Oui, mais … Spécialisée en quoi ?

Cher Président

Monsieur Macron, Président de la 5ème République

Passons rapidement sur votre légitimité au pouvoir ma foi tout à fait contestable tant les votes ont été fait par dépit et tant le système démocratique n’est en aucun cas respecté puisque l’on n’écoute pas les voix de ceux qui se montrent mécontents du fonctionnement de l’électorat à l’heure actuelle. Le vote blanc aurait été considéré à sa juste valeur, nous aurions refait des élections, et n’en serions pas aujourd’hui à se mobiliser de manière générale contre votre gouvernement ce mardi 12 septembre 2017.

Je vous cite, vous ne « céderez rien ni aux fainéants, ni aux cyniques, ni aux extrêmes ». Bien sûr, face à l’indignation générée par vos propos, vous vous corrigez en expliquant que le terme de fainéant était adressé à la classe politique qui n’aurait pas agit depuis 15 ans. Au-delà du profond manque de respect lié à vos propos, même si je ne peux pas vous donner entièrement tort, je voudrais vous rappeler que depuis le début de votre mandat, nous vous avons plus vu défrayer les tabloïds et vous amuser un peu partout dans le monde en pratiquant quelques diverses activités originales qui font partie du folklore des pays ou région que vous avez pu visiter que travailler pour une France meilleure.
Loin de moi l’idée de nier la difficulté d’assumer la responsabilité d’un pays. Mais après tout, il me semble que vous l’avez choisi, d’autant plus en retournant votre veste face à vos anciens soutien et créant votre propre mouvement « En Marche ». En Marche vers quoi exactement ? Pour l’instant droit dans le mur.

Prenons la rentrée scolaire. Vous ne devez pas trop aimer la caste sociale et pédagogique … je suis une éducatrice spécialisée qui constate que non seulement nous nous faisons doucement mais sûrement phagocyter par le monde de l’entreprise, nous qui travaillons avant tout avec l’humain, aujourd’hui on nous parle chiffres, de productivité etc … cela dit comment vous en vouloir, vous qui n’avez probablement aucune idée de notre vie professionnelle au quotidien, nous qui sommes relégués au bas de toutes les listes de préoccupations … quant au pédagogique que dire si ce n’est que tous les ans, c’est un peu plus la débâcle. Fréquentant un certain nombre de professeurs des écoles, parfois de façon très proche, je ne peux constater qu’une chose : chaque année nous pensons que cela ne peut être pire et chaque année malheureusement nous nous trompons. Que dire des professeurs des écoles qui ont une classe différente par jour dans une école différente pendant toute la semaine par exemple … visiblement nous n’en disons pas grand-chose, préférant débattre sur l’intérêt de leur apprendre obligatoirement la Marseillaise ou non.

Parlons rapidement du pouvoir d’achat. 1 euro devant valoir 6, 55957 francs. Aujourd’hui, 1 euro vaut 1 franc. Ai-je besoin de plus développer ? Quelles sont vos idées pour aller En Marche vers un pouvoir d’achat plus important ? Peut être êtes vous comme Mr Copé, à savoir déconnecté de la réalité des français. Pour votre information, j’ai 30 ans, et j’ai connu la baguette à 3 francs. Les 5 croissants à 5 francs. Aujourd’hui la baguette vaut minimum 6 francs. Les 5 croissants 13 francs. Tout cela, nous l’avons laissé faire, laissé passer. Pensant qu’une monnaie unique pourrait faciliter les échanges au sein de la communauté Européenne. Après 17 ans de pratique, force est de constater que la situation s’est empirée. Je vous pose la question : que comptez vous proposer ?

De nombreux sujets méritent que l’on s’y penche quelques minutes. Comment par exemple un salarié en cdi touchant le SMIC n’a pas la possibilité de se louer un appartement ? Vous allez me répondre que vous avez demandé aux propriétaires de baisser leur loyer de 5 euros. Avez-vous conscience de la bêtise de votre proposition ? Parce que c’est pas ces 5 euros de loyer qu’il faut changer, mais tout le système : du dépôt de garantie qui fait au locataire payer un double loyer dès l’emménagement (je viens d’y passer, je sais donc à quel point cela peut être difficile) aux conditions requises pour avoir un dossier valable (sans parler des discriminations faites comme si de rien n’était, comme dans le monde du travail d’ailleurs).
Bref comme d’habitude vous vous focalisez sur quelques problèmes de société mais comme vous ne semblez pas connaître la réalité du terrain (car ce n’est pas la visite d’une usine ou d’une école pendant votre campagne qui a pu vous confronter aux difficultés quotidiennes) vos solutions sont mauvaises, inadaptées et parfois à la limite de l’insultant.
Je ne souhaite pas écrire 20 pages sur tout le quotidien des français. Je veux juste dire que si les gens viennent manifester ce n’est pas pour le plaisir : je vous rappelle que nous perdons une journée de salaire. Oh peut être est ce une bagatelle pour vous. Pas pour nous, pauvres citoyens (au sens propre comme au figuré) qui luttons pour terminer le mois et voyons avec dépit notre compte vide alors que le mois vient à peine de débuter …
Plutôt que de vous positionner de façon critique face à cette grève générale, tâchez plutôt de nous écouter. Cela vous changera un peu et qui sait, cela permettra peut être de trouver des solutions adaptées qui répondent un peu plus à nos difficultés.

A bon entendeur. Rendez vous le mardi 12 septembre 2017.

Une citoyenne du monde

9 septembre, 2017 à 7:51 | Commentaires (3) | Permalien


J’avais pas dit « plus jamais déléguée » ??

Si je l’avais dit. Mais je parlais déléguée de promo. Là c’est autre chose, je viens d’être élue déléguée du personnel.

On a eu beaucoup de nouveaux arrivants ces deux dernières années, et je suis généralement quelqu’un de plutôt bienveillant dans mon accueil. Même si j’ai la sensation que ça ne va pas forcément coller avec la personne, je m’efforce de toujours rester aimable et disponible, pour aider la personne qui arrive à trouver ses marques. Visiblement, ça a été très vite repéré.
Il a fallu que nous fassions de nouvelles élections de DP, et là, une, deux, trois personnes sont venues me voir « présente toi ». Heu … ouais mais pourquoi « parce que tu sauras faire et qu’il faut un coup de jeune dans tout ça ». Bon. J’ai longtemps réfléchi à l’idée. Me suis rendue compte qu’effectivement, tous les nouveaux venaient me voir lorsqu’ils avaient une question. Que lorsque conflit il y avait, j’étais toujours au courant, parce que je ne prends pas parti et que les gens ont généralement facilité à m’en parler. Alors je me suis renseignée sur le rôle du DP, eu un syndicat en contact pour en parler longuement. Et j’ai compris que oui, ce rôle je pouvais l’endosser. Cela étant, je n’était pas super optimiste quant aux résultats, certains me voyant encore comme le pauvre petit poussin qui sort de sa coquille et qui n’y connait rien. Mais il y avait vraiment un challenge dans ce mandat, car j’étais en face de ce que je peux appeler « l’ancienne école », et c’était intéressant finalement de savoir quelle orientation souhaitait prendre cette équipe qui commence à se construire.

De toutes évidences, elle voulait du renouveau, parce que j’ai gagné de très loin et que je ne m’y attendais vraiment pas (j’avais tablé sur une quasi égalité).

Du coup, ben me voilà DP titulaire. Alors que j’avais dit que c’était dur. Que je l’ai déjà vécu et encore c’était que dans le cas du monde étudiant. Là c’est la vraie vie. Est ce que je suis prête à assumer cette responsabilité ? Beaucoup ont pensé que oui. Alors évidemment, beaucoup des réunions tombent sur mon jour de congé (EVIDEMMENT …), mais bon, je vois le bon côté ; au moins, j’aurais des jours à poser.

Si je fais cet article, ce n’est pas pour me la raconter, mais plutôt pour vous demander conseil, si vous avez été DP, et si vous avez vécu des situations délicates, je veux bien que vous me partagiez votre expérience, que j’évite à tout le monde d’aller droit dans le mur. Avoir des responsabilités est une chose, savoir les assumer correctement en est une autre et j’espère que je serais à la hauteur. En attendant, vraiment, si vous avec des expériences concrètes de terrain, je suis preneuse.

Merci :)

 

12 mars, 2017 à 21:16 | Commentaires (4) | Permalien


Le 7 mars : Mobilisez vous !!!!

Nous sommes dimanche matin très tôt. Je n’arrive pas à me rendormir, trop de choses dans la tête.

La première, c’est cette grève qui arrive. Oui, il y a grève le 7 mars, les travailleurs sociaux sont sensés aller dans la rue et manifester. Pourquoi ? Pour tout cela :

1) En grève contre les coupes budgétaires

2) En grève contre le « social business »

3) En grève contre la volonté de NEXEM de démanteler les conventions collectives

4) En grève contre la casse des métiers

5) En grève pour nos conditions de travail

6) En grève pour nos salaires

Alors j’entends déjà les râleurs de première ligne dire que nous sommes des feignasses. A ceux là je répondrai : venez faire notre travail. Juste une semaine. Et vous comprendrez pourquoi on trouve inadmissible que notre salaire soit en dessous du salaire médian français. Pourquoi on s’offusque de nos conditions de travail ; horaires décalés et parfois 50h de travail par semaine, sous effectif donc impossibilité de mettre en place des projet éducatifs, locaux délabrés, peu de moyens pour mettre en place une activité (parce que l’éduc Mc Gyver, ça va 5 minutes), regard de l’autre lorsque nous allons faire une sortie, réglementations à la con … bref, choississez votre poison.

Pour ceux qui se demandent ce qu’est la casse des métiers, sachez qu’il est de plus en plus envisagé que nous ne soyons plus vraiment spécialisés, et que nos diplômes soient uniformisés. C’est à dire qu’une future Assistante Sociale et une future Educatrice de Jeunes Enfants suivront le même parcours pendant 2 ans, et qu’ensuite en 3ème année, on leur donnera la possibilité de se spécialiser. 1 an pour apprendre kes bases théoriques d’un métier que l’on met parfois toute une vie à appréhender tellement il est multifaces. Pour ceux qui ne se rendent toujours pas compte, c’est un peu le même principe qu’une licence, avec deux ans de tronc communs et un an de spécialisation. Alors cela pourrait être une bonne idée. Le soucis, c’est qu’on propose un tronc commun à deux métiers qui ont des vocations totalement différentes. Par analogie, on pourrait dire que pour devenir Géologue, on ferait d’abord deux ans de licence autour de la science en général, abordant des thèmes qui n’ont bien souvent rien à voir avec la géologie, et qu’en troisième année, on vous autorise à étudier ce qui vous intéresse. Et vous savez pourquoi cette décision d’uniformsation est envisagée ? PARCE QU’IL Y A TROP D’EDUCATEURS !!! Et pourtant, quand je vois le nombre de personnes en dificultés sociales et le manque de places dans les établissements pour les accueillir et les accompagner, je constate qu’on prend le problème complètement à l’envers, et y’en a ras le bol de se faire traiter comme des crétins. Si vraiment il y a trop d’éducs, ben faites une sélection plus drastiques. On manque cruellement d’orthophoniste et pourquoi ? Parce que l’accès à la formation est extrêmement difficile (je sais de quoi je parle, puisqu’il s’agit pour moi de mon projet professionnel à long terme). En bref, on nous prend pour des cons. Quant au « social business », il me semble que le terme parle de lui même. Depuis quand on doit faire du choffre en acompagnant des personnes qui souffrent ????

Je suis d’autant plus agacée que la grève a été lancée par les syndicats mais concrètement, qui en a entendu parler dans les médias ? Personne. En revanche, j’ai vu que le service publique de certaines municipalités allaient se greffer à tout cela. Alors évidemment, on a tous des revendications, parfois justes, parfois un peu utopiques, parfois totalement à côté de la plaque. Mais si jamais quelqu’un parle de la grève dans les jours à venir, c’est pour mettre en lumière le service publique, parce que les gens ils vont tous être emmerdés de pas pouvoir mettre leur gosse à la crêche ou à la cantine. Oui, c’est vrai c’est chiant pour eux.

Mais sachez que si TOUS les travailleurs sociaux décidaient de se mettre en grève, là vous seriez vraiment dans la merde. Là vous vous diriez « ha ouais, en fais, y’a vraiment des travailleurs de l’ombre, y’a plein de gens qui se démènent pour s’occuper de ce dont on n’avait aucune idée ». Rien que dans l’institution où je travaille (et je ne parle que de l’institution, pas de l’association), il y a 53 gamins. Si nous décidons tous de ne pas aller travailler, c’est pas juste 53 gamins sans cantines. C’est 53 gosses en situation de handicap plus ou moins importante, dont les parents travaillent, qui devront rester chez eux toute la journée. Maintenant, je mets cela à grance échelle, et SEULEMENT POUR LE HANDICAP :
En France nous avons, environ ;

  • 7 millions présentant un déficit auditif (11%); (source : Centre de recherche sur l’aspect psychosocial du handicap –CTNERHI, août 2010)
  • 1,7 million présentant un déficit visuel (3%); (source : Drees. Études et résultats n°416 (pdf, 451 Ko), 2005)
  • 7,7 millions présentant un handicap moteur (13,5%);
  • 2,8 millions présentant un handicap psychique (4,9%);
  • 1,5 million présentant un handicap intellectuel (2,6%).

Ces chiffres datent de quelques années, sachez qu’il augmentent. Notamment sur le plan psychique et intellectuel. Allez, et maintenant, on ajoute les jeunes placés par la protection de l’enfance. Le chiffre est aux alentours de 300 000. Je n’ai pas de données exactes pour 2017, mais en 2014, nous étions à 290 000 mineurs et 25 000 jeunes majeurs. Et encore une fois, tout cela est en constante augmentation. Alors je vous entends déjà dans les commentaires, me parler des placements abusifs etc … oui JE SAIS, ça existe. Mais si l’on prend les chiffres de façon tout à fait neutre, ces placements abusifs ne sont qu’une goutte d’eau. Je ne les cautionne pas, et ils montrent encore une fois la carence de notre système social, mais je veux juste vous dire que là, ce n’est pas ce débat là que je veux engager. Je le ferais peut être dans un futur article, parce que certains pensent me connaitre ‘en ayant simplement lu mon post « je suis une putain d’éduc » .

Revenons en aux chiffres. Je sais, cela paraît abberant de parler du social comme ça, mais je veux vous faire comprendre quelque chose de simple que je dirais dans ma conclusion.
Le nombre d’adultesen situation de handicap :

300 000personnes de 18 à 59 ans déclarent une limitation intellectuelle (difficultés pour apprendre, raisonner et communiquer)
740 000 personnes de 18 à 59 ans déclarent une limitation auditive
1 146 000 personnes de 18 à 59 ans déclarent se voir reprocher d’être trop agressives, impulsives et de se mettre en danger par leur comportement
(source CNSA)
Je rajoute pour le fun une estimation du nombre de SDF, nombre qui a augmenté de 50% en 10 ans. en 2016 : 3.5 millions mal logés ou sans logements, 10 milions concernés par des précarités de logement.
Maintenant je vous laisse prendre votre calculatrice. Faites l’addition. Allez y.

Pour ceux qui ont la flemme, je vous le dit, ça fait environ 36 milions de personnes en France qui ont au moins un problème touchant au social. Vous avez bien lu. 36 millions de personnes. Plus de la moitié de la population. Alors bien sûr, tous ne sont pas concernés par une prise en charge éducative pure, mais en tous cas, tous ont recours, à un moment ou un autre à  un travailleur social. encore une fois, je sais de quoi je parle car je fais partie de ces 36 millions, et j’ai eu la confirmation de la recevabilité de mon handicap pas plus tard qu’hier !

Maintenant, imaginez que tous les travailleurs sociaux soient dans la rue, et n’aillent pas pointer ce mardi 7 mars. Je vous pose la question ; que deviennent tous ces gens ? Bien entendu, là il ne s’agirait pas de 36 millions mis en difficultés, mais quand on calcule juste les placements par l’ASE, et les prises en charge MDPH, on arrive déjà à un joli petit chiffre … La voilà ma conclusion ; je reviens à des statistiques, des nombres, à du concret, parce que j’ai déjà expliqué ce que faisais un éducateur, et de façon plus générale, à quoi sont voués les travailleurs sociaux. Peut être que ces chiffres vous feront réagir. Mais moi, je déplore que les médias s’en contre fichent, et nous laissent nous débrouiller avec tout ce « petit peuple » que nous portons à bout de bras. Alors à tous ceux qui disent que je me plains pour pas grand chose, je vous laisse simplement imaginer ce que serait la France sans les travailleurs sociaux.
A bon entendeur, mobilisez vous bon sang … Et parlez en autour de vous, encore et encore et encore.  Enfin, à tous les rageux, à tous ceux qui trouvent que j’exagère, que je suis passéiste (à 30 ans, passéiste), que je manque d’expérience (oui, c’est vrai 10 ans éducatrice c’est pas grand chose), que je suis sous formée (après tout je n’ai que mon diplôme d’etat d’educatrice spécialisée et une licence administration écomnomie et sociale, que j’ai passé en même temps), que je me plains pour rien … venez, on échange. Je vous prête mon métier (mon métier que j’aime vraiment profondément), et je vous laisse vous débrouiller. Avec la paye qui va avec. On en reparle après ok ?
5 mars, 2017 à 5:39 | Commentaires (0) | Permalien


AUTISME

Pourquoi ? C’est tombé sur moi. Pris de panique, je crie, je hurle, et … je tombe. Je tombe aspiré par ce vide immense provoqué par l’absence de défenses qui pourraient panser mes blessures si denses.

Car oui, j’ai mal. J’ai mal de moi. Et j’ai mal de toi. Oui toi là qui me regarde avec ces yeux tristes … et bien quoi ? Je suis comme tout le monde non ? … non hein ?
Les enfants de la lune qu’ils disaient. Tu parles, la lune, j’y suis souvent. Enfin d’après toi surtout. Je suis partout si je t’écoutes. Dans la lune. A l’Ouest. A côté de mes pompes. Dans les choux. Dans mes pensées. Enfin … je te vois ricaner parfois quand tu dis pensées. Imaginant sans doutes que mon esprit, détruit, n’est pas fait pour penser. Mais qu’est ce que tu en sais toi ? Je suis juste différent? Maiss jamais mon Moi ne te mens, et tu verras souvent mon insconscient frapper à ta porte avant de te porter ce coup au coeur. Et quel coup. Si fort que ta raison se tord. au point de parler de moi, tandis que je suis là, mais que tu crois que personne ne me voit.

On me dit coquille. Remplie mais si fragile. Pleine … mais pleine de quoi ? De cris, de douleur, de rires et de fabulations. Pleine d’imagination. Ma réalité a tout d’une étrangeté elle est tant déformée que jamais tu ne pourras l’attraper. Je suis autre. Je suis l’altérité. Mais moi au moins, je fais ce que je veux. J’agis. Même si ce n’est jamais ce que tu veux, même si c’est rarement bien. A vrai dire, moi même je n’y comprends plus rien : « Grandis. Tiens toi bien. Parle. On dirait un bébé. Calme toi. Tais toi. Arrête. Tu te prends pour le chef ? Pourquoi tu fais ça ? ».
Oui c’est vrai, pourquoi … T’es un peu con parfois tu sais. C’est si facile de comprendre, je veux juste te montre que j’existe. Parce que pour toi, pour vous tous, je suis … mais je ne suis jamais vraiment là.

Abimées. abimées mes pensées. plongées dans ces abîmes. Abime mon coeur qui parfois ne t’atteint pas. Abimée mon âme parce qu’avec l’écho de la tienne, jamais elle ne raisonne. Abimé mon esprit guidé par l’insctinct plus que par la raison. Parce que la raison c’est toi. Et ce que je dois faire c’est écouter tes oraisons. Sans raisons. Sans raisons autres que parce qu’ainsi tu l’as décidé. Tu as décrété que mon âme était décédé.

Alors pourquoi  moi ? Je le vois bien que tu me tends la main. Je l’attrape. Je la prends. Mais … en fait j’ai toujours rien pigé …

 

Ce texte est bien de moi, écrit un soir, alors que j’essayais de penser à ce que pouvais ressentir un enfant autiste parfois, face à tout ce que nous TRAVAILLEURS SOCIAUX (plus de jalours ES ME AMP EJE et j’en passe), faisons pour eux. Ne manquons nous pas parfois d’humanité ?

12 février, 2017 à 22:37 | Commentaires (4) | Permalien


J’ai plus d’mots …

Embêtant pour quelqu’un qui écrit non ? En même temps, ce qui s’est passé juste entre ces deux derniers jours m’a laissé sans voix (et pour ceux qui me connaissent dans la vraie, il savent que me laisser sans voix c’est rare. On a plutôt tendance à me dire « tu parles trop » …). Parce que le nombre de visite, si épisodique soit il a quintuplé en deux jours, et que ça veut dire que des personnes qui ne me connaissent ni dEve ni d’Adam ont été un instant touchées par ce que j’ai écrit. Juste un instant. Et ont même commenté pour certains, des témoignages bienveillants (ou presque ^^) où chacun dit s’y retrouver un peu dans mes écrits.

Alors je me dis que je ne suis pas seule. Mon égo comprend que je ne suis pas unique, et que nous sommes beaucoup, et là ma raison ne saisit plus trop ; si on est tant que ça à galérer, pourquoi est ce qu’on nous entend pas quand on crie ?

Ha pardon si. Quand y’a un reportage choc de M6 ou TF1 sur « les établissements accueillants des handicapés : maltraitances et violences », là on entend les bonnes gens, on leur donne le cromi (wesh) et … et en fait rien, parce que généralement, le trait est grossi, déformé, violenté, au mieux il fera savoir que les éducs existent, au pire, et le plus souvent, il fera dire que nous sommes des monstres qui enlevons les enfants à leurs parents pour les traîner nus dans tout l’établissement en leur chantant du Patrick Sébastien (l’image est forte, je sais). Ce qui est fou, c’est que par contre, quand un cas de maltraitance est averré, qu’on fait tout pour le dénoncer, y’a plus personne pour nous le tendre ce cromi, pour qu’on parle de ce qu’on voit. J’en ai vu de la maltraitance. J’ai tout fait remonter. A toutes les instances qui ont des noms chelous, l’ASE, le CD, au siège de l’association, et même aux CRS (bon, à la police, mais c’était pour l’acronyme). Et il ne s’est pas passé grand chose. M’a t on donné la parole ? Mmmh, disons qu’on ne me l’a pas reprise. C’est toujours ça de pris … mais pour combien de temps ? Si aujourd’hui je me remobilisais pour une cause que j’estime juste, combien seront là à m’écouter ? Me croire ? Et combien à me faire taire ?
Comme dirait ce grand penseur Yannick « que tout ce qui sont dans la vibe, LEVENT LE DOIGT ! ». Mais on le lève, fort parfois, puisque j’ai déjà vu des grèves mobiliser le plus grand nombre, et nous, qui nous organisions comme des cons pour « laisser des collègues aller au cortège et que le service tourne encore ». Pourquoi ? Parce que les gosses, ils ne peuvent pas rentrer chez eux. On est vraiment très cons.

L’oubli finalement, c’est ça ; nous faire croire que nous nous battons contre une raflée d’air. Qu’à chaque fois que nous l’ouvrons, personne ne nous écoute.

Et là, en deux jours, je vois que beaucoup ont tendu leur oreilles, ouverts leurs mirettes, au même endroit en même temps.

Alors oui j’ai plus d’mots pour décrire ce qui m’est arrivé lorsque j’ai vu ce nombre de fou sur ma page, ouverte depuis plus de 6 ans, et qui n’avait aucune ambition que celle de me servir d’exutoire, et certainement pas celle se faire connaître. Bien sûr, l’engouement est retombé, et je m’en fous. Ce que je retiens, c’est qu’à un moment dans ma vie, mes mots ont rassemblé. Et que vous m’avez laissée sans voix.

2 février, 2017 à 18:16 | Commentaires (1) | Permalien


La vie en rose

Oui parce que le dernier article que j’ai écrit n’était pas bien jouasse.

Un texte circule sur le web sur une éducatrice qui parle à son métier, et qui décide de « rompre » avec lui, lui reprochant beaucoup de choses (certaines largement légitimes). A ma première lecture, j’étais d’accord avec elle. C’est vrai que notre métier part en cacahuète sur certains points, que parler bureaucratie et prix de journée parait indécent quand on travaille avec l’humain. Soit dit en passant, c’est la même chose dans le milieu médical. Et dans plein d’autres domaines d’ailleurs. Bref.

 

Puis j’ai relu ce texte, un an après. Et en fait, tous les petits bonheurs que cette éducatrice vantait, et qui pour elle avait disparus, pour moi, ils sont toujours là, ils ont juste changé. J’ai eu subitement l’envie de faire un listing de ce qu’il y avait de bien, de beau dans notre métier, sans passer par la case râlage vous ne gagnerez pas 20 000 euros.

- les rires des enfants quand vous faites le clown
- les progrès parfois fulgurants constats chez certains gamins auxquels on ne croyait plus
- la possibilité de faire un tas de choses peu courantes ; chanter, danser, du théâtre, de la musique, de la percussion, des travaux manuels, de la cuisine et voir le plaisir que chacun prend dans ces activités
- les collègues qui se serrent les coudes quand il y a des absents et qu’il faut quand même aller au charbon, cela créé une équipe soudée
-ces bêtises que les enfants peuvent dire parfois sans s’en rendre compte et qui nous font mourir de rire
- leurs calins lorsqu’ils ne vous ont pas vus depuis 2 jours, parce que vous leur avez trop manqué
- les transferts, qui permettent de mieux connaître les enfants, s’éclater avec les adultes et découvrir des activités inédites que vous n’auriez pas eu idées de tester seuls
- la satisfaction de mener un projet à son terme et d’en voir les bénéfices
- les enfants toujours, parfois usants mais si attachants que jamais on ne peut leur en vouloir
- les horaires d’externat qui vous permettent de bâtir une vie à côté
- les échanges riches que l’on peut avoir avec certains collègues
- les échanges improbables que l’on peut avoir avec d’autre.
- ces situations qui sur le coup vous désespèrent mais qui finissent par vous faire rire car vous travaillez avec l’innocence
- ces crises de colères auxquelles vous avez appris à faire face malgré tout, cette fierté de voir que vous tenez la situation en main
- les victoires quand les enfants sont orientés là où il faut, les batailles qui permettent de réussir de belles choses
- les réunions parfois houleuses, mais dans lesquelles on réussi toujours à avoir des bons moments, des rires, des fous rires parfois en se remémorant les bêtises de chacun

OOOh je pourrais citer d’autres choses … oui notre métier est dur, et parfois on est sous pression, et l’inclinaison commence à changer. Mais on ne peux négliger ces petits plaisirs.

 

PS : je parle du hndicap en externat, je sais que ce n’est pas la joie dans certains endroits pour l’avoir vécu mais n’oubliez pas qu’il y a des institutions où cela fonctionne. Vraiment. Gardez espoir. Voyez la vie en rose.

 

8 janvier, 2017 à 21:16 | Commentaires (0) | Permalien


Je suis une putain d’éducatrice

Oui c’est vulgaire tout ça, je sais mais je suis agacée.

On voit beaucoup dans les médias le mécontentement des travailleurs du milieu hospitaliers (pour qui j’ai un grand respect ne nous méprenons pas). On voit aussi quand les instit et les profs vont dans la rue, car toucher à la sacro sainte éducation nationale est un pêché (pareil, les instit on tout mon respect aussi, pour en avoir dans mon entourage très proche je sais à quel point ce métier est difficile et que l’on se méprend). Actuellement, mon fil d’actualités facebook est rempli de coupde gueule de plus en plus virulents (et légitimes) du personnel hospitalier.

Mais moi jsuis une putain d’éducatrice spécialisée. Avec des milliers de gens qui font le même boulot que moi. Et on rencontre des gros problèmes. Le premier, le plus grave je dirais, c’est que la moitié de la population ignore ce que nous faisons de notre temps professionnel, voire même ignore totalement notre existence. Le second, découlant du premier, c’est que quand les éducs lèvent le poing, et ils ont de quoi le lever croyez moi, tout le monde s’en bat les reins.

Alors pour toi, qui ne sait pas ce que c’est qu’un éducateur spécialisé, ou un moniteur éducateur (parce que ne nous leurrons pas, nous faisons exactement le même boulot), lis bien ces mots, fais les partager, et pense à nous quand un jour tu rencontreras une situation de galère où ce sont les éduc qui agissent.

Si je devais donner une définition simple, notre travail consiste à accompagner au quotidien des personnes socialement, mentalement ou psychiquement en difficulté. Je ne peux faire plus clair.

Un putain éduc, il peut vouer sa carrière à aller dans la rue, à la rencontre des ados en mal d’éducation, dans les maisons de quartiers, et essayer de les motiver pour renouer avec quelque chose dans leur vie.

Un putain d’éduc, il peut marauder la nuit, auprès des toxicos, pour parler avec eux, leur proposer des moyens plus propres de se shooter, ou un endroit sain pour dormir. Il fait ça aussi avec les SDF.

Un putain d’éduc ça peut être dans des services de placement d’enfants, avec des piles de dossiers que vous ne pourriez imaginer, et qui doit envisager les meilleurs solutions pour un gosse qu’il n’aura pas le temps de voir tellement les institutions sont mal faites.

Un putain d’éduc, il peut décider de se taper tous les réfugiés et immigrants, les vrais, de prendre parfois des ptits minots en bandoulières et de les aider dans le parcours du combattant pour se faire une place légitime en France et ne pas retourner au pays pour se faire bombarder.

Un putain d’éduc, ça va dans des hopitaux psychiatriques, et ça essaye de proposer des médiations à des gens qui ont une maladie psychique plus ou moins grave, pour leur donner des moyens de s’exprimer autres que les cris et la violence.

Un putain d’éduc, ça va en foyer de l’enfance ou maison d’enfant à caractère social, ça récupère tous les gosses insécurisés dans leurs foyers, et ça essaye de leur redonner le sourire, et plus important, la confiance en soi et en l’autre, en passant toute ses soirées avec eux.

Un putain d’éduc ça va dans des IME/EMP etc (entendre établissement médicaux éducatifs), c’est comme des écoles, mais pour les gamins handicapés laissés pour compte (handicap mental, physique, sensoriel, psychique)

Un putain d’éduc, ça va aussi dans les foyers de vie, dans les MAS (maison d’accueil spécialisée), et ça s’occupe des adultes handicapés, parce que oui, quand ils ont 16 ou 18 ans, généralement, ils ne retournent pas chez leurs parents et il devient assez complexe de leur trouver un métier, alors il travaille au quotidien avec eux, et rend ce quotidien moins morose.

Un putain d’éduc, ça écoute, ça dédramatise, ça prend sur soi, ça s’agace contre les institutions, ça crie, ça rit, ça torche le cul, ça donne des douches, ça cherche des fringues décentes, ça aide aux shoots propres sans juger, ça donne des couvertures et de la nourriture, ça fait des réunions à se tirer une balle, ça voit son métier tomber dans l’oubli de la société, ça essaye d’aider à construire des individus, ça travaille avec le coeur, les tripes, l’instinct, le bon sens, l’intelligence, la psychologie, ça comprend rien à l’économie tant cela paraît loin de leur quotidien, ça déprime face à la politique quand on voit que personne ne sait qu’il existe un ministère des affaires sociales et que ce n’est pas QUE la sécu, ça prend son courage à deux mains et ça fait comme il peut. Ca merde parfois, avec les résidents, avec les collègues, avec les supérieurs, mais ça c’est normal ; un putain d’éducateur, il travaille avec l’humain au quotidien et il se démerde comme il peut avec les moyens du bord. Un putain d’éduc ne fait pas son métier pour la gloire, et est agacé quand on lui dit « c’est un beau métier que tu fais, bravo ». Généralement, un putain d’éduc, il fait ça parce qu’il sait le faire, parce que ça lui plait d’avoir les mains et le nez dans la merde, surtout quand il voit qu’il arrive à en sortir malgré tout. Il fait ça parce que ça l’intéresse et il s’arrête quand il n’y trouve plus aucune motivation.

Voilà ce qu’on fait. Que ce soit dit. Souvenez vous, le jour où dans votre entourage vous avez un enfant handicapé, un ami qui n’a plus de toit, ou un pote qui est complètement dépassé par son enfant … y’a des gens pour ça, qui sont là pour agir, accompagner. Oui ça existe. Y’a des putains d’éducateurs.

31 octobre, 2016 à 18:35 | Commentaires (128) | Permalien


Mon groupe éducatif cette année il déchire.

Fin juin, on refait la composition des groupes. J’avais demandé à garder le même poste, et j’avais demandé un maintien de tous les jeunes avec moi. Bien sûr c’est impossible, y’a trop de paramètre à prendre en compte. Cela étant, j’ai pu quand même négocier pas mal de choses, sans rien imposer non plus, mais en y mettant un réel bon sens.

Du coup j’ai démarré l’année avec un seul changement, et encore c’est un jeune que j’avais déjà eu il y a deux ans qui revient avec moi, donc je le connais, et en plus comme depuis le temps il a bien avancé, c’est plutôt plaisant, même s’il reste encore en grande difficulté de part sa pathologie.

Et en fait, en 3 semaines j’ai réalisé que mon groupe, c’était vraiment de la bombe ! Ils sont tous sympas, ont tous un potentiel différent du coup j’a plein de choses que je peux leur proposer. Ils ont la pêche, le sourire, ils ont les habitudes bien ancrées avec moi et savent comment cela doit se passer. Un lien affectif s’est formé, cette semaine je me suis arrêté deux jours par la force des choses. Quand je suis revenue, on m’a dit que deux des jeunes avaient été insupportables. Quand ils m’ont vue, ils se sont posés et l’un deux m’a réclamé un bisou parce que je lui avais manqué. Trop mignon.

J’ai pourtant quelques cas difficiles sur mon groupe, dont deux atteints de psychose assez importante. Mais ils sont supers attachants, et surtout, lorsque l’on a trouvé le levier pour que cela se passe bien, on ne rencontre plus aucun soucis. Une petite, que j’avais toujours voulu avoir sur mon groupe parce que dés le premier regard j’avais senti un courant passer entre nous, était avec moi qu’à la fin de l’année dernière (environ 2 mois). J’ai demandé le maintien parce que je la trouve incroyable, parce qu’elle m’a montré un petit panel de compétences et que je sais qu’il se cache derrière de très belles choses. Parce que quand j’allais à la piscine et qu’elle ne pouvait pas, quand je revenais, elle se jetait sur moi, m’enserrait très fort, et prenait ensuite mon foulard pour en sentir l’odeur. Parce qu’elle disait toutes les 5 secondes « t’as pété ? » et qu’elle a arrêté. Parce que j’obtiens de plus en plus de s’il te plait, de merci, de rires, sourires, complicité, et que je la vois de moins en moins perdre pied et retomber dans ses délires psychotiques. Parce qu’il suffit que je prononce son prénom en faisant les gros yeux pour qu’elle arrête de faire des bêtises. Parce qu’elle me fait rire et qu’on fait la danse du ventre ensemble. Parce que quand je lui demande de travailler, elle fait avec application et ne m’interpelle pas toutes les 3 secondes pour que je fasse à sa place, elle veut me montrer qu’elle peut faire seule.

Celui que j’ai récupéré après une année chez un autre éduc, c’est maintenant que du plaisir, malgré quelques caprices de sa part. Je l’avais eu alors qu’il venait d’arriver. Toute l’année, j’avais travaillé avec lui sur le fait de se sociabiliser. Mon colègue qui a pris le relais est resté dans cette continuité, et très vite il a pu l’aider à s’autonomiser. Alors s’il n’a pas le langage, et qu’il a des compétences assez pauvres, on essaye de jouer sur son niveau de compréhension plutôt bon pour travailler du mieux possible. Je reste inquiète quant à son orientation, parce qu’il ne pourrait intégrer un IMPro, il est trop en difficulté malgré une volonté de faire/fer. En tout cas, le voir joyeux, le voir inquiet quand à ma béquille, lui proposer de marcher avec pour voir ce que cela fait et l’entendre éclater de rire en le faisant, voir que de plus en plus de gens souhaitent travailler avec lui, ce n’est que du bonheur.

J’ai mes deux ptites atteintes de diabète. Je me suis proposée spontanément de les prendre avec moi ensemble sur le groupe, d’un point de vue strictement matériel, c’est bien plus simple. Elles sont très différentes toutes les deux, mais elles sont aussi très attachantes à leur façon. L’une a  besoin de me raconter toute sa vie, et ses parents m’ont dit « olala, depuis qu’elle est avec vous, elle n’a plus que votre prénom à la bouche. On n’en peux plus ! ». Comme elle a un bon niveau de langage, et qu’en plus elle a un don en chant, j’adore la taquiner et échanger avec elle. Et surtout, on a créé un contrat pour la prise en charge de son diabète, car elle n’arrive pas à prendre ses responsabilités tant elle manque d’assurance, un contrat où elle s’engage à faire les choses calmement et dans l’ordre sans s’éparpiller ou attendre que l’infirmière fasse tout à sa place. Visiblement, pour l’instant cela fonctionne bien. On est passé de 40 minutes de soin (goûter compris) à environ 15 minutes (toujours goûter compris). Je la félicite régulièrement de tant de bonne volonté. L’autre jeune a aussi un contrat qu’elle a très bien compris. Elle est plus en difficulté, mais a saisi qu’il était grand temps d’aller de l’avant. C’est pareil, on a sensiblement réduit le temps de ses soins et je lui ai fait remarquer tous les bénéfices qu’elle pouvait en tirer. Elle semble vraiment contente de nous montrer que c’est une grande. Et puis elle me fait beaucoup rire avec sa spontanéité.

J’ai aussi mon petit Brandon (les prénoms sont volontairement changés). Il a failli changer de groupe mais ouf, je l’ai gardé avec moi. L’année dernière j’ai récupéré sur mon groupe un jeune en souffrance, totalement éclaté psychiquement. J’ignore ce qu’il s’est passé en cours d’année dans sa tête, toujours est il qu’aujourd’hui, il est devenu un enfant relativement calme, plein d’humour, avec une volonté de faire les choses correctement sans se précipiter. Mieux, en scolaire, il a dit « cette année, je veux apprendre les lettres, les chiffres pour lire et compter ». L’année dernière seul le jeu comptait. Et surtout, il est porteur de beaucoup d’initiatives pertinentes. Tout le monde me dit qu’il semble avoir perdu du poids (il est en obésité morbide). On a vérifié ; au contraire, il a pris 3 kg, mais il se tient bien plus droit qu’avant, où il était constamment recroquevillé. Il donne maintenant l’illusion d’avoir maigri, mais non, il s’agit juste qu’il commence à prendre confiance en lui, et cela grâce à tous les ateliers éducatifs et thérapeutiques que l’on a pu lui proposer. Lors du bilan d’année avec sa maman, je ne savais que dire si ce n’est à quel point j’étais fière de lui. Elle m’a dit qu’elle était aussi ravie de tous ces changements.

Le petit Tessim, grand timide, qui commence de plus en plus à parler et à s’ouvrir. Il était indispensable qu’il reste avec moi cette année, parce qu’il venait d’arriver dans l’établissement et qu’il lui a fallu du temps pour s’ouvrir et montrer de quoi il était capable. Aujourd’hui, je l’entends, rire, sourire, prendre doucement confiance, et pas seulement avec moi. Je redoute toujours l’exclusitivé dans une relation mais je constate qu’avec lui, cela n’est pas le cas.

En enfin Lamy. Il est arrivé en cours d’année, à mi temps. Il a très vite exprimé le désir de venir tout le temps à l’EMP. Quand il est arrivé je ne pouvais l’approcher tant il était inquiet et tendu. En sport par exemple, il m’arrive de corriger les postures des jeunes, je suis bien obligée de les toucher, mais leur demande toujours avant. Au départ, il me disait oui, de façon très automatisée, mais je sentais que ce oui était une manière de me satisfaire car le moindre frôlement lui provoquait une hypertonie tout simplement impressionnante. Fermé et imperméable aux changements à son arrivée, vendredi dernier, il m’a vue faire l’andouille avec une petite (je faisais des grimaces), je l’ai entendu éclater de rire et il m’a alors tiré la langue. Mieux encore, nous avons compris qu’il avait besoin que l’on prenne son avis en compte, mais que si nous lui expliquions certaines de nos décisions de façon claire, il les acceptait. Le mardi il a un rendez vous extérieur vers 15h 15 et il souhaitait revenir après. La première fois j’ai dit oui, pour voir si cela valait le coup. Il est revenu 5 minutes avant la sortie, ce qui n’avait aucun sens. La semaine dernière, nous avons soulevé le problème devant lui avec sa mère, en lui disant que cela ne valait pas le coup de revenir et qu’en plus cela fatiguait maman. Il s’est écroulé, s’est mis à pleurer en disant « mais je suis venu ici en petit car, je dois repartir en petit car ». Immédiatement, j’ai refais son emploi du temps, en rajoutant les moyens de transport qu’il utilisait. J’ai tout repris avec lui en lui expliquant, avec bien sûr un pincement d’inquiétude en arrivant au mardi. Mais au final il a dit « oui, d’accord, le mardi je rentre avec maman ». Cet enfant m’emmène de surprise en surprise.

 

Bon là bien sûr je ne vous raconte que les jolis moments hein. Des fois ils me rendent dingues (surtout depuis qu’ils se sont pris de passion pour le jeu « SIMON » qui fait un bruit à me faire péter une durite, et qu’ils ont compris comment remettre le son même s’il je le coupe. Les petits malins. Mais avouez … il envoie pas du pâté ce groupe éducatif.

Je vais adorer mon année.

 

18 septembre, 2016 à 3:14 | Commentaires (2) | Permalien


Et toi qu’est ce que tu veux faire plus tard ?

Quand on travaille dans ce milieu, on sait que malheureusement, les choix sont restreints au niveau des orientations. Si l’on essaye, quand on est un bon professionel, de les ouvrir un maximum, il n’en reste pas moins qu’ils y en a beaucoup qui font des choses qu’ils n’auraient pas choisi spontannément. J’ai eu une longue conversation avec une maman, qui me disait « j’ai laissé mes filles faire leurs choix d’orientation, je veux que ce soit la même chose pour mon fils, je refuse que les portes soient fermées ». Il est alors à la fois délicat d’aller totalement dans son sens parce qu’il y a la réalité, mais en même temps, dans le fond elle a raison de vouloir une chance pour son fils.

Le soucis c’est quand on leur demande ce qu’ils souhaitent faire plus tard. Au mieux les réponses sont logiques et sensées, même si l’on a conscience que cela risque d’être innaccessible pour eux. Au pire, les réponses peuvent être … euh on va dire improbables. Quelques idées :

 

- Footballeur professionel parce que j’adore le foot.

Bon, vous l’avez vu jouer, ce n’est clairement pas le nouveau Ronaldo, mais en même temps vous ne voulez pas briser de façon abrupte son rêve. Alors vous prenez le problème à l’envers et lui expliquez que souvent les joueurs sont repérés très très tôt, et que y’a plein d’enfants qui voudraient faire ce travail, alors forcément, c’est diffcile d’y parvenir. Et ensuite, ben on encourage à continuer le foot, en expliquant que même s’il ne devient pas professionel qu moins il pourra continuer à en faire.

- Chanteuse, je vais passez à the Voice.
Ouuuh, merci les émissions qui envoient du rêve … Ayant l’oreille absolue, jouant piano depuis longtemps, guitare depuis quelques mois, et ayant même choisi de prendre la musique comme média principal de mon projet d’année, j’essaye alors de répondes à certaines attentes ; je fais des percussions, une chorale, des percussions corporelles, et ait commencé à travailler sur l’élaboration d’un film sur la musique pour les amener à découvrir d’autres styles (et je vous jure que les voir se lever avec un sourire jusqu’aux oreilles aux premières notes de « rock around the clock » ça n’a pas de prix. Et de leur montrer quelques mouvements de rock, c’est simplement des moments géniaux). De là, je leur fait comprendre qu’on peut faire un autre métier, et qu’on peut garder la musique comme passion. Je les renvoie à ma propre situation, en leur disant que mon métier c’est éducatrice mais que j’adore la musique et que j’en écoute/fait tous les jours. Et que quand ils sont dans mon groupe, ils continueront à en pratiquer encore longtemps.

- Rien

Là, c’est compliqué, parce qu’à 15 ans, c’était aussi un peu ma réponse. Sauf que moi j’avais un rien avec un nombre incalculable de possibilités. Eux ils ont un rien avec des chemins restreints. Alors il s’agit de leur demander ce qu’ils aiment faire et d’essayer de mettre l’accent en prise en charge sur ce thème là pour développer leurs compétences. Sauf que quand ils me disent qu’ils aiment les pokémons, j’ai un peu de mal à leur dire « ben on va acheter un téléphone et jouer à pokémon go ». Alors j’ai trouvé une alternative ; on fait des coloriages pokémon (tenue du stylo, remplissage, reconnaissance des couleurs). On en discute aussi un peu. Et ensuite, je travaillerai en motricité fine, d’abord en aidant à desiner les pokémons. Ensuite en leur proposant d’en faire avec de la pâte FIMO. Et peut être qu’une envie de travailler dans un atelier de réalisations manuelles viendra spontannément et que les demandes seront plus variées …

- Youtubeur

La nouvelle mode. J’ai du mal avec cette réponse, mais encore une fois, j’essaye de ne pas briser un rêve. Ma première question est « mais tu veux faire une chaîne youtube sur quoi ? ». Généralement, là on me dit « ben j’en sais rien ». Il faut aors tout reprendre, expliquer les principes de base du métier de youtubeur. Quand ils ont compris, souvent ils me disent qu’ils feront des sketches. Je fais des films avec eux, du théâtre aussi, mais je vois bien que c’est trop compliqué pour eux de rentrer dans la peau d’un humoriste et d’un acteur, et je me refuse à imaginer qu’ils posteraient une vidéo qui ferait le buzz parce qu’on se moquerait de lui. Alors je lui dis ensuite que tous les Cyprien, Norman, Squeezie and co, y’en a des milliers qui veulent faire comme eux, mais que y’en a deux ou trois qui y arrivent, et qui peuvent vivre de cela. Mais encore une fois, je leur dit de regarder des vidéos pour leur plaisir et leur divertissement (même si en toute honnêteté je ne cautionne pas franchement ces youtubeurs que je trouve assez creux et qui ne me font que moyennement rire. Simplement, les goûts et les couleurs ne se discutent pas).

On en arrive à la pire. A celle qui me déprime totalement.

- Moi je veux faire les chtis contre les marseillais.

Alors d’abord, j’ai envie de pleurer quand j’entends ça. Ensuite, je leur pose la plus logique des questions : « mais tu es chti ou marseillais ??? ». Eux, se mettent en mode réponse à tout « nan mais je m’en fiche, j’irais vivre à marseille et je prendrais leur accent ». J’en rajoute une couche ; « mais tu sais dans ces émissions souvent les gens ils sont bêtes, et toi t’es pas bête du tout ». Le gamin, sûr de lui « mais je m’en fiche, je saurais faire comme eux, moi j’aime trop en plus quand ils s’embrouillent ». Moi « et puis souvent les gens se moquent d’eux, tu as envie toi aussi de passer dans des journeaux pour que l’on se moque de toi tout le temps ». Et là, j’ai eu une réponse qui m’a laissée sans voix, tant elle était mature, mais qui m’a aussi terriblement ennuyée, parce qu’elle se tient trop pour que je puisse contre argumenter « mais ce que les gens ils pensent de moi, je m’en fiche. Je veux m’amuser, les gens ils veulent se moquer, mais après moi je serais riche ».
Si quelqu’un a une réponse à cela …je prends !

Oh et sinon, y’a plein d’enfants qui ont un super but dans la vie ;  ne jamais écouter l’adulte. Petite anecdote. Actuellement je suis en béquille et je porte une atelle, me déplacer est ma foi compliqué. Mais bon je gère relativement bien. Une petite gamine, stagiaire, s’est approché de moi. Après avoir essayé de m’arracher les béquilles des mains et que je lui ai gentiment expliqué que j’en avait besoin pour marcher, elle s’est mise à fouille dans mon sac. Je repousse sa main en lui disant que je n’étais pas d’accord. Alors elle est restée en gravitant autour de moi. A attendu que je réponse à la question d’un autre enfant, m’a pris la bouteille d’eau de mon sac, et est partie en courant, ayant bien conscience que je pouvais lui courir après. Puis tranquille, elle boit dedans, et me jette ensuite THE regard. Celui qui dit « t’as vu ce que je t’ai fait là ? Tu l’as dans le popotin hein ». Derrière les éclats de rire de mes collègues, et mon envie de rire aussi, je me lève et je lui prends la bouteille des mains en lui disant que c’était interdit. Puis j’ai rajouté, « toi, quand tu auras 15 ans je te raconterai de nouveau cette histoire nan mais dis donc !! ». Ce qui a provoqué une nouvelle hilarité chez mes collègues. Maaaaiiiiis heuuu !!

Si vous aussi vous avez entendu des choix de carrière totalement improbables ou irréalisables, n’hésitez pas. Surtout que je constate que c’est souvent générationnel. Moi j’ai des ptits bouts de 10-12 ans. J’imagine qu’à 20 ans et plus, on doit avoir d’autres idées !

18 septembre, 2016 à 2:34 | Commentaires (0) | Permalien


Bref …

… je suis éducatrice spécialisée.

J’ai lu un petit article super sympa d’un instit’ qui demandait à ses CP de sortir un crayon de couleur vert. Le résultat étant à la hauteur de ce que j’obtiens moi aussi quand je bosse, j’ai eu envie de m’arrêter sur un moment d’une de mes journées, et de faire un compte rendu détaillé à la manière « Bref ».

Cet après midi j’ai atelier « alimentation et choix des menus » avec l’infirmière.
Je sors de la salle deux minutes, l’infirmière arrive, et ressort en m’appelant, morte de rire « Camille, tous tes jeunes sont en train de pleurer ». Je reviens dans la salle. Deux pleuraient. J’ai essayé de comprendre. J’ai lâché l’affaire.
Nous mettons le matériel en place pour l’atelier : des publicités avec des aliments, et des feuilles avec catégories d’aliments : féculents – produits laitiers – fruits – légumes – gâteaux et glaces – protéines. Je demande aux enfants de sortir une paire de ciseaux et de la colle.

Brahim me demande « Camille, c’est ça ? » je réponds « non, ça c’est ton stylo, j’ai demandé ciseaux et colle ». Nassim me dit « Camille, je peux prendre ça ? » je lui dis  « Non, tu n’as pas besoin de taille crayon ». Vivien m’interpelle « Camille je prends la colle ? » je lui réponds « Oui, puisque je l’ai demandé ». Les enfants posent leur trousse. Jouent avec. L’infirmière les confisque. Je sors les feuilles de catégories et demande « qui fait les produits laitiers ». Ils me répondent tous « moi ».

Je sors les féculents et demande « qui fait les féculents ? ». Ils me disent tous « moi ». Je sors les fruits et je demande « qui fait les fruits ? » ils me disent tous moi. J’opère d’une autre façon : « Nalia tu fais quoi comme catégorie ? » elle me regarde « je sais pas ». Je lui dis « tu fais les fruits ? » elle me réponds « oui », je tourne la page et lui dis « tu fais les féculents ? », elle me dit « oui ». Je lui demande « tu fais les légumes ? ». Elle me dit « oui ». Je lui donne sa bonne feuille. Après 5 minutes, chacun des 6 enfants à sa bonne feuille. Nous leur demandons de regarder les fascicules et de chercher les aliments de leurs catégories. Brahim me montre les fleurs et me demande « camille je peux couper ça ? ». Je lui dis « non, les fleurs ne sont pas des protéines ». Nassim regarde les pubs, en prend une et coupe du raisin. L’infirmière lui demande « mais qu’est ce que tu coupes là ? ». Il répond « raisin ». L’infirmière lui dit « et c’est un féculent le raisin ? » il répond « oui », l’infirmière lui dit « t’es sûr que c’est pas un fruit, regarde les autres », il répond « oui ».

Je regarde Nalia « qu’est ce que tu fais là ?? ». Elle me répond « rien ». Brahim me coupe dans mon élan, « regarde camille j’ai coupé ». Je soulève les dizaines de petits morceaux de papiers. Constate qu’il en a collé la moitié sur la feuille. Je soupire. Je vois Salima qui fixe les prospectus d’un air intense. Je dis « toi, c’est pas rien que tu fais, cherche des légumes », « attends, je vais te faire les contours de ce que tu dois couper, et tu m’attends pour coller », « tu peux prendre un papier et chercher des fruits s’il te plait je te ferais les limites au feutre ». J’entends ma collègue dire « les féculents c’est les pâtes, les pommes de terre … ». J’entends Nassim lui répondre « et ça ? » l’infirmière répond « non, mais tu te moques de moi ? ». Nassim répond « Oui ? ». Je me fâche parce que je sais qu’il le fait exprès. Je dis à Brahim « ne touche plus à tes ciseaux, t’as coupé trop de choses, on ne s’y retrouve plus ».

Je vois Vivien très concentré. Je m’approche. Il coupe ses produits laitiers consciencieusement, et les colle les uns très près des autres. Avec les prix, les promos et tout ce qui va avec. Je dis « Vivien, on veut juste l’aliment, savoir combien il coûte c’est pas le travail », puis « BRAHIM JE T’AI DEMANDE DE LACHER CES CISEAUX MERCI ». Il essaye de mordre son tee shirt. Je regarde les morceaux de Brahim. Il me dit « moi c’est la viande ». Je lui réponds « oui mais dans les protéines y’a pas que la viande, y’a aussi les .. les  .. qui vivent dans l’eau … les … » il me dit « les moutons ! ». Je soupire encore. Je regarde la feuille de Vivien « Vivien, ta catégorie c’est pas les prix, c’est les produits laitiers, arrête de coller tous ces chiffres ». Je dis à Brahim « les moutons, ça ne vit pas sous l’eau ». Il me répond « je sais, c’est les lapins ». Je lâche l’affaire « non, ce sont les poissons, regarde, cherche il y en a dans les papiers ». Il me dit « Camille, je peux toilettes ». Je dis non.

Je vais vers Nalia « Bon t’en es où de tes légumes ? » elle me dit « je sais pas ». J’entends l’infirmière « Tarik, tu peux aussi participer, toi tu dois prendre des gâteaux et des glaces allez ». Il reste immobile. Elle me regarde. Je la regarde. On a envie de rire. On se retient. Brahim me demande « Camille je peux un ti peu eau ». Je réponds non. L’infirmière regarde Nassim « MAIS C’EST PAS VRAI, LES KIWIS C’EST UN FECULENT ?? » il dit « oui ». Il me regarde et me dis « Camille ? Je peux de l’eau s’il te plait ». Je dis non. Je demande à Brahim de coller un poisson et de commencer à jeter les petits bouts de papier partout. Il me demande « Camille je peux aller toilettes s’il te plait ». Je dis non. Je regarde Salima. Elle n’a toujours pas coupé la banane que j’avais délimité. Je lui dis ‘tu attends quoi ? », elle me dit « rien ». J’entends Tarik qui glousse depuis 10 minutes. Je lui dis « Tarik tu vas arrêter de rire comme ça, sinon je vais me fâcher ». Il se met à pleurer. Je me retiens de rire avec l’infirmière. Brahim termine de jeter ses petits papiers, et me demande « Camille toilettes ». Je dis non. Après un dégât des colles, nous leur demandons de ranger pour passer au choix des menus. J’entends Salima qui s’amuse à ouvrir et fermer sa trousse. Sans discontinuer. Depuis 10 bonnes minutes. Je lui prends la trousse des mains. Je la pose et lui dis « tu la récupèreras à la fin de la séance ». Elle s’assoit et se met à pleurer.

Après que tout soit nettoyé, je sors la feuille avec « l’ordre d’un repas ». Je demande par quoi commence le repas. Nassim répond « étié ? ». Je dis « non, pas un produit laitier, regarde sur la feuille que j’ai faite, avec les dessins ». Je fais « toc toc » avec ma main sur la table pour qu’ils me répondent « entrez ». Aucune réponse. Je regarde l’infirmière et explose de rire. Je recommence et demande en même temps « qu’est ce qu’on dit quand quelqu’un toque à la porte ». Ils me disent « oui ». Après 3 bonnes minutes j’entends la bonne réponse « entrée ». « Ensuite, après l’entrée » je demande  Personne ne répond. L’infirmière sait que Salima connait la réponse. Je suis en train de ramasser quelque chose sous la table. J’entends l’infirmière demander à Salima « c’est quoi après l’entrée ». Salima reste silencieuse. Je marmonne sous la table « bah elle, c’est clair, pour l’instant, c’est du boudin ». On leur donne les bonnes réponses. On les fait répéter. Une fois. Deux fois. Trois fois. « Nassim, le repas il commence par -toc toc- » « Entrée », « ensuite » « heu ploua? » « bien, et après? » « étier » « et enfin? » « éssert ». Moi « Alléluia ».

Vient le temps de choisir entre deux mets pour chaque jour. Nous commençons : en entrée le lundi, rilletes de thon ou poivrons marinés ? « FNDKGNFGLOENGLOREHGEROPOOOOOOOOOOOONNNNNINININéééééééééééééééOOOOOOOON ». J’ai pas compris la réponse. Je demande qui veut du thon. Tout le monde lève la main. Je demande qui veut des poivrons marinés. Tout le monde lève la main. J’ai envie de pleurer d’un coup. Je me reprends. Fais du vote quelque chose de concret en prenant deux petits carrés pour qu’ils comprennent la notion de choix. Ils choisissent. On arrive au hachis parmentier. On demande ce qu’il y a dedans. On me réponds de la viande. Je dis très bien, et de quel animal ? « Du bison ».

Et avec la viande c’est quoi « des pommes de terre ». « Nassim les pommes de terre ça pousse où ? ». « Dans la terre ». Je me souviens que l’année précédente, il ne le savait pas et ne l’avait intégré qu’au mois de mai. J’ai encore envie de pleurer quand je vois l’immensité du travail à faire. Je me reprends. Brahim glousse et fais du bruit. Je lui demande de se calmer dehors. Je l’accompagne et l’aide à respirer. Il a l’air moins tendu. Je lui dis de rentrer dans la salle. Le ressors deux minutes après. L’entends respirer à fond. Lui donne une dernière chance. Le ressors 30 secondes après. L’entend respirer et me dire « Camille c’est bon je suis calmé » en ouvrant la porte. Je me lève sans le regarder, lui ferme la porte à la tête et continue le travail avec les autres. Regarde l’heure. Regarde l’infirmière. On se sourit. On finit les choix. Et je décide qu’on va aller prendre l’air.

Temps de travail 1h30. Valium utilisé : 0. Enfants : one point. Camille et l’infirmière : 0 point. Ca ne va pas se passer comme ça.

Bref … je suis éducatrice spécialisée.

 

PS : je n’interdis pas aux enfants ni de boire ni d’aller aux toilettes. Juste, je connais leurs tactiques d’esquive.

19 septembre, 2015 à 16:27 | Commentaires (5) | Permalien


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