspect psychosocial du handicap –CTNERHI, août 2010)
  • 1,7 million présentant un déficit visuel (3%); (source : Drees. Études et résultats n°416 (pdf, 451 Ko), 2005)
  • 7,7 millions présentant un handicap moteur (13,5%);
  • 2,8 millions présentant un handicap psychique (4,9%);
  • 1,5 million présentant un handicap intellectuel (2,6%).

Ces chiffres datent de quelques années, sachez qu’il augmentent. Notamment sur le plan psychique et intellectuel. Allez, et maintenant, on ajoute les jeunes placés par la protection de l’enfance. Le chiffre est aux alentours de 300 000. Je n’ai pas de données exactes pour 2017, mais en 2014, nous étions à 290 000 mineurs et 25 000 jeunes majeurs. Et encore une fois, tout cela est en constante augmentation. Alors je vous entends déjà dans les commentaires, me parler des placements abusifs etc … oui JE SAIS, ça existe. Mais si l’on prend les chiffres de façon tout à fait neutre, ces placements abusifs ne sont qu’une goutte d’eau. Je ne les cautionne pas, et ils montrent encore une fois la carence de notre système social, mais je veux juste vous dire que là, ce n’est pas ce débat là que je veux engager. Je le ferais peut être dans un futur article, parce que certains pensent me connaitre ‘en ayant simplement lu mon post « je suis une putain d’éduc » .

Revenons en aux chiffres. Je sais, cela paraît abberant de parler du social comme ça, mais je veux vous faire comprendre quelque chose de simple que je dirais dans ma conclusion.
Le nombre d’adultesen situation de handicap :

300 000personnes de 18 à 59 ans déclarent une limitation intellectuelle (difficultés pour apprendre, raisonner et communiquer)
740 000 personnes de 18 à 59 ans déclarent une limitation auditive
1 146 000 personnes de 18 à 59 ans déclarent se voir reprocher d’être trop agressives, impulsives et de se mettre en danger par leur comportement
(source CNSA)
Je rajoute pour le fun une estimation du nombre de SDF, nombre qui a augmenté de 50% en 10 ans. en 2016 : 3.5 millions mal logés ou sans logements, 10 milions concernés par des précarités de logement.
Maintenant je vous laisse prendre votre calculatrice. Faites l’addition. Allez y.

Pour ceux qui ont la flemme, je vous le dit, ça fait environ 36 milions de personnes en France qui ont au moins un problème touchant au social. Vous avez bien lu. 36 millions de personnes. Plus de la moitié de la population. Alors bien sûr, tous ne sont pas concernés par une prise en charge éducative pure, mais en tous cas, tous ont recours, à un moment ou un autre à  un travailleur social. encore une fois, je sais de quoi je parle car je fais partie de ces 36 millions, et j’ai eu la confirmation de la recevabilité de mon handicap pas plus tard qu’hier !

Maintenant, imaginez que tous les travailleurs sociaux soient dans la rue, et n’aillent pas pointer ce mardi 7 mars. Je vous pose la question ; que deviennent tous ces gens ? Bien entendu, là il ne s’agirait pas de 36 millions mis en difficultés, mais quand on calcule juste les placements par l’ASE, et les prises en charge MDPH, on arrive déjà à un joli petit chiffre … La voilà ma conclusion ; je reviens à des statistiques, des nombres, à du concret, parce que j’ai déjà expliqué ce que faisais un éducateur, et de façon plus générale, à quoi sont voués les travailleurs sociaux. Peut être que ces chiffres vous feront réagir. Mais moi, je déplore que les médias s’en contre fichent, et nous laissent nous débrouiller avec tout ce « petit peuple » que nous portons à bout de bras. Alors à tous ceux qui disent que je me plains pour pas grand chose, je vous laisse simplement imaginer ce que serait la France sans les travailleurs sociaux.
A bon entendeur, mobilisez vous bon sang … Et parlez en autour de vous, encore et encore et encore.  Enfin, à tous les rageux, à tous ceux qui trouvent que j’exagère, que je suis passéiste (à 30 ans, passéiste), que je manque d’expérience (oui, c’est vrai 10 ans éducatrice c’est pas grand chose), que je suis sous formée (après tout je n’ai que mon diplôme d’etat d’educatrice spécialisée et une licence administration écomnomie et sociale, que j’ai passé en même temps), que je me plains pour rien … venez, on échange. Je vous prête mon métier (mon métier que j’aime vraiment profondément), et je vous laisse vous débrouiller. Avec la paye qui va avec. On en reparle après ok ?
5 mars, 2017 à 5:39


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