Oui, mais … Spécialisée en quoi ?

Mon groupe éducatif cette année il déchire.

Fin juin, on refait la composition des groupes. J’avais demandé à garder le même poste, et j’avais demandé un maintien de tous les jeunes avec moi. Bien sûr c’est impossible, y’a trop de paramètre à prendre en compte. Cela étant, j’ai pu quand même négocier pas mal de choses, sans rien imposer non plus, mais en y mettant un réel bon sens.

Du coup j’ai démarré l’année avec un seul changement, et encore c’est un jeune que j’avais déjà eu il y a deux ans qui revient avec moi, donc je le connais, et en plus comme depuis le temps il a bien avancé, c’est plutôt plaisant, même s’il reste encore en grande difficulté de part sa pathologie.

Et en fait, en 3 semaines j’ai réalisé que mon groupe, c’était vraiment de la bombe ! Ils sont tous sympas, ont tous un potentiel différent du coup j’a plein de choses que je peux leur proposer. Ils ont la pêche, le sourire, ils ont les habitudes bien ancrées avec moi et savent comment cela doit se passer. Un lien affectif s’est formé, cette semaine je me suis arrêté deux jours par la force des choses. Quand je suis revenue, on m’a dit que deux des jeunes avaient été insupportables. Quand ils m’ont vue, ils se sont posés et l’un deux m’a réclamé un bisou parce que je lui avais manqué. Trop mignon.

J’ai pourtant quelques cas difficiles sur mon groupe, dont deux atteints de psychose assez importante. Mais ils sont supers attachants, et surtout, lorsque l’on a trouvé le levier pour que cela se passe bien, on ne rencontre plus aucun soucis. Une petite, que j’avais toujours voulu avoir sur mon groupe parce que dés le premier regard j’avais senti un courant passer entre nous, était avec moi qu’à la fin de l’année dernière (environ 2 mois). J’ai demandé le maintien parce que je la trouve incroyable, parce qu’elle m’a montré un petit panel de compétences et que je sais qu’il se cache derrière de très belles choses. Parce que quand j’allais à la piscine et qu’elle ne pouvait pas, quand je revenais, elle se jetait sur moi, m’enserrait très fort, et prenait ensuite mon foulard pour en sentir l’odeur. Parce qu’elle disait toutes les 5 secondes « t’as pété ? » et qu’elle a arrêté. Parce que j’obtiens de plus en plus de s’il te plait, de merci, de rires, sourires, complicité, et que je la vois de moins en moins perdre pied et retomber dans ses délires psychotiques. Parce qu’il suffit que je prononce son prénom en faisant les gros yeux pour qu’elle arrête de faire des bêtises. Parce qu’elle me fait rire et qu’on fait la danse du ventre ensemble. Parce que quand je lui demande de travailler, elle fait avec application et ne m’interpelle pas toutes les 3 secondes pour que je fasse à sa place, elle veut me montrer qu’elle peut faire seule.

Celui que j’ai récupéré après une année chez un autre éduc, c’est maintenant que du plaisir, malgré quelques caprices de sa part. Je l’avais eu alors qu’il venait d’arriver. Toute l’année, j’avais travaillé avec lui sur le fait de se sociabiliser. Mon colègue qui a pris le relais est resté dans cette continuité, et très vite il a pu l’aider à s’autonomiser. Alors s’il n’a pas le langage, et qu’il a des compétences assez pauvres, on essaye de jouer sur son niveau de compréhension plutôt bon pour travailler du mieux possible. Je reste inquiète quant à son orientation, parce qu’il ne pourrait intégrer un IMPro, il est trop en difficulté malgré une volonté de faire/fer. En tout cas, le voir joyeux, le voir inquiet quand à ma béquille, lui proposer de marcher avec pour voir ce que cela fait et l’entendre éclater de rire en le faisant, voir que de plus en plus de gens souhaitent travailler avec lui, ce n’est que du bonheur.

J’ai mes deux ptites atteintes de diabète. Je me suis proposée spontanément de les prendre avec moi ensemble sur le groupe, d’un point de vue strictement matériel, c’est bien plus simple. Elles sont très différentes toutes les deux, mais elles sont aussi très attachantes à leur façon. L’une a  besoin de me raconter toute sa vie, et ses parents m’ont dit « olala, depuis qu’elle est avec vous, elle n’a plus que votre prénom à la bouche. On n’en peux plus ! ». Comme elle a un bon niveau de langage, et qu’en plus elle a un don en chant, j’adore la taquiner et échanger avec elle. Et surtout, on a créé un contrat pour la prise en charge de son diabète, car elle n’arrive pas à prendre ses responsabilités tant elle manque d’assurance, un contrat où elle s’engage à faire les choses calmement et dans l’ordre sans s’éparpiller ou attendre que l’infirmière fasse tout à sa place. Visiblement, pour l’instant cela fonctionne bien. On est passé de 40 minutes de soin (goûter compris) à environ 15 minutes (toujours goûter compris). Je la félicite régulièrement de tant de bonne volonté. L’autre jeune a aussi un contrat qu’elle a très bien compris. Elle est plus en difficulté, mais a saisi qu’il était grand temps d’aller de l’avant. C’est pareil, on a sensiblement réduit le temps de ses soins et je lui ai fait remarquer tous les bénéfices qu’elle pouvait en tirer. Elle semble vraiment contente de nous montrer que c’est une grande. Et puis elle me fait beaucoup rire avec sa spontanéité.

J’ai aussi mon petit Brandon (les prénoms sont volontairement changés). Il a failli changer de groupe mais ouf, je l’ai gardé avec moi. L’année dernière j’ai récupéré sur mon groupe un jeune en souffrance, totalement éclaté psychiquement. J’ignore ce qu’il s’est passé en cours d’année dans sa tête, toujours est il qu’aujourd’hui, il est devenu un enfant relativement calme, plein d’humour, avec une volonté de faire les choses correctement sans se précipiter. Mieux, en scolaire, il a dit « cette année, je veux apprendre les lettres, les chiffres pour lire et compter ». L’année dernière seul le jeu comptait. Et surtout, il est porteur de beaucoup d’initiatives pertinentes. Tout le monde me dit qu’il semble avoir perdu du poids (il est en obésité morbide). On a vérifié ; au contraire, il a pris 3 kg, mais il se tient bien plus droit qu’avant, où il était constamment recroquevillé. Il donne maintenant l’illusion d’avoir maigri, mais non, il s’agit juste qu’il commence à prendre confiance en lui, et cela grâce à tous les ateliers éducatifs et thérapeutiques que l’on a pu lui proposer. Lors du bilan d’année avec sa maman, je ne savais que dire si ce n’est à quel point j’étais fière de lui. Elle m’a dit qu’elle était aussi ravie de tous ces changements.

Le petit Tessim, grand timide, qui commence de plus en plus à parler et à s’ouvrir. Il était indispensable qu’il reste avec moi cette année, parce qu’il venait d’arriver dans l’établissement et qu’il lui a fallu du temps pour s’ouvrir et montrer de quoi il était capable. Aujourd’hui, je l’entends, rire, sourire, prendre doucement confiance, et pas seulement avec moi. Je redoute toujours l’exclusitivé dans une relation mais je constate qu’avec lui, cela n’est pas le cas.

En enfin Lamy. Il est arrivé en cours d’année, à mi temps. Il a très vite exprimé le désir de venir tout le temps à l’EMP. Quand il est arrivé je ne pouvais l’approcher tant il était inquiet et tendu. En sport par exemple, il m’arrive de corriger les postures des jeunes, je suis bien obligée de les toucher, mais leur demande toujours avant. Au départ, il me disait oui, de façon très automatisée, mais je sentais que ce oui était une manière de me satisfaire car le moindre frôlement lui provoquait une hypertonie tout simplement impressionnante. Fermé et imperméable aux changements à son arrivée, vendredi dernier, il m’a vue faire l’andouille avec une petite (je faisais des grimaces), je l’ai entendu éclater de rire et il m’a alors tiré la langue. Mieux encore, nous avons compris qu’il avait besoin que l’on prenne son avis en compte, mais que si nous lui expliquions certaines de nos décisions de façon claire, il les acceptait. Le mardi il a un rendez vous extérieur vers 15h 15 et il souhaitait revenir après. La première fois j’ai dit oui, pour voir si cela valait le coup. Il est revenu 5 minutes avant la sortie, ce qui n’avait aucun sens. La semaine dernière, nous avons soulevé le problème devant lui avec sa mère, en lui disant que cela ne valait pas le coup de revenir et qu’en plus cela fatiguait maman. Il s’est écroulé, s’est mis à pleurer en disant « mais je suis venu ici en petit car, je dois repartir en petit car ». Immédiatement, j’ai refais son emploi du temps, en rajoutant les moyens de transport qu’il utilisait. J’ai tout repris avec lui en lui expliquant, avec bien sûr un pincement d’inquiétude en arrivant au mardi. Mais au final il a dit « oui, d’accord, le mardi je rentre avec maman ». Cet enfant m’emmène de surprise en surprise.

 

Bon là bien sûr je ne vous raconte que les jolis moments hein. Des fois ils me rendent dingues (surtout depuis qu’ils se sont pris de passion pour le jeu « SIMON » qui fait un bruit à me faire péter une durite, et qu’ils ont compris comment remettre le son même s’il je le coupe. Les petits malins. Mais avouez … il envoie pas du pâté ce groupe éducatif.

Je vais adorer mon année.

 

18 septembre, 2016 à 3:14


2 Commentaires pour “Mon groupe éducatif cette année il déchire.”


  1. Lisa écrit:

    Coucou!
    J’ai lu quelques uns de tes articles et j’adore..! Je suis entrain de faire mes études pour faire ME, en fait je voulais te demander dans quelle structure tu travailles ? Il s’agit d’un IME ?
    Je te souhaite une bonne soirée et te remercie d’écrire de si beaux articles

  2. Eiwhaz écrit:

    Je travaille dans un EMP. On accueille les jeunes de 6 à 17 ans grand max pour les préparer aux impros (même si quand je vois les nouveaux arrivants je suis dépitée et dubitative quant à ces orientations …). Merci pour ton commentaire et courage pour la suite !


Laisser un commentaire